Publié le 2026-01-09 19:45:00. L’actrice péruvienne Magaly Solier, figure de résistance du cinéma de son pays, revient sur grand écran avec « Le Fils de la Lune », un film tourné en quechua et ancré dans les traditions andines, après une période de silence et de difficultés personnelles.
- Magaly Solier incarne Agucha, une mère andine confrontée au poids du passé et à la dureté de la danse des ciseaux.
- Le film, tourné à Huanta, la ville natale de l’actrice, met en lumière la culture quechua et les enjeux de la préservation de l’identité.
- Après des épreuves personnelles, Magaly Solier retrouve la lumière grâce à ce rôle et à un projet ancré dans ses racines.
Après un retrait médiatique et une période difficile, l’actrice Magaly Solier, reconnue pour son talent et son engagement, fait son retour au cinéma avec « Killapa Wawan » (« Le Fils de la Lune »). Ce long métrage, entièrement tourné en quechua par César Galindo, sortira en salles le 29 janvier 2026 et marque une nouvelle étape dans la carrière de cette figure emblématique du cinéma péruvien.
Dans « Killapa Wawan », Magaly Solier interprète Agucha, une femme andine marquée par le passé, qui tente de protéger sa fille, Killary, des aspects les plus exigeants de la danse des ciseaux, une tradition ancestrale de sa culture. « J’incarne une femme courageuse, dont l’identité culturelle la traverse complètement. C’est une femme que l’on peut trouver partout : elle a une voix, une histoire, une dignité », explique l’actrice, tout en ajustant fièrement son chapeau de paille orné de fleurs de genêts. « Mais souvent cette voix s’efface en cours de route, et nous le voyons tous les jours aux informations. C’est pourquoi l’art existe : se rappeler qu’on ne marche pas sur notre identité. »
Le tournage a eu lieu à Huanta, la ville natale de Magaly Solier, un lieu qui a façonné son regard sur le monde. Pour l’actrice, il était essentiel que le film soit tourné sur ses terres. « Pour accepter la proposition, j’ai demandé qu’elle soit enregistrée sur mon terrain. Sinon, adieu petit oiseau », confie-t-elle. « Et César Galindo a accepté. Pour moi, il était important que le monde entier sache où je suis née. Je suis originaire de Huantina dans l’âme, d’une mère paysanne. Je voulais que le paysage soit vu, que le tourisme soit favorisé, que ma terre ait plus d’opportunités. Et cela a été fait. Je suis très heureuse. »
Le tournage à Huanta, bien que porteur de sens, n’a pas été sans difficultés. L’actrice souligne la diversité des microclimats de la région et les défis logistiques que cela a engendrés. « Ce sont des paysages ancestraux, mais ils ont sept microclimats. Si vous voulez avoir froid, vous montez un peu plus haut et vous voyez des lamas, des vigognes. Et si vous voulez ressentir un peu de passion, vous descendez… Le plus difficile a été d’enregistrer sous la pluie ; imaginez que je suis Huantina, comme le reste des acteurs a dû souffrir », raconte-t-elle.
La danse des ciseaux, au cœur du film, a exigé une préparation physique et mentale intense. « Je danse le huayno, mais c’est une danse plus complexe, ils m’ont assigné un professeur. Au début, c’était difficile pour moi de tenir les ciseaux parce que mes mains ne sont pas grandes. Mais avec de la pratique et de la technique, tout était possible. Et ça s’est bien passé », précise Magaly Solier.
Au-delà de l’effort physique, c’est le poids émotionnel du personnage d’Agucha qui a été le plus difficile à porter. « Le plus grand défi était le problème psychologique. C’est un personnage linéaire, il n’a pas beaucoup d’échelles, et émotionnellement c’est très dur, épuisant, épuisant. C’est fort, c’est un drame… c’est comme regarder Rambo pleurer, et il ne pleure jamais. Ils ne vous tirent pas dessus, ils n’utilisent pas d’armes, mais l’histoire elle-même est si forte que c’est comme si on vous tirait dessus », souligne-t-elle.
