Le gouvernement syrien craint une offensive imminente des groupes armés druzes à Soueïda soutenue par Israël, tandis que les tensions s’intensifient autour de l’avenir de cette province du sud de la Syrie et que de nouvelles accusations d’ingérence et de livraisons d’armes sont formulées en octobre 2026.
La province majoritairement druze de Soueïda s’impose de nouveau comme l’un des points de friction les plus inflammables du paysage syrien. Selon un haut fonctionnaire du gouvernement syrien interrogé par The Jerusalem Post en octobre 2026, l’exécutif craint que des milices locales ne lancent une offensive imminente contre les forces régulières, sur fond de déclarations publiques de figures druzes prévoyant une opération prochaine pour reprendre les villages de la communauté. Alors que le gouvernement de Damas cherche à réaffirmer son autorité sur l’ensemble du territoire national depuis la chute du régime de Bachar el-Assad en décembre 2024, le sort de Soueïda reste au cœur d’une confrontation diplomatique et militaire complexe.
Damas accuse Israël d’armer les milices locales
Les autorités de Damas haussent le ton face au rôle prêté à Israël dans la région. Le ministre syrien des Affaires étrangères, Asaad Hassan al Shaibani, a publiquement accusé l’État hébreu de fournir un appui militaire et financier aux factions armées qui échappent au contrôle de l’État central, cherchant à saper la souveraineté retrouvée du pays par le biais d’un agenda de chaos. Ces accusations ont notamment été réitérées lors d’une conférence de presse conjointe à Damas avec Sabrina Dallafior, directrice générale de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC).
Comme l’a rapporté Asaad al-Shaibani selon The New Arab, Israël soutient des milices armées opérant en dehors de la loi dans la ville de Soueïda, en leur fournissant des armes et des fonds pour mener à bien un agenda de chaos dans la région.
Ces déclarations rejoignent les informations relayées par The New Arab, qui rappelle qu’une enquête antérieure du Washington Post publiée en décembre 2025 documentait déjà des transferts financiers et des livraisons de matériel militaire à destination du Conseil militaire de Soueïda. Les responsables syriens, cités par The Jerusalem Post, affirment par ailleurs que les vols de reconnaissance de l’armée de l’air israélienne se sont intensifiés au-dessus de Soueïda et de Damas, et qu’un hélicoptère militaire aurait atterri dans la province pour y acheminer d’importantes quantités d’armes et de munitions.
Le cheikh al-Hajari revendique une alliance avec Israël
Sur le terrain, la majeure partie de Soueïda demeure hors du giron gouvernemental, sous l’influence de dirigeants communautaires affirmant leur distance avec le pouvoir central. La province abrite une grande partie des quelque 700 000 Druze de Syrie. Le cheikh Hikmat al-Hajari, un dignitaire religieux local, a ainsi déclaré dans une vidéo diffusée en août que sa communauté constituait une partie et une parcelle de l’État d’Israël, tandis que les forces loyalistes à sa botte ont fondé une faction armée baptisée la Garde nationale pour s’opposer à l’intégration.
Selon Sheikh Hikmat al-Hajari d’après The New Arab, nous nous considérons comme une partie indissociable de l’existence de l’État d’Israël, et cette relation est de dimension internationale et d’une importance capitale.
Cette ligne autonomiste ne fait toutefois pas l’unanimité parmi les habitants de la région. D’autres figures religieuses, des militants et divers groupes armés rejettent l’ingérence extérieure et défendent le maintien de la province au sein d’un État syrien unifié. Les tensions pèsent lourdement sur la population, à l’instar des étudiants locaux qui se trouvent dans l’impasse pour passer leurs examens scolaires et universitaires en raison de la méfiance mutuelle entre Damas et les autorités locales, comme le documente Reuters. Des jeunes comme Maram Abu Hamra, âgée de 20 ans, se retrouvent bloqués à Soueïda, trop effrayés pour regagner les territoires contrôlés par le gouvernement à l’instar d’Alep, tandis que des familles, telles que celle de Fahed Abu Saad, voient leurs enfants manquer leurs examens de fin d’année par crainte des représailles et des violences sectaires perpétrées par des forces liées au gouvernement un an plus tôt.
Benjamin Netanyahu revendique un échange direct avec Damas
La crise s’est invitée dans le débat politique régional à la faveur de déclarations du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu. En octobre 2026, lors d’un déplacement dans la ville druze de Yarka, dans le nord d’Israël, le chef du gouvernement israélien a révélé avoir eu une conversation directe avec le président syrien Ahmed al-Sharaa lors des affrontements de juillet 2025 — marqués par des combats entre forces gouvernementales, tribus bédouines et combattants du Conseil militaire de Soueïda — pour exiger l’arrêt des violences contre les civils druzes. Netanyahu a précisé que cet échange avait succédé à des frappes de l’aviation israélienne ayant visé l’état-major général à Damas ainsi qu’un objectif à l’intérieur du complexe du palais présidentiel.
Benjamin Netanyahu a déclaré via Jpost qu’il s’agissait d’une conversation très courte, très vive, et que le massacre avait cessé.

Damas a vigoureusement rejeté ces prises de position, interprétées comme une instrumentalisation de la minorité druze à des fins de propagande et électorales à l’approche des élections générales israéliennes fixées au 27 octobre 2026. The Insight International rapporte via l’agence officielle SANA que la présidence syrienne a réaffirmé par la voie d’un communiqué que la communauté druze demeure un pilier indissociable du tissu national de la République arabe syrienne, tout en dénonçant l’exploitation de ces enjeux par Tel-Aviv et l’armement de milices hors-la-loi en juillet 2025.
La Syrie pose ses conditions pour la réintégration de Soueïda
Des pourparlers tripartites associant la Syrie, les États-Unis et la Jordanie se sont tenus, notamment dans le cadre d’une feuille de route convenue à Damas en septembre 2025 pour assurer la réintégration de Soueïda. Damas continue de réclamer l’arrêt des actions israéliennes menaçant de plonger la région dans le chaos, le respect strict de l’accord de désengagement de 1974 sous l’égide des forces des Nations unies, et un engagement sérieux d’Israël dans les négociations parrainées par Washington, alors que les discussions de paix restent suspendues aux échéances régionales.