Publié le 2024-02-29 10:35:00. Une étude internationale révèle que près de 99 % des crises cardiaques, accidents vasculaires cérébraux et cas d’insuffisance cardiaque surviennent chez des personnes présentant déjà des facteurs de risque connus, remettant en question l’idée d’événements cardiaques imprévisibles.
- Près de 99 % des événements cardiovasculaires surviennent chez des personnes ayant au moins un facteur de risque traditionnel (hypertension, cholestérol, troubles du glucose, tabagisme).
- L’hypertension artérielle est le facteur de risque le plus fréquemment observé, présent chez plus de 93 % des patients concernés.
- La prévention primaire et le suivi médical régulier sont essentiels pour réduire l’incidence de ces pathologies.
Les maladies cardiovasculaires, première cause de décès dans le monde, sont rarement le fruit du hasard. Une vaste étude internationale, publiée dans le Journal du Collège américain de cardiologie, démontre que la grande majorité des crises cardiaques, accidents vasculaires cérébraux (AVC) et cas d’insuffisance cardiaque surviennent chez des individus présentant déjà des facteurs de risque cardiovasculaire établis. L’étude a analysé les données de plus de 9 millions de dossiers médicaux en Corée du Sud et de près de 7 000 aux États-Unis.
Les conclusions sont sans appel : 99 % de ces événements se produisent chez des personnes qui présentent au moins un des facteurs de risque traditionnels. Cette découverte remet en question la perception courante selon laquelle les problèmes cardiaques surviennent de manière soudaine et inattendue.
« Les résultats montrent de manière concluante que presque toutes les personnes qui souffrent d’une crise cardiaque ou d’un accident vasculaire cérébral souffraient déjà d’une maladie antérieure qui aurait pu être identifiée et traitée à temps. »
Philippe Groenland, cardiologue à l’Université Northwestern, auteur principal de l’étude
Selon Juan Pablo Costabel, cardiologue et chef de l’unité coronarienne de l’Institut Cardiovasculaire ICBA (MN 119.403), plus de 99 % des patients ayant subi une crise cardiaque, un AVC ou une insuffisance cardiaque avaient déjà au moins un des quatre facteurs de risque traditionnels : hypertension artérielle, taux de cholestérol élevé, troubles du glucose ou exposition au tabac. Il souligne que cette observation ne relève pas d’une simple coïncidence statistique, mais d’une relation physiopathologique bien établie entre ces facteurs et les lésions vasculaires.
L’étude a également révélé que des valeurs non optimales pour un ou plusieurs de ces marqueurs précèdent généralement le diagnostic, parfois de plusieurs années. Même chez les femmes de moins de 60 ans, plus de 95 % des cas présentaient au moins un de ces facteurs de risque.
L’hypertension artérielle s’avère être le facteur le plus prévalent, touchant plus de 93 % des personnes ayant subi un événement cardiovasculaire. De plus, jusqu’à 97 % des patients accumulaient au moins deux facteurs de risque incontrôlés.
Le Dr Costabel explique que l’athérosclérose, à l’origine de la plupart des événements cardiovasculaires, est une maladie provoquée par une exposition chronique aux lipoprotéines athérogènes, en particulier les LDL et ApoB. L’hypertension favorise la rupture de la plaque dentaire et les dommages à la paroi artérielle, l’hyperglycémie accélère le dysfonctionnement endothélial et l’inflammation, et le tabac amplifie tous ces processus. Il insiste sur le fait qu’il ne s’agit pas de variables isolées, mais de mécanismes convergents vers un même cheminement pathologique.
Selon l’ Association américaine du cœur, les seuils de risque sont une tension artérielle égale ou supérieure à 120/80 mmHg, un cholestérol total supérieur à 200 mg/dL, une glycémie à jeun supérieure ou égale à 100 mg/dL ou des antécédents de tabagisme.
Même en dessous de ces valeurs cliniquement élevées, plus de 90 % des personnes ayant subi un événement présentaient déjà au moins un facteur de risque antérieur.
La situation en Argentine reflète cette tendance internationale. Selon l’Enquête nationale sur les facteurs de risque réalisée en 2018, on estime que 12,1 millions d’Argentins souffrent d’hypertension artérielle, mais seulement deux millions la contrôlent. Un adulte sur cinq fume, au moins un tiers a un taux de cholestérol élevé et 13 % vivent avec du diabète. Environ 70 % de la population est en surpoids ou sédentaire, ce qui augmente encore le risque cardiovasculaire.
Le syndrome métabolique – hypertension artérielle (supérieure à 130/85 mmHg), glycémie élevée, excès de graisse abdominale et altérations lipidiques – augmente considérablement la probabilité de subir un événement cardiovasculaire. La prévention primaire est donc essentielle pour réduire l’incidence de ces pathologies.
L’ Association américaine du cœur souligne l’importance de « 8 règles essentielles pour la vie » : ne pas fumer, manger sainement (comme le régime méditerranéen et le régime DASH), pratiquer une activité physique régulière, dormir entre sept et neuf heures par jour, contrôler son poids et contrôler régulièrement sa tension artérielle, son cholestérol et sa glycémie.
Les spécialistes s’accordent à dire que le renforcement de la prévention et des contrôles médicaux périodiques constitue la base la plus solide pour réduire la principale cause de décès dans la région. “Lorsqu’un patient semble ne présenter « aucun facteur de risque » au moment de l’événement, ce qui manque généralement n’est pas le risque, mais plutôt sa reconnaissance préalable : des années de pression, de cholestérol ou de glucose dans des plages sous-optimales qui étaient suffisantes pour produire des dommages cumulatifs”, prévient le Dr Costabel.
