Les investissements directs étrangers en Suisse ont chuté de 24 % l’année dernière, selon une étude d’Ernst & Young, dans un contexte de tensions commerciales accrues avec les États-Unis. Cette baisse, qui ramène le nombre de projets annoncés à 84, intervient alors que le pays cherche à maintenir son statut de place financière refuge.
Une chute brutale des investissements directs étrangers
Le paysage de l’attractivité helvétique subit un coup d’arrêt notable. Selon les données de l’« European Attractiveness Survey » de l’entreprise de conseil EY, le nombre de nouveaux investissements réalisés sur le territoire par des acteurs étrangers a fondu de 24 % en un an, passant de 100 projets à seulement 84. Cette tendance s’inscrit dans un recul plus large des investissements étrangers en Europe, qui ont diminué de 7 %.
Malgré ce ralentissement, la hiérarchie des investisseurs reste stable, bien que les volumes s’amenuisent. Les États-Unis conservent leur rang de premier investisseur, avec 25 projets annoncés, contre 27 précédemment. Fait intéressant, si le nombre de projets américains baisse, le volume d’emplois créés par ces groupes est en progression, passant de 131 à 158 postes.
Ce chiffre peut sembler faible à première vue.
cluster source: news.google.com
André Bieri, responsable pour la Suisse et le Liechtenstein chez EY
La situation est plus critique pour d’autres partenaires traditionnels. L’Allemagne a perdu sa deuxième place, voyant ses investissements chuter de moitié pour n’atteindre que sept projets et 14 emplois créés, contre 123 emplois en 2024.
Pays investisseur
Nombre de projets
Emplois créés
États-Unis
25
158
France
9
—
Grande-Bretagne
9
—
Allemagne
7
14
Chine
4
—
Le déclin d’un partenariat privilégié avec Washington
Cette
Ce recul des flux financiers ne peut être dissocié du climat géopolitique tendu qui s’est installé après l’année 2025. Le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche a déclenché des hostilités commerciales majeures, marquées par l’imposition de droits de douane successifs de 10 %, 39 %, puis 15 %. Cette pression tarifaire a directement impacté l’économie suisse, particulièrement exposée par son caractère très internationalisé.
Le contraste est saisissant avec l’ère de coopération qui s’était ouverte en 2006. À l’époque, un forum de coopération sur le commerce et les investissements avait été signé à Washington, ouvrant une période de deux décennies de résultats concrets : accords sur le commerce électronique, reconnaissance des produits biologiques et protection mutuelle des données personnelles. Aujourd’hui, la Suisse semble glisser d’un statut de partenaire privilégié vers celui d’outsider dans les échanges transatlantiques.
Le paradoxe du coffre-fort européen
Investissements étrangers : la France reste le pays le plus attractif en Europe • FRANCE 24
Pourtant, au milieu de cette bataille pour les investissements, la Suisse conserve un avantage structurel : sa stabilité. Dans un monde marqué par l’instabilité, le pays renforce son image de coffre-fort de l’Europe, attirant les capitaux grâce à son système bancaire solide et sa neutralité historique.
Toutefois, cette attractivité est à double tranchant. Selon ce que rapporte Le Revenu, cette position de refuge suscite une vigilance accrue de la part de Washington. Certains responsables américains s’inquiètent de voir la neutralité suisse faciliter des mouvements de capitaux internationaux dans un contexte de sanctions économiques et de tensions géopolitiques mondiales. La question de la coopération internationale sur les flux financiers devient un point de friction majeur pour Berne.
La difficulté de capter les nouvelles grandes fortunes
France
Si la Suisse reste un ancrage pour les entreprises, elle peine à capter les nouveaux flux de richesses individuelles. Les tensions au Moyen-Orient, qui font vaciller le modèle économique de Dubaï, provoquent des mouvements de capitaux et de populations massifs, mais la Suisse n’en tire qu’un bénéfice marginal.
Le phénomène est également visible en Europe. Au Royaume-Uni, l’arrivée de la gauche au pouvoir a entraîné le départ de quelque 16 500 personnes fortunées en une seule année. De même, en France, les récents bouleversements politiques ont déclenché des vagues d’expatriation. Dans ces deux cas, la Suisse n’a pas réussi à capter la majorité de ces départs.
Ce constat souligne un défi de compétitivité pour le pays. Comme l’indique une analyse de Le Temps, la capacité de la Suisse à rester une terre d’asile pour les capitaux mondiaux est mise à l’épreuve par une concurrence accrue et des exigences diplomatiques changeantes. Le pays doit désormais arbitrer entre la préservation de son modèle de neutralité et la nécessité de rester un acteur incontournable de la gestion de fortune internationale.
Amélie Bernard traite l’économie, les entreprises, les marchés et les transformations du travail. Son approche relie les chiffres, les décisions publiques et leurs effets dans la vie quotidienne.