Publié le 17 décembre 2025 à 16h10. Le style d’écriture particulier de ChatGPT, souvent perçu comme artificiel, pourrait trouver son origine dans des pratiques rédactionnelles courantes au Kenya et dans d’autres pays africains anglophones, en raison de l’utilisation de ces régions pour l’entraînement des modèles d’IA.
- Un écrivain kenyan a constaté que son propre style d’écriture était confondu avec celui de ChatGPT, et que ses articles étaient rejetés pour cette raison.
- L’utilisation fréquente de certains termes et structures de phrases, courants dans l’éducation kenyane, se retrouve également dans les textes générés par l’IA.
- Le recours à des travailleurs africains pour l’apprentissage par renforcement basé sur le feedback humain (RLHF) pourrait expliquer ce biais.
Marcus Olang’, un écrivain kenyan, a récemment fait part de son étonnement face à une situation paradoxale : ses textes sont régulièrement signalés comme étant générés par l’intelligence artificielle. Il explique qu’il doit désormais « s’auto-certifier » pour prouver qu’il est bien l’auteur de ses propres écrits. Lors d’un échange avec un client, il s’est vu demander de réécrire un texte pour le rendre plus « humain », car il ressemblait trop à une production de ChatGPT.
Après avoir comparé son style à celui du modèle d’IA, Olang’ a découvert une similitude frappante. Il souligne que ce n’est pas lui qui imite ChatGPT, mais plutôt ChatGPT qui imite, involontairement, le style d’écriture développé par des générations d’étudiants kenyans, formés à une approche rigoureuse de la rédaction.
« Aux détecteurs qui aiment démasquer la fraude, je dis : bienvenue, mes amis, dans une salle de classe typique, une salle de conférence ou un salon de discussion interne Teams au Kenya. Ce que vous considérez comme des empreintes digitales de machines sont en réalité les archives fossiles de notre éducation. »
Marcus Olang’, écrivain kenyan
Cette observation s’inscrit dans un contexte plus large : de nombreux fabricants de modèles d’IA sous-traitent l’apprentissage par renforcement basé sur le feedback humain (RLHF) à des travailleurs situés en Afrique, notamment au Kenya et au Nigeria, afin de réduire les coûts. Ce processus consiste à faire interagir des humains avec le modèle pour lui fournir des commentaires et affiner son comportement.
L’éducation kenyane met l’accent sur la structure, la logique et le vocabulaire riche. Dès le plus jeune âge, les élèves sont encouragés à construire leurs textes comme des « bâtiments parfaits », avec une introduction solide, un corps principal cohérent et une conclusion impeccable. Cette approche, bien que rigoureuse, peut être perçue comme manquant de chaleur humaine par certains observateurs.
L’ironie de la situation est que les modèles d’IA, entraînés sur de vastes quantités de textes, reproduisent naturellement ce style d’écriture formel et classique. Ainsi, lorsque ChatGPT tente de produire un texte « faisant autorité » et « crédible », il crée un effet de « jumeau » avec l’éducation reçue par de nombreux Kenyans.
Ce phénomène a également été observé dans l’utilisation du mot « delve » (approfondir, fouiller). Une étude menée par Jeremy Nguyen, un expert en IA de l’Université de technologie de Swinburne à Melbourne, a révélé une augmentation significative de la fréquence de ce terme sur des sites web universitaires tels que PubMed (https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/) au cours des dernières années, suggérant que de nombreux chercheurs pourraient utiliser ChatGPT pour rédiger leurs articles et intégrer ce vocabulaire.
Paul Graham, co-fondateur de Y Combinator, a d’ailleurs remarqué que la présence du mot « delve » dans un e-mail est un indicateur potentiel de l’utilisation de l’IA. Le compte officiel ChatGPT a même utilisé ce terme dans une publication, ce qui a entraîné une vague d’imitations en ligne.
L’analyse des données montre que « delve » n’est pas un cas isolé. D’autres mots tels que « explore », « tapisserie », « testament » et « levier » apparaissent également de manière inhabituellement fréquente dans les textes générés par ChatGPT.
En résumé, l’expérience de Marcus Olang’ illustre une situation paradoxale : les pratiques rédactionnelles de certains anglophones non natifs, façonnées par des systèmes éducatifs rigoureux, sont devenues des « supports pédagogiques » pour les modèles d’IA, mais se retrouvent désormais à être considérées comme suspectes en raison de la popularisation de l’IA.
Malgré la pertinence de son argumentaire, l’article de Marcus Olang’ a lui-même été jugé à 100 % généré par l’IA par le site Pangram, une ironie qui n’a pas manqué d’être soulignée par l’auteur.
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