Publié le 24 décembre 2025 01:18:00. Des chercheurs de l’Université de York ont mis au point une méthode robotisée innovante pour accélérer la découverte de nouveaux antibiotiques, une avancée cruciale face à la menace croissante des infections résistantes aux médicaments. Leur travail a permis d’identifier un composé prometteur à base d’iridium, capable de tuer les bactéries sans toxicité pour les cellules humaines.
- Une équipe de l’Université de York a synthétisé plus de 700 composés métalliques complexes en une semaine grâce à un système robotisé.
- Un composé à base d’iridium s’est révélé particulièrement efficace contre les bactéries, y compris des souches résistantes comme le SARM (Staphylococcus aureus résistant à la méthicilline).
- Cette nouvelle approche pourrait revitaliser la recherche d’antibiotiques, un domaine en crise en raison du manque de rentabilité et de la lenteur des méthodes traditionnelles.
La lutte contre les infections résistantes aux médicaments est un défi mondial majeur. Plus d’un million de personnes décèdent chaque année d’infections qui pourraient être évitées, et la situation pourrait s’aggraver si de nouveaux traitements ne sont pas développés. Des interventions médicales courantes, telles que les prothèses de hanche, la chimiothérapie et les transplantations d’organes, pourraient devenir dangereuses en raison du risque d’infections incurables.
Face à cette crise sanitaire, le Dr Angelo Frei et son équipe du département de chimie de l’Université de York ont exploré une voie peu conventionnelle : les composés à base de métaux. Contrairement à la plupart des antibiotiques actuels, qui sont des molécules organiques « plates », les complexes métalliques présentent une structure tridimensionnelle qui leur permet d’interagir avec les bactéries de manière différente, contournant potentiellement les mécanismes de résistance.
Pour accélérer le processus de découverte, les chercheurs ont mis en œuvre une approche combinant la robotique et la chimie « clic », une technique permettant d’assembler rapidement des molécules. Le chercheur postdoctoral David Husbands a utilisé une plateforme automatisée pour combiner près de 200 « ligands » (molécules se liant à un métal) avec cinq métaux différents, générant ainsi plus de 700 nouveaux complexes métalliques en moins d’une semaine – une tâche qui aurait pris des mois de travail manuel.
Après la synthèse, l’équipe a évalué l’activité antibactérienne et la toxicité de ces composés. Six d’entre eux se sont avérés prometteurs, mais un composé à base d’iridium s’est particulièrement distingué. Il a démontré une forte efficacité contre diverses bactéries, y compris des souches similaires au SARM, tout en présentant une faible toxicité pour les cellules humaines, ce qui suggère un bon « indice thérapeutique ».
« Le pipeline de nouveaux antibiotiques est à sec depuis des décennies. Les méthodes de dépistage traditionnelles sont lentes et l’industrie pharmaceutique s’est largement retirée de cet espace en raison de faibles retours sur investissement. Nous devons penser différemment. En combinant la chimie intelligente « en clic » avec l’automatisation, nous avons démontré que nous pouvons explorer de vastes zones inexploitées de l’espace chimique à une vitesse sans précédent. Nous ne recherchons pas seulement un médicament ; nous prouvons une méthodologie qui peut nous aider à trouver « l’aiguille dans la botte de foin » beaucoup plus rapidement. Le composé de l’iridium que nous avons découvert est passionnant, mais la véritable avancée réside dans la rapidité avec laquelle nous l’avons trouvé. Cette approche pourrait être la clé pour éviter un avenir dans lequel les infections de routine redeviendraient mortelles. »
Dr Angelo Frei, auteur principal de l’étude
Les données issues de la Communauté pour la découverte ouverte de médicaments antimicrobiens (CO-ADD) suggèrent que les complexes métalliques ont un taux de réussite plus élevé pour être antibactériens sans être toxiques, remettant en question l’idée reçue selon laquelle les médicaments à base de métaux seraient intrinsèquement dangereux.
L’équipe de l’Université de York espère que cette nouvelle méthodologie encouragera la communauté scientifique et les entreprises pharmaceutiques à réévaluer le potentiel des complexes métalliques. Les chercheurs s’efforcent désormais de comprendre précisément comment leur nouveau composé d’iridium agit sur les bactéries et prévoient d’étendre leur plateforme robotisée pour tester d’autres métaux. Cette méthode de synthèse rapide pourrait également trouver des applications dans d’autres domaines, tels que la découverte de nouveaux catalyseurs pour l’industrie.
