Après plus de trois ans d’attente, la série phénomène Stranger Things a tiré sa révérence avec une cinquième et dernière saison, diffusée en trois parties. Si le dénouement a su émouvoir, l’ensemble de cette ultime saison a-t-il été à la hauteur des attentes ? Retour sur un chapitre contrasté.
La cinquième saison de Stranger Things se déroule environ un an après les événements de la saison précédente. La ville de Hawkins est désormais soumise à une stricte quarantaine militaire, mais la vie semble reprendre son cours normal. Des plaques de métal recouvrent les failles menant au Monde à l’envers, sans pour autant inquiéter les habitants. Cependant, le retour de Vecna, déterminé à conquérir le monde une fois pour toutes, force nos héros à s’aventurer une dernière fois dans cette dimension parallèle pour mettre fin au mal.
L’épilogue étendu du dernier épisode a particulièrement marqué les esprits. Après la victoire finale, la série nous offre un saut dans le temps de dix-huit mois, au jour de la remise des diplômes pour Mike et ses amis. Une scène étonnamment touchante et émotionnellement satisfaisante, offrant une conclusion appropriée, teintée de nostalgie et de moments forts. Joyce et Hopper se marient, Dustin prononce un discours rebelle sur l’importance de l’individualité, et les héros de la promotion 1989 préfèrent une dernière partie de Donjons et Dragons à une soirée de célébration. Ils rangent leur campagne, laissant la cave à une nouvelle génération, incarnée par Holly, la sœur de Mike, et ses amies. « C’était vraiment bien, touchant et un beau cadeau pour les fans de ces personnages », résume un critique.
Malgré ce final réussi, la saison dans son ensemble souffre de quelques faiblesses. L’attente prolongée entre les saisons quatre et cinq semble avoir pesé sur l’écriture, qui apparaît parfois laborieuse et excessivement explicative. L’impression est que la série s’efforce de tout réexpliquer au public, parfois à plusieurs reprises au cours d’un même épisode, même pour des événements survenus récemment. Cette approche manque de naturel et de crédibilité, une surprise pour une série qui s’était distinguée par la qualité de son récit. Certains personnages, comme Robin, interprétée par Maya Hawke, se retrouvent réduits à un rôle d’exposition, expliquant constamment les enjeux et les plans.
L’univers de Stranger Things semble également avoir évolué de manière incohérente. Les règles et le lore sont parfois modifiés en cours de route, créant une confusion inutile. Pourquoi transformer le Monde à l’envers en un simple tunnel entre l’espace et le temps ? Des incohérences logiques subsistent également, comme l’absence de Démogorgons pour défendre le Fléau mental dans son propre territoire, ou l’inaction de Max face à la fermeture imminente du portail. L’ensemble donne l’impression d’un travail inachevé et précipité.
Les effets visuels (VFX) de cette saison ont également été critiqués. La plupart des scènes se déroulant dans le Monde à l’envers ou dans l’Abysse manquent de profondeur et d’authenticité. L’éclairage, en particulier, semble artificiel, donnant l’impression d’une production à petit budget tournée sur fond vert. Avec un budget estimé entre 400 et 500 millions de dollars américains, ce manque de finition est difficile à comprendre.
Enfin, le manque de véritables enjeux a déçu certains spectateurs. Comme lors de la bataille de Winterfell dans la saison huit de Game of Thrones, les personnages principaux semblent bénéficier d’une invulnérabilité déconcertante. Seul Kali, réapparue de la saison deux, trouve la mort. Si l’on se réjouit de la survie de nos héros, cela atténue le sentiment de danger et de tension. L’impression générale est que les faux rebondissements auraient pu être plus percutants, mais que la série a choisi de préserver l’intégrité du groupe principal. (Il est toutefois fortement suggéré qu’El survive, grâce à des images de son parcours.)
Loin d’être un désastre, cette cinquième saison de Stranger Things reste néanmoins la moins aboutie de la série. Malgré ses imperfections, elle parvient à offrir une conclusion digne de ses personnages. Si la qualité globale n’atteint pas celle des saisons précédentes, l’œuvre ne sombre pas pour autant dans l’inregardable. En fin de compte, c’est l’attachement aux personnages et la nostalgie qui resteront gravés dans les mémoires, et non les défauts de cette ultime saison.
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