Le film résonne également avec les épreuves personnelles que Magaly Solier a traversées ces dernières années. Après avoir perdu la garde de ses enfants suite à des accusations de violences et de problèmes d’alcool, l’actrice trouve dans ce rôle une forme de catharsis et de réaffirmation. « Presque toutes les scènes m’ont secoué, mais je suis reconnaissant pour cette énergie, cette aura qui me hante encore », dit-elle. « C’est là que ma mère agit. La voir jouer m’a donné beaucoup de force et en même temps m’a rappelé comment elle m’a élevé quand j’étais enfant : avec des principes, de l’honneur, de la force et du courage…, comme mon personnage éduque Killary, à la recherche de la vérité. Et cela m’a rappelé combien j’aime mes enfants et combien je me suis battu pour eux, sans dormir. Et maintenant je dis : serai-je toujours une mère ? Bien sûr oui, aucun être qui dit que tu es une mauvaise mère ne peut le démolir. Seule une Huantina Une femme dans l’âme, comme moi, comme des milliers de femmes dans le monde, sait ce que signifie être mère. »
Magaly Solier ne se projette pas à long terme. Elle souffre de bradycardie, une condition qui affecte le rythme cardiaque, et vit au jour le jour. Actuellement, elle se remet de chutes qui l’ont affaiblie et suit des traitements. « En ce moment, je vis un moment un peu… compliqué », admet-elle. « Je dois encore suivre certains traitements, qui ne sont pas psychiatriques », précise-t-elle. « J’ai fait des chutes, comme cela a déjà été rapporté dans les médias. Je ne lis pas les journaux, mais l’information se répand de bouche à oreille. J’y participe. »
Malgré ces difficultés, Magaly Solier continue de créer. Elle travaille sur un scénario de court métrage et prépare la sortie de son troisième album, intitulé « Je réfléchis encore ». « Je vais sortir mon troisième album après plus de plusieurs années, mais je ne veux pas raconter la même histoire. Ce sont des chansons qui reflètent ma vie, ce que je vois, mes rêves, ce que je veux… et aussi ce que je change, car la vie n’est pas linéaire. La vie est compliquée. Parfois on se demande quel est l’avenir… et je ne sais pas ce que c’est », confie-t-elle.
L’actrice conclut l’entretien sur une note d’espoir et de détermination. « C’est fini, maintenant je vais chanter », dit-elle, avant de mettre fin à l’échange. La voix de Magaly Solier, comme la « Flor de retama », résonne à nouveau, porteuse d’une résistance et d’une identité profondément ancrées dans la terre péruvienne.
PRÉSENCE ACTORIELLE
Magaly Solier s’impose dans le cinéma à l’âge de 19 ans avec une force tranquille. Elle fait ses débuts dans « Madeinusa » (2005) et reçoit rapidement des distinctions, notamment le prix de la meilleure actrice à Carthagène des Indes et à Montréal en 2006. Un an plus tard, « Dioses » (2007) confirme qu’il ne s’agit pas d’un simple coup de chance, mais d’une présence capable de captiver l’écran avec un mélange unique de fragilité et de force.
Le rôle qui la consacre est celui de « La Teta Asustada » (2008). Son nom commence à circuler dans les festivals de Lima, Gramado, Guadalajara et Montréal. Le film remporte l’Ours d’Or à Berlin en 2009 et ouvre une voie inédite au cinéma péruvien, avec des nominations aux Oscars (2010) et aux Goyas. Depuis, Magaly Solier est devenue plus qu’une simple interprète : elle est une voix associée à une mémoire collective.
Sa carrière continue de franchir les frontières sans jamais renier ses racines. Elle a joué dans « Altiplano » et partagé l’affiche avec Olivier Gourmet. En Espagne, elle a collaboré avec Fernando León de Aranoa sur « Amador » (2009), qui lui a valu un nouveau prix de la meilleure actrice à Guadalajara en 2011 et l’a ramenée à Berlin. Des projets se sont ensuite concrétisés en Bolivie avec « Blackthorn », au Chili avec « Ñusta Huillac, La Tirana » et en Italie avec « Alfonsina y el mar ». Elle revient également au Pérou avec « Magallanes » et « Retablo », en quechua, et incarne un personnage historique à la télévision dans « Les autres libérateurs », récompensé aux Prix Luces. Ses titres récents, tels que « Lina de Lima » et « Killapa Wawan », témoignent d’un parcours qui se mesure non seulement en récompenses ou en premières, mais aussi par l’empreinte qu’elle laisse, même après le générique de fin.
En plus…
« Killapa Wawan » sortira dans les salles du pays le 29 janvier.
