L’Iran est le théâtre de violences répressives d’une ampleur potentiellement sans précédent depuis des décennies, alors que les manifestations contre le régime entrent dans leur troisième semaine. Les estimations du nombre de morts varient considérablement, allant de plus de 2 000 à 20 000 personnes, selon les sources.
La situation sur le terrain reste extrêmement floue en raison d’une coupure quasi totale d’Internet dans le pays. Cependant, des témoignages parviennent à l’extérieur, dressant un tableau alarmant. Saeed, un habitant de Téhéran, a déclaré au New York Times : « J’ai réussi à rester connecté quelques minutes juste pour dire que c’est un bain de sang ici. » Des images vérifiées montrent des sacs mortuaires dans une morgue près de la capitale et des affrontements entre manifestants et forces de l’ordre.
Les protestations, qui ont débuté fin décembre, étaient initialement motivées par la crise économique et l’effondrement du rial iranien (la monnaie nationale). Elles se sont rapidement étendues, rassemblant des manifestants de tous horizons, notamment des étudiants, qui scandent des slogans tels que « Mort au dictateur », en référence à l’ayatollah Ali Khamenei, guide suprême de l’Iran.
La réponse des forces de sécurité a été particulièrement brutale, avec des tirs de snipers depuis les toits sur des places publiques et l’utilisation de mitrailleuses contre les manifestants, selon des reportages du New York Times et d’autres médias. Certains observateurs comparent cette répression à celle menée par l’ancien président syrien Hafez al-Assad en 1982, ou au massacre de la place Tiananmen en 1989, qui avait fait un nombre estimé de victimes inférieur.
La panne d’Internet, qui dure depuis cinq jours, a rendu difficile la vérification indépendante des informations. Même l’accès à Internet par satellite, comme celui offert par Starlink d’Elon Musk, a été bloqué. Cette opacité contraste avec d’autres conflits récents, comme la guerre en Ukraine, où les atrocités sont souvent documentées sur les réseaux sociaux.
L’ancien prince héritier iranien, Reza Pahlavi, fils du dernier dirigeant iranien avant la révolution islamique de 1979, a appelé les manifestants à poursuivre leur mouvement. L’administration américaine, sous la présidence de Donald Trump, a également réagi. Trump a déclaré qu’il « frapperait très fort là où cela fait mal » si le régime continuait à tuer des manifestants. Il a également annoncé des droits de douane de 25 % sur « tout pays faisant des affaires avec la République islamique d’Iran », bien que la mise en œuvre de cette mesure reste incertaine.
Selon l’expert en politique iranienne Vali Nasr, de la Johns Hopkins School of Advanced International Studies, ces manifestations signalent que « cette phase de la révolution de la République islamique a atteint ses limites et que le pays a besoin d’une direction différente ». Il estime que l’Iran pourrait être proche d’un scénario où un dirigeant majeur appellerait à la fin de la République islamique.
Le chancelier allemand Friedrich Merz a estimé mardi que le gouvernement iranien en était à ses « derniers jours et semaines ». L’issue de cette crise et la possibilité d’un changement de régime restent incertaines, mais les conditions semblent réunies pour une transformation profonde du pays.
