Publié le 5 janvier 2024 17h04. Une simple piqûre au doigt pourrait bientôt permettre de détecter la maladie d’Alzheimer avec une précision significative, grâce à une avancée scientifique prometteuse développée par des chercheurs européens et nord-américains.
- Un test sanguin capillaire séché permet d’identifier la maladie d’Alzheimer avec une précision diagnostique de 86 %.
- Cette nouvelle méthode est moins invasive et moins coûteuse que les tests actuels, tels que la ponction lombaire et l’imagerie cérébrale TEP.
- La détection précoce, facilitée par ce test, est cruciale pour l’efficacité des traitements existants qui visent à ralentir la progression de la maladie.
La détection précoce de la maladie d’Alzheimer représente un défi majeur de santé publique, touchant plus de 50 millions de personnes dans le monde. Les méthodes de diagnostic actuelles, souvent invasives et onéreuses, limitent le dépistage à grande échelle et retardent l’accès aux soins. Une nouvelle analyse sanguine, basée sur une simple goutte de sang prélevée au doigt, pourrait changer la donne.
L’étude, publiée ce lundi dans la revue Nature Medicine, confirme que cette technique permet de détecter les marqueurs biologiques de la pathologie amyloïde avec une précision de 86 %. Les chercheurs ont validé cette méthode auprès de 337 patients, avec et sans symptômes de démence. Le test repose sur la quantification de protéines spécifiques, telles que la p-tau217, la GFAP et la NfL, présentes dans le sang capillaire séché. Une goutte de sang suffit, prélevée par une simple piqûre au doigt, et déposée sur un papier filtre spécial, avant d’être analysée en laboratoire.
Cette approche innovante présente plusieurs avantages par rapport aux méthodes traditionnelles. Elle élimine le besoin de ponction lombaire ou d’imagerie cérébrale TEP, des procédures coûteuses et potentiellement inconfortables pour les patients. De plus, le système ne requiert pas d’infrastructure complexe pour la conservation ou le transport des échantillons, ouvrant la voie à son utilisation dans des environnements aux ressources limitées, voire directement au domicile des patients.
« Cette méthode pourrait accélérer l’identification des personnes à risque de souffrir de la maladie d’Alzheimer, en accélérant leur orientation vers des unités de mémoire spécialisées, où d’autres tests complémentaires seraient réalisés pour confirmer le diagnostic. »
Xavier Morató, directeur des essais cliniques au Centre Ace Alzheimer de Barcelone
Cependant, certains experts soulignent la nécessité de rester prudents. Raquel Sánchez Valle, de l’Hospital Clínic de Barcelone, met en garde : « Cela simplifie les choses dans les études de recherche massives, mais dans le domaine de la santé à l’heure actuelle, cela ne devrait pas avoir d’application. » Elle ajoute : « C’est un peu effrayant qu’une entreprise le commercialise directement auprès du consommateur, en dehors de la surveillance médicale. »
La maladie d’Alzheimer, incurable à ce jour, se caractérise par une évolution silencieuse pendant des années, voire des décennies, avant l’apparition des premiers symptômes. Un diagnostic tardif limite l’efficacité des traitements disponibles, qui ne permettent que de retarder la progression de la maladie d’environ 18 mois lorsqu’ils sont administrés à un stade précoce. Selon la Société espagnole de neurologie, plus de 50 % des cas initiaux demeurent non diagnostiqués.
David Pérez, neurologue à l’hôpital 12 de Octubre, considère cette recherche comme un « travail intéressant », tout en appelant à la prudence. « Sa sensibilité inférieure à celle du sang veineux standard suggère un réalisme et la nécessité d’affiner la technologie avant une application clinique généralisée. »
