Dérobés il y a un mois dans le musée de Cagnes-sur-Mer, deux tableaux d’Auguste Renoir ont été retrouvés cachés derrière une cloison à Clermont-l’Hérault. Quatre hommes ont été mis en examen à l’issue d’une vaste opération policière menée dans plusieurs départements français.
L’enquête sur le vol audacieux perpétré au musée municipal Auguste-Renoir a connu un dénouement décisif. Les deux toiles majeures du maître impressionniste, intitulées Portrait de Madame Colonna Romano et Jeune femme au puits, ont été découvertes le 8 octobre dans une maison située à Clermont-l’Hérault, dans le département de l’Hérault, selon les informations confirmées par le parquet de Marseille et les autorités de police mobilisées sur le dossier.
Une cachette secrète dissimulée derrière un faux mur dans l’Hérault
Les œuvres, dont la valeur combinée est estimée à plus de 4 millions d’euros, étaient dissimulées dans la buanderie d’une habitation. Les auteurs et le receleur n’avaient pas hésité à monter un faux mur avec du placo qui était totalement invisible
, a révélé le procureur de la République de Marseille, Nicolas Bessone, lors d’un point presse organisé à Paris. Cette cloison étanche, construite à l’aide de parpaings pleins et de plaques de plâtre, avait échappé aux premières investigations avant que les enquêteurs ne localisent précisément le lieu de stockage.
Sur place, les experts ont constaté que les toiles ont souffert de leur mois passé hors des cimaises muséales. Le Portrait de Madame Colonna Romano présente une déchirure profonde au niveau de la robe ainsi que des traces d’enfoncement où la couche picturale est effacée, tandis que la petite esquisse sur bois de la Jeune femme au puits arbore des angles de cadre doré brisés. Les deux pièces ont été acheminées au Centre interdisciplinaire de conservation et de restauration du patrimoine (CICRP) de Marseille pour y subir des travaux de restauration de précision.
Un mode opératoire minutieux trahi par une housse de protection abandonnée
Le cambriolage initial s’était déroulé le 8 septembre peu avant 6 heures du matin. Deux individus s’étaient introduits dans la dernière demeure du peintre impressionniste située à Cagnes-sur-Mer, dans les Alpes-Maritimes, après avoir découpé un grillage et brisé une vitre à l’arrière du bâtiment. Équipés d’une scie sabre dotée d’un long manche, les malfaiteurs avaient réussi à découper les fixations de quatre tableaux en l’espace de deux à trois minutes à peine.

L’intervention rapide d’une patrouille de la police municipale, alertée par le déclenchement immédiat de l’alarme, avait semé la panique au sein du commando. Contraints de fuir dans l’urgence, les voleurs avaient abandonné deux premières œuvres dans le jardin, à savoir le Portrait de Madame Stephen Pichon et Coco lisant. C’est sur une housse de protection laissée sur place que les techniciens de la police scientifique ont relevé des traces ADN décisives. Cet indice a permis d’identifier un homme de 29 ans au profil atypique, dont le véhicule faisait par ailleurs l’objet d’un suivi technique dans le cadre d’un dossier distinct de trafic de stupéfiants.
Six interpellations coordonnées et la menace imminente d’un nouveau cambriolage
L’exploitation des données de géolocalisation et des planques policières a permis aux enquêteurs de la Brigade de recherche et d’intervention (BRI), du Service interdépartemental de la police judiciaire (SIPJ) des Alpes-Maritimes et de l’Office central de lutte contre le trafic des biens culturels (OCBC) de procéder à six interpellations coordonnées entre les Alpes-Maritimes, le Var, le Doubs et l’Hérault. Quatre suspects ont été déférés devant la Juridiction interrégionale spécialisée (JIRS) de Marseille et mis en examen pour vol en bande organisée, recel et association de malfaiteurs.
Selon les éléments livrés par le parquet, l’hypothèse privilégiée par les enquêteurs demeure celle d’un vol opportuniste conduit sans commanditaire direct. Le coup de filet policier a toutefois été précipité par la crainte d’un passage à l’acte imminent. Quelques jours avant les arrestations, le principal suspect avait en effet été repéré en train de se rendre à la Fondation Maeght, à Saint-Paul-de-Vence, afin d’y rencontrer un individu au passé sulfureux lié à la fausse monnaie et au recel d’œuvres d’art.
Ces deux tableaux ne sont pas de simples œuvres d’art. Ils appartiennent à l’histoire de notre ville, à notre patrimoine et à l’héritage laissé par Auguste Renoir à Cagnes-sur-Mer. Les savoir retrouvés est un immense soulagement pour tous les Cagnois et pour tous ceux qui sont attachés à notre musée.
Bryan Masson, maire de Cagnes-sur-Mer
Alors que la justice poursuit ses investigations pour établir précisément les responsabilités de chaque protagoniste au sein de cette chaîne criminelle, le maire de la commune a salué l’efficacité des enquêteurs. Les toiles endommagées devront patienter plusieurs mois dans les ateliers spécialisés avant de pouvoir retrouver leur place au sein du musée cagnois.
