Home MondeLa guerre civile au Soudan est une bataille entre deux généraux. Qui sont-ils et que veulent-ils ?

La guerre civile au Soudan est une bataille entre deux généraux. Qui sont-ils et que veulent-ils ?

by Clara Dubois

Le Soudan est au bord du gouffre, avec la prise de la ville d’El Fasher par les Forces de Soutien Rapide (FSR), un groupe paramilitaire. Face à cette escalade de la violence, le président américain Donald Trump a annoncé son intention d’intervenir, à la demande du prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane.

La situation au Soudan est marquée par des violations graves des droits de l’homme commises par les deux camps en conflit. La prise d’El Fasher par les FSR divise désormais le pays entre l’armée soudanaise et ce groupe paramilitaire, intensifiant une guerre civile déjà dévastatrice.

Au cœur de cette crise se trouve la rivalité entre deux figures clés : le général Abdel Fattah al-Burhan, chef de l’armée soudanaise, et Muhammad Hamdan Dagano Musa, dit Hemedti, à la tête des FSR. Selon Alex DeWaal, directeur exécutif de la World Peace Foundation à Tufts, ces deux hommes sont le produit d’un cycle de violence qui gangrène le Soudan depuis des décennies.

Les habitants d’El Fasher, qui cherchaient initialement à rester neutres, ont été contraints de se ranger du côté du gouvernement face à l’avancée des FSR, devenant ainsi le dernier bastion de résistance au Darfour. « Ces dernières années, les habitants d’Al Fasha, les différents groupes présents, voulaient au départ rester neutres dans cette guerre, mais ils n’ont pas pu maintenir cela », explique DeWaal. L’offensive des FSR a été marquée par des bombardements ciblés sur les infrastructures civiles, notamment les hôpitaux et les cliniques.

Les témoignages décrivent des scènes d’horreur : des civils expulsés de leurs foyers, des hommes assassinés dans les rues, des femmes et des filles violées devant leurs familles. Des vidéos, diffusées par les auteurs de ces atrocités, témoignent de leur cruauté et de leur jouissance à torturer leurs victimes. « Ce que les habitants d’El Fasher ont vécu, ce sont des bombardements de drones, ciblés sur les hôpitaux, sur les cliniques, sur tout ce qui rendait la vie civile supportable », précise DeWaal.

Le général Abdul Burhan, officier militaire de carrière, dirige l’armée soudanaise (SAF). Son parcours est complexe, ayant participé à la guerre du Darfour il y a une vingtaine d’années et dirigé des contingents soudanais au Yémen, financés par l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis. Il est également impliqué dans des entreprises lucratives. Cependant, sa coalition est fragilisée par des dissensions internes, notamment l’opposition d’une brigade islamiste aux pourparlers de paix. « Lorsque le général Burhan se dit prêt à participer à des pourparlers de paix, ce sont les islamistes de sa coalition qui répondent : « pas question » », souligne DeWaal.

Le général Burhan se présente comme le gouvernement légitime du Soudan, bien qu’il ne contrôle pas la capitale. Il a été reconnu par les Nations Unies, une décision que DeWaal juge « un peu bête ». Son objectif principal est de restaurer le statu quo ante, un système contesté par une partie de la population depuis sept ans.

Les forces du général Burhan ont également été accusées de crimes de guerre, notamment de tentatives de blocage de l’aide humanitaire et d’entrave à l’action de l’ONU, justifiées par un manque de discipline et un esprit de vengeance de la part de certains commandants locaux.

À l’opposé, Hemedti, chef des FSR, est un ancien commandant de la milice Janjaweed, tristement célèbre pour son rôle dans le génocide du Darfour. Il a ensuite gravi les échelons au sein du gouvernement, accumulant richesse et pouvoir grâce au contrôle des mines d’or. « Il était donc l’un des commandants les plus impitoyables et les plus compétents », explique DeWaal. Hemedti se présente comme un défenseur de la démocratie et des populations marginalisées, mais ses forces sont accusées d’atrocités, notamment de pillages, de viols et de massacres, en particulier à El Fasher.

« Dès le début de la guerre, ils ont saccagé et pillé la capitale nationale Khartoum, terrorisé un grand nombre de ses habitants, pillé et violé des quartiers résidentiels entiers », décrit DeWaal. Il accuse également les FSR de mener une campagne génocidaire au Darfour.

Selon DeWaal, les deux hommes sont le produit de décennies de conflits et de traumatismes. Il cite l’exemple d’un vieux cheikh nomade qui lui avait confié, il y a 40 ans, que la véritable famine ne consistait pas à mourir de faim, mais à voir son mode de vie disparaître. Le fils de ce cheikh est devenu, des années plus tard, un chef des Janjaweed, puis a été remplacé par Hemedti. « Ce que nous voyons au cours de ces 40 années, vous pouvez retracer comment les pressions exercées sur les traumatismes de la faim et des conflits se sont traduites par la culture politique impitoyable que nous avons aujourd’hui », conclut DeWaal.

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