Publié le 24 septembre 2023. L’opérateur des aéroports de Dublin et de Cork, le DAA, souhaite augmenter les redevances facturées aux compagnies aériennes, déclenchant une vive réaction de Ryanair et Aer Lingus qui dénoncent une attitude jugée peu transparente et des frais déjà élevés.
- Le DAA justifie cette demande par la hausse des coûts de l’énergie, de la conformité réglementaire et de l’inflation générale.
- Ryanair accuse le DAA de fausses déclarations concernant le niveau des redevances, les qualifiant parmi les plus chères d’Europe.
- L’analyse des revenus de l’aéroport de Dublin révèle une dépendance aux revenus commerciaux (stationnement, boutiques) pour maintenir sa rentabilité.
Le DAA, qui gère les aéroports de Dublin et de Cork, a annoncé son intention d’augmenter les frais d’aéroport, une décision qui a immédiatement suscité la colère des deux principales compagnies aériennes irlandaises. L’opérateur justifie cette démarche par un contexte économique difficile, marqué par une inflation persistante et des coûts d’exploitation en hausse, notamment en matière d’énergie et de conformité réglementaire.
Aer Lingus a rapidement réagi, estimant que le DAA avait réalisé des bénéfices considérables ces dernières années et que les redevances actuelles étaient déjà insuffisantes.
« Le DAA a réalisé des bénéfices très importants ces dernières années malgré lesquels les accusations d’aéroport étaient trop faibles. »
Aer Lingus
Ryanair, connu pour son franc-parler, a adopté une position plus virulente, accusant le DAA d’un manque de transparence comparable à celui de Donald Trump. La compagnie à bas coûts affirme que les allégations du DAA concernant des redevances parmi les plus basses d’Europe sont fausses, et soutient au contraire qu’elles figurent déjà parmi les plus élevées du continent.
« Leurs affirmations sur les charges et / ou les accusations non durables étant parmi les plus bas d’Europe sont fausses », affirmant qu’il est plutôt «déjà l’un des plus chers d’Europe».
Ryanair
Au cœur du débat se trouve la répartition des revenus de l’aéroport de Dublin. L’analyse des chiffres révèle que l’aéroport tire une part importante de ses revenus des activités commerciales (stationnement, boutiques, restauration), tandis que les revenus générés par les compagnies aériennes (redevances d’atterrissage et de stationnement) sont relativement faibles. Cette situation suggère que les passagers contribuent indirectement à la rentabilité des compagnies aériennes en finançant les infrastructures aéroportuaires via leurs dépenses sur place.
Concrètement, les compagnies aériennes paient entre 12,70 € et 3,25 € par passager au départ de Dublin, en fonction de la période de l’année et de l’utilisation ou non de passerelles d’embarquement. Ryanair privilégie l’embarquement par escalier, tandis qu’Aer Lingus utilise un système mixte. L’Autorité irlandaise de l’aviation (IAA) estime que l’aéroport de Dublin génère un revenu total de 22,64 € par passager, se situant dans la moyenne des aéroports comparables.
Ce revenu se divise entre les revenus aéronautiques (9,33 € par passager en 2022) et les revenus commerciaux (11,13 € par passager). Les revenus commerciaux de Dublin sont parmi les plus élevés observés par l’IAA (moyenne de 8,64 €), tandis que les revenus aéronautiques sont inférieurs à la moyenne (13,44 €). Ryanair, de son côté, affirme que ses coûts moyens d’aéroport et de manutention par passager s’élèvent à 8,41 €, soit presque un euro de moins que la moyenne à Dublin. L’IAA estime même que le coût réel pour Ryanair est encore plus faible, ce qui permet à la compagnie d’offrir des tarifs très attractifs, comme des vols Dublin-Liverpool à 14,99 € ou Dublin-Fuerteventura à 19,99 €.
Aer Lingus ne communique pas ses coûts, mais indique à l’IAA que les redevances de Dublin se situent dans la moyenne des aéroports européens qu’elle dessert. La compagnie propose des vols Dublin-Birmingham ou Dublin-Manchester à partir de 26,60 €.
Selon les données de l’IAA, il existe une marge de manœuvre pour réduire les redevances à Dublin, bien qu’il soit difficile de comparer des situations différentes. Le coût de fonctionnement d’un aéroport dépend de facteurs tels que les coûts de l’énergie et de la main-d’œuvre, qui sont plus élevés en Irlande qu’ailleurs. Il est donc compréhensible que les compagnies aériennes cherchent à négocier, mais il est également important de tenir compte de la structure de coûts du DAA.
Le débat soulève également la question des prix pratiqués dans les aéroports. Les passagers ont souvent l’impression que tout est plus cher à l’aéroport (parking, sandwichs), mais il n’y a pas toujours de justification objective à ces prix élevés. En réalité, ces coûts supplémentaires sont souvent répercutés sur les compagnies aériennes, qui les incluent ensuite dans le prix des billets.
À moins que le DAA ne connaisse des difficultés financières, il est donc probable que chaque centime prélevé sur les redevances d’aéroport soit récupéré auprès des passagers. Les compagnies aériennes devraient donc mener leurs négociations en privé, afin d’éviter que les passagers ne soient les premiers à en subir les conséquences. Si le DAA obtient une augmentation des redevances, il pourrait également envisager de la partager avec les passagers.
