L’Inde s’apprête à révolutionner son système de santé grâce aux “eObjects”, des normes numériques qui promettent de fluidifier les échanges de données et d’accélérer les paiements. Cette avancée, née d’une initiative pionnière chez Max Healthcare il y a plus d’une décennie, pourrait transformer en profondeur la manière dont les soins sont dispensés et financés dans le pays.
Tout a commencé en septembre 2009, lorsque Max Healthcare a confié à Dell Services (anciennement Perot Systems) le développement et la maintenance de son infrastructure informatique. Ce partenariat a permis d’améliorer la qualité des services et de réduire les coûts, mais a surtout servi de terrain d’expérimentation crucial. L’équipe impliquée a dû surmonter de nombreux obstacles pour implémenter des normes internationales dans un contexte indien unique, notamment en matière de systèmes d’information, de registres, de métadonnées et d’interopérabilité.
Les leçons tirées de cette transformation chez Max Healthcare ont attiré l’attention du ministère indien de la Santé. Bien que Dell Services n’ait pas pu mener à bien une étude approfondie sur les systèmes informatiques du secteur, le Dr Pankaj Gupta a repris le travail et a soumis un rapport au Conseil sectoriel de l’innovation sur la santé, dont les conclusions ont intégré le douzième plan quinquennal.
Parallèlement, le ministère de l’Électronique et des Technologies de l’Information a lancé une initiative visant à établir l’interopérabilité entre les applications de gouvernance électronique, dans le cadre du Plan national de gouvernance électronique (NeGP). Des comités spécifiques ont été créés, dont un dédié aux normes de santé (MDDS), mis en place en septembre 2012.
Les eObjects, conceptualisés pour la première fois en novembre 2018 par le professeur Dennis Streveler et le Dr Pankaj Gupta dans un livre blanc publié par Niti Aayog, ont été affinés par le Conseil de stratégie numérique ACCESS Health. Ces éléments de base, conformes aux normes du Plan national de santé numérique (NDHB), sont désormais gérés par ACCESS Health Digital, qui accélère leur mise en œuvre.
Le 11 septembre 2019, le groupe de travail conjoint de l’Autorité nationale de la santé (NHA) et de l’Autorité de développement de la réglementation des assurances (IRDAI) a adopté les eObjects, notamment l’objet eClaims, qui sera intégré à la plateforme nationale indienne sur les allégations de santé. L’adoption de ce format standardisé promet d’accélérer les délais de paiement pour les prestataires de soins.
Cette évolution rappelle la révolution FinTech en Inde, avec le lancement de l’interface de paiement unifiée (UPI) par le gouvernement, suivi des applications Paytm, Googlepay et Phonepe. En seulement trois ans, le volume des transactions UPI est passé de négligeable à 1 milliard par mois. Un levier financier et une gouvernance solide sont donc essentiels pour garantir le succès de la transformation numérique du secteur de la santé indien.
L’équipe ACCESS Health Digital a d’ailleurs été récompensée pour son travail en matière de gouvernance électronique, témoignant de l’importance de cette initiative.
