La Louisiane est au cœur d’une bataille juridique inédite qui pourrait fragiliser la sécurité nationale américaine. Des poursuites intentées par des paroisses contre des entreprises énergétiques pour des actions entreprises pendant la Seconde Guerre mondiale, sur ordre du gouvernement fédéral, menacent de briser un pacte de confiance essentiel entre l’industrie et l’État.
L’histoire remonte à la Seconde Guerre mondiale, une période où le gouvernement américain a compté sur les producteurs d’énergie privés pour répondre à un besoin colossal en essence d’aviation. Ces entreprises ont alors multiplié par douze leur production, fournissant le carburant indispensable aux bombardiers, aux navires et aux chars qui ont permis la victoire alliée. Le ministère de la Justice, sous l’administration Trump, avait d’ailleurs reconnu qu’il s’agissait d’une « guerre du pétrole », dans laquelle les producteurs américains ont joué un rôle déterminant.
Aujourd’hui, ces mêmes entreprises sont visées par des actions en justice initiées par des paroisses de Louisiane, soutenues par le gouverneur Jeff Landry et la procureure générale Liz Murrill. Elles réclament des milliards de dollars de dommages et intérêts, arguant des conséquences environnementales de la production pétrolière. Cette démarche, selon les critiques, envoie un signal dangereux à l’industrie américaine : même en répondant à l’appel du gouvernement en temps de guerre, les entreprises pourraient être pénalisées en temps de paix.
Des anciens chefs d’état-major interarmées, l’amiral Michael Mullen et le général Richard Myers, ont mis en garde contre les conséquences de cette jurisprudence. Ils ont souligné que « notre sécurité nationale dépend de l’encouragement – et non du découragement – d’une telle aide du secteur privé ». Un verdict défavorable pourrait, à terme, affecter d’autres secteurs stratégiques, tels que la construction navale, l’aérospatiale et la logistique, isolant dangereusement les forces armées américaines.
Le rôle du gouverneur Landry est particulièrement critiqué. Autrefois défenseur des travailleurs de l’énergie en Louisiane, il soutient désormais les plaignants contre les entreprises qui ont contribué à la fois à l’économie de son État et aux succès militaires américains à l’étranger. À l’heure où la Chine et la Russie cherchent à contrôler les ressources énergétiques, cette attitude est perçue comme une erreur stratégique.
La Cour suprême doit prochainement se prononcer sur la question de savoir si ces poursuites relèvent de la compétence des tribunaux fédéraux ou étatiques, dans l’affaire Chevron c. Paroisse de Plaquemines. Une décision favorable à la compétence fédérale est jugée essentielle pour garantir que les décisions prises sous l’autorité fédérale ne soient pas remises en question des décennies plus tard par des jurys locaux.
Un verdict de 744 millions de dollars déjà rendu dans une affaire similaire illustre l’impact financier potentiel de ces poursuites, menaçant de drainer les capitaux nécessaires à l’augmentation des réserves de carburant. Les experts soulignent que la confiance est un élément vital de la chaîne d’approvisionnement énergétique. Si les raffineurs hésitent à investir par crainte de poursuites rétroactives, le Pentagone pourrait se retrouver en difficulté pour assurer l’approvisionnement en carburéacteur en cas de crise.
« Le contrat sacré entre l’industrie américaine et ses défenseurs ne doit pas être rompu », insistent les observateurs. Les travailleurs du secteur énergétique et les anciens combattants ont toujours répondu présents lorsque la nation en avait besoin, et méritent le soutien de leurs dirigeants.
