Publié le 11 novembre 2025 à 21h08. Le déploiement massif d’un porte-avions américain et d’une importante force navale dans les eaux d’Amérique latine, officiellement justifié par la lutte contre le trafic de drogue, suscite des interrogations sur de possibles préparatifs militaires plus larges, notamment à l’égard du Venezuela.
- L’USS Gerald R. Ford, le plus récent porte-avions de la marine américaine, a pénétré dans la zone de responsabilité du Commandement Sud, couvrant les Caraïbes et l’Amérique latine.
- Ce déploiement, d’une ampleur sans précédent depuis l’invasion du Panama en 1989, comprend au moins huit navires de guerre, un sous-marin et des avions de chasse F-35.
- Des analystes évoquent la possibilité d’une escalade progressive de la pression militaire américaine sur le Venezuela, incluant des options allant des frappes ciblées à une intervention plus large.
Washington justifie officiellement la présence accrue de ses forces navales par la nécessité de « détecter, surveiller et perturber les activités et acteurs illicites qui compromettent la sécurité et la prospérité des États-Unis et notre sécurité dans l’hémisphère occidental », selon les déclarations de Sean Parnell, porte-parole du Pentagone. L’objectif affiché est de renforcer la lutte contre le trafic de drogue et de démanteler les organisations criminelles transnationales.
L’USS Gerald R. Ford, accompagné de destroyers et de croiseurs équipés de missiles guidés, représente une plateforme de projection aérienne capable d’effectuer des centaines de sorties quotidiennes. Ce déploiement intervient après le passage du groupe aéronaval à travers le détroit de Gibraltar le 4 novembre, marquant son départ de la Méditerranée et son entrée dans l’Atlantique.
Selon des informations de l’agence Reuters, l’USS Gerald R. Ford se trouve désormais dans les eaux relevant de la responsabilité du Commandement Sud. La présence d’un tel porte-avions, même en l’absence de combats, est perçue comme un signal politique et militaire fort.
Andrés Gómez de la Torre, spécialiste des questions de défense et de renseignement, estime que ce déploiement s’inscrit dans