Face à un réchauffement climatique qui progresse deux fois plus vite en Suisse que la moyenne mondiale, le Conseil fédéral a adopté le 28 octobre 2026 une stratégie renforcée et un plan d’action doté de 56 mesures pour la période 2026-2031, ciblant prioritairement les canicules et la gestion de l’eau.
Alors que la moyenne globale se situe à 1,4 degré au-dessus des niveaux préindustriels, le thermomètre suisse affiche déjà une augmentation de 3 degrés selon les données de l’Office fédéral de météorologie et de climatologie (MétéoSuisse). Pour la fin du siècle, les projections se révèlent encore plus lourdes.
Des températures helvétiques comparables à l’Espagne d’ici 2100
Un réchauffement de cinq à six degrés Celsius d’ici à 2100 reste une perspective tangible pour la Suisse, qualifiée par les experts de territoire le plus touché au monde par la hausse des températures. Interrogé dans la presse alémanique, Anthony Patt, climatologue à l’École polytechnique fédérale de Zurich, pose un constat sans équivoque : si la température mondiale venait à grimper de 2,8 degrés, le pays afficherait un climat similaire à celui de l’Espagne.
Face à cette menace, le gouvernement fédéral a validé un ensemble de dispositions concrètes réparties dans 30 champs d’action, portant le total à 56 mesures dans le plan d’action pour la période allant de 2026 à 2031. Ce dispositif s’appuie directement sur l’analyse des risques climatiques établie en 2025 par l’Office fédéral de l’environnement, ainsi que sur les scénarios prospectifs de l’EPFZ et de MétéoSuisse.
MétéoSuisse crée des cartes pour évaluer les risques thermiques
Pour mieux armer les autorités locales face aux vagues de chaleur estivales, MétéoSuisse concevra de nouvelles cartes nationales de chaleur et des modélisations de scénarios extrêmes. Ces outils permettront aux communes et aux cantons d’évaluer les risques pesant sur les zones habitées, les infrastructures et les surfaces agricoles, l’ensemble des données devant alimenter un tableau de bord public.
Dans le même temps, l’Office fédéral de la santé publique se voit confier la mission de bâtir un centre de compétences dédié à la protection contre les risques sanitaires liés aux fortes températures. Cette structure coordonnera les différents acteurs, suivra l’efficacité des mesures et affinera le recensement des hospitalisations et des décès imputables à la chaleur. L’exécutif fédéral débloquera à cet effet des coûts additionnels estimés à 4,4 millions de francs dès 2027, puis trois millions par an à partir de 2030.
Simplification des réservoirs d’eau et soutien à l’agriculture alpine
La gestion de l’eau et la lutte contre la sécheresse constituent l’autre pilier central de la stratégie gouvernementale. Réunie dans le cadre d’une table ronde menée conjointement par le Département fédéral de l’environnement et le Département de l’économie, l’agriculture a mis en avant les difficultés d’approvisionnement dans les zones de montagne.
L’exécutif fédéral a dès lors conclu qu’il convenait de exploiter encore mieux sa marge de manœuvre afin d’accélérer et de simplifier les procédures d’autorisation concernant les voies d’exploitation et les réservoirs d’eau
, facilitant ainsi le transport et le stockage de la ressource dans les alpages.
La plateforme fédérale sur la sécheresse, dotée d’une enveloppe de 2,1 millions de francs pour 2029, sera quant à elle développée pour affiner l’évaluation des impacts sectoriels. Le programme d’encouragement Adapt+ sera également optimisé pour soutenir les projets d’adaptation des cantons et des communes.

Le dossier en suspens des conditions de travail face aux températures extrêmes
Si de nombreux volets de la stratégie ont franchi l’étape de l’adoption, le consensus fait encore défaut concernant la protection des travailleurs exposés à la canicule, en particulier dans le secteur de la construction. Aucun accord n’a pu être trouvé entre les parties concernées.
Le Département fédéral de l’intérieur a reçu pour mandat de réunir les partenaires sociaux afin de négocier des exigences minimales de santé et de sécurité pour les chantiers. Parallèlement, des financements additionnels seront alloués à la recherche sur la santé animale, la sécurité alimentaire et la prévention des maladies vectorielles transmises par les moustiques et les tiques.