Publié le 2026-01-09 11:55:00. La ratification de l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et le Mercosur suscite à la fois espoirs et inquiétudes en Espagne, notamment dans les secteurs agroalimentaire et viticole, confrontés à une concurrence accrue mais aussi à de nouvelles opportunités d’exportation.
- L’accord devrait alléger les contraintes tarifaires pesant sur les exportations espagnoles vers le Brésil, l’Argentine, le Paraguay et l’Uruguay.
- Les producteurs espagnols, en particulier dans le secteur de l’huile d’olive et du vin, espèrent profiter de l’ouverture du marché du Mercosur.
- L’entrée massive de produits agricoles et d’élevage en provenance du Mercosur, à des coûts de production inférieurs, suscite des craintes quant à la compétitivité des exploitations européennes.
L’industrie agroalimentaire espagnole attendait avec impatience la ratification de cet accord, espérant compenser les difficultés rencontrées suite à l’imposition de droits de douane par les États-Unis. En 2024, le Mercosur représentait déjà le quatrième marché de destination des produits alimentaires espagnols, avec un volume d’échanges dépassant les 3,3 milliards d’euros.
La Fédération espagnole des industries agroalimentaires (FIAB) salue l’importance de cet accord commercial, tout en insistant sur la nécessité d’établir des normes équivalentes en matière de qualité, de sécurité sanitaire et de protection de l’environnement pour les produits importés du Mercosur. La FIAB souligne que le commerce avec les pays du Mercosur était déficitaire en 2024, avec des exportations de 329 millions d’euros contre des importations de plus de 2,2 milliards d’euros, une situation qu’elle attribue aux barrières tarifaires maintenues par ces pays.
Le Brésil concentre à lui seul 75 % des exportations espagnoles de produits alimentaires et de boissons, l’huile d’olive étant le produit phare. Un rapport de la FIAB, réalisé en collaboration avec le ministère de l’Agriculture, met en avant le potentiel de croissance considérable de la zone Mercosur, notamment pour les vins, les boissons non alcoolisées, les conserves de poisson et de jambon.
« Tout ce qui implique la suppression des droits de douane dans le commerce international est une bonne nouvelle. »
Rafael Pico Acevedo, directeur général d’Asoliva
Cependant, Rafael Pico Acevedo nuance son optimisme, regrettant un traitement différencié pour l’huile d’olive espagnole, qui devra attendre jusqu’à 15 ans pour bénéficier d’une suppression totale des droits de douane, contrairement aux huiles provenant du Mercosur. “Nous aurions pu bénéficier d’un traitement plus égalitaire, car 15 ans, cela prend beaucoup d’années avant que les droits de douane disparaissent”, déplore-t-il.
Le Brésil, premier importateur mondial de pétrole avec plus de 700 millions d’euros d’achats en 2024 (dont 60 % proviennent du Portugal), est également un marché important pour l’huile d’olive espagnole. L’Argentine, bien que moins importante, produit environ 40 000 tonnes d’huile d’olive par campagne (2023-2024), principalement destinée à l’exportation.
Le secteur viticole espagnol, confronté à une situation incertaine sur le marché américain (son deuxième débouché avec 335 millions d’euros en 2024), voit dans le Mercosur une alternative prometteuse. La Fédération espagnole du vin (FEV) et son homologue européenne ont plaidé en faveur de la formalisation rapide de cet accord. Le Brésil, quatorzième importateur mondial de vin, appliquait jusqu’à présent un droit de douane de 27 % sur les vins européens, dont la suppression totale devrait s’étaler sur huit à dix ans.
La ratification de cet accord ouvre des perspectives pour 270 millions d’habitants, mais soulève également des inquiétudes, notamment dans le secteur agricole et de l’élevage. L’entrée massive de produits à bas coût, issus de pays où la main-d’œuvre est moins chère et où les coûts de production sont inférieurs (grâce à une forte production de soja et de céréales), pourrait déstabiliser les exploitations européennes. Des protestations ont déjà été exprimées en France et en Italie.
« Beaucoup plus de produits entreront, de moins bonne qualité, beaucoup moins chers et avec des risques pour la santé des consommateurs. »
Joaquín Gargallo, responsable de la viande bovine de COAG et éleveur de Huesca
Joaquín Gargallo met en garde contre l’arrivée massive de viande bovine, qu’il juge de qualité inférieure et potentiellement dangereuse pour la santé, en raison du non-respect des normes européennes en matière d’utilisation d’antibiotiques, de conditions de travail et de déforestation.
La suppression des “quotas Hilton”, qui limitaient l’exportation de 47 000 tonnes de bœuf de haute qualité vers l’UE, est particulièrement préoccupante. Cette mesure, qui impliquait un droit de douane de 20 %, devrait disparaître avec la ratification de l’accord, au profit des grands commerçants, selon Gargallo. L’UE envisage de compenser cette perte en créant un nouveau quota de 99 000 tonnes de viande de moindre qualité, soumis à un droit de douane de 7,5 %, une mesure jugée insuffisante par les professionnels du secteur.
Une analyse approfondie commandée par le gouvernement espagnol, réalisée par María C. Latorre, professeure à l’Université Complutense, souligne que les opportunités pour les entreprises espagnoles résident également dans l’ouverture des marchés publics du Mercosur et la suppression des barrières non tarifaires.


