Publié le 25 novembre 2025 à 06h18. Le gouvernement espagnol a nommé Thérèse Peramato, procureure spécialisée dans la lutte contre les violences sexistes, au poste de procureure générale de l’État, après la condamnation d’Álvaro García Ortiz pour divulgation de secrets.
- Thérèse Peramato succède à Álvaro García Ortiz, frappé d’une inéligibilité de deux ans par la Cour suprême.
- La nomination de Peramato, procureure de carrière, est perçue comme un signal fort de l’engagement du gouvernement en faveur d’une justice plus féministe.
- Le processus de nomination doit encore être validé par le Conseil général du pouvoir judiciaire et le Congrès des députés.
Madrid – Le gouvernement espagnol a annoncé ce lundi la nomination de Thérèse Peramato (Salamanque, 63 ans) au poste de procureure générale de l’État. Cette décision intervient après la condamnation d’Álvaro García Ortiz à deux ans d’inéligibilité par la Cour suprême, pour avoir divulgué des informations confidentielles concernant l’homme d’affaires Alberto González Amador, proche de la présidente de la région de Madrid, Isabel Díaz Ayuso, et impliqué dans une affaire de fraude fiscale. García Ortiz a présenté sa démission peu après l’annonce de la sanction.
Thérèse Peramato est une procureure de carrière forte de 35 années de pratique. Elle occupe actuellement le poste de procureure en chef de la section pénale du parquet de la Cour suprême et est également procureure auprès du tribunal délégué à la protection et à la tutelle des victimes en procédure pénale. Elle a également présidé l’Union progressiste des procureurs (UPF). Son profil correspond pleinement à la volonté du gouvernement de nommer un successeur à García Ortiz clairement progressiste.
L’UPF a salué la nomination, estimant que Thérèse Peramato incarne « de manière exceptionnelle les meilleures vertus » pour exercer cette fonction. L’association souligne sa « solvabilité technique avérée », sa carrière marquée par « la rigueur professionnelle, le sens institutionnel et la défense des droits fondamentaux », ainsi que « son engagement particulier » en faveur de la protection des victimes, notamment celles de violences de genre. Selon l’UPF, elle contribuera à « la construction d’un modèle spécialisé et sensible face à l’une des violations des droits humains les plus graves de notre société ».
La Moncloa, siège du gouvernement, assure que la proposition de Peramato bénéficie de « la reconnaissance unanime des opérateurs légaux ». Elle est notamment reconnue comme l’une des principales promotrices de la spécialisation judiciaire en matière de violences sexistes. En 2005, elle a été nommée procureure adjointe de la section de violence contre les femmes du parquet provincial de Madrid. Elle a également participé aux travaux du groupe d’experts de l’Observatoire national de la violence à l’égard des femmes pour la préparation de son premier rapport annuel (2007). De 2021 à 2025, elle a occupé le poste de procureure spécialisée dans la lutte contre les violences faites aux femmes.
La nomination de Thérèse Peramato intervient de manière symbolique le jour de la Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes, coïncidant avec le cinquantième anniversaire de la mort de Francisco Franco. Elle serait la quatrième procureure générale nommée depuis l’arrivée de Pedro Sánchez à La Moncloa en juin 2018. Maria José Segarra a dirigé le parquet de janvier 2018 à janvier 2020, suivie de Dolores Delgado jusqu’en juillet 2022, date de sa démission pour raisons de santé .
Conformément à l’article 124.4 de la Constitution espagnole, le procureur général de l’État est nommé par le Roi sur proposition du gouvernement, après consultation du Conseil général du pouvoir judiciaire (CGPJ). Le gouvernement doit ensuite communiquer sa proposition au Congrès des députés, qui fixera la date de l’audition du candidat devant la commission de la Justice. Le CGPJ n’avait pas donné son aval à la nomination d’Álvaro García Ortiz en 2023 . Le gouvernement espère que la situation sera différente cette fois-ci. Le processus se conclura par la prise de fonction de Peramato devant la Cour suprême, dans quelques semaines.
Álvaro García Ortiz a présenté sa démission dans une lettre adressée au ministre de la Justice, invoquant son « profond respect » pour les décisions judiciaires et sa volonté de « protéger le parquet espagnol ». Il a choisi d’anticiper son départ en se fondant sur l’article 31.1 a) du Statut organique du ministère public, qui permet au procureur général de démissionner à sa propre demande.
