Publié le 16 janvier 2024 00:02:00. La reprise de la production pétrolière vénézuélienne, souvent évoquée, se heurte à des obstacles bien plus importants que ne le pensent les marchés, selon un ancien responsable de Petronas et cofondateur d’International Digital Exchange (INDEX). Des défis environnementaux majeurs, une instabilité politique persistante et des infrastructures défaillantes compromettent les investissements étrangers à long terme.
- Les dégâts environnementaux, notamment dans le lac Maracaibo et la ceinture pétrolière de l’Orénoque, représentent un frein majeur et coûteux à la relance de la production.
- La crédibilité d’une stabilité politique durable est plus déterminante que les sanctions pour dissuader les grandes compagnies pétrolières d’investir au Venezuela.
- La reconstruction du système réglementaire, fiscal et la formation d’une main-d’œuvre qualifiée sont des conditions préalables à un cycle d’investissement durable.
Selon Barron Lamarre, ancien responsable du trading chez Petronas et cofondateur d’International Digital Exchange (INDEX), le rétablissement de la production pétrolière vénézuélienne est un processus beaucoup plus complexe et lointain que ce que le marché anticipe. Il souligne que les dommages environnementaux, l’incertitude politique et le dysfonctionnement des infrastructures constituent des risques profonds et durables.
Lamarre met en évidence les coûts considérables liés à la restauration environnementale, citant en particulier le lac Maracaibo et la ceinture pétrolière de l’Orénoque. Des décennies de corrosion des pipelines, de marées noires et de dégradation écologique nécessitent des évaluations environnementales approfondies et des mesures correctives coûteuses et de longue haleine. Il explique que ces travaux exigent l’utilisation de technologies de pointe, telles que des véhicules sous-marins sans pilote, des satellites de télédétection et des analyses chimiques sophistiquées, des capacités que le Venezuela ne possède actuellement pas.
Au-delà des coûts, Lamarre insiste sur le manque de retour sur investissement à court terme de la restauration environnementale, ce qui la rend peu attrayante pour les entreprises énergétiques internationales. Il estime que la principale raison qui dissuade les grandes compagnies pétrolières n’est pas tant les sanctions que l’absence de garantie d’une stabilité politique à long terme.
Il cite les récentes déclarations de Darren Woods, PDG d’ExxonMobil, qui estime que la plupart des dirigeants d’entreprises énergétiques internationales considèrent toujours le Venezuela comme un investissement « impossible » en raison de l’environnement juridique et politique très incertain. Même la levée ou l’exemption des sanctions, qui pourraient relancer le commerce et les exportations de pétrole brut, ne suffirait pas à attirer des capitaux importants, tant que les entreprises craignent des revirements de politique, des litiges ou même des renationalisations.
Lamarre rappelle que la politique de nationalisation menée par l’ancien président Chavez a engendré des procédures d’arbitrage international totalisant plusieurs milliards de dollars, dont certaines indemnisations n’ont toujours pas été versées. Cet historique constitue un avertissement que les entreprises énergétiques ne peuvent ignorer lors de l’évaluation des risques.
Il souligne que la stabilité politique ne peut être imposée de l’extérieur. Même si le nouveau régime obtient une reconnaissance internationale, il doit démontrer un large soutien national durable pour rassurer les acteurs du secteur de l’énergie et éviter de nouveaux troubles sociaux qui compromettraient la viabilité des investissements à long terme.
Enfin, Lamarre précise que même une amélioration significative de la situation politique ne suffira pas à relancer le cycle d’investissement sans une reconstruction des infrastructures, du système réglementaire, de la structure fiscale et du remplacement de la main-d’œuvre qualifiée perdue au fil des ans. Il estime que la complexité et le temps nécessaire à ces réformes structurelles sont souvent sous-estimés par le marché.
Selon lui, un modèle de coentreprise entre la compagnie pétrolière publique vénézuélienne (PDVSA) et des capitaux étrangers pourrait, à terme, réduire les risques d’investissement, à l’instar des structures de coopération mises en place en Arabie saoudite, en Malaisie ou au Brésil. Cependant, un tel scénario reste hypothétique tant que la stabilité politique du pays ne sera pas assurée.
Pour en savoir plus sur les ventes de pétrole vénézuélien aux États-Unis : Les États-Unis vendent officiellement du pétrole vénézuélien, premier lot d’une valeur de 500 millions de dollars.
Et concernant les récentes révélations sur un possible informateur au sein du gouvernement vénézuélien : La taupe recherchée par tout le pays est en réalité le président du Venezuela.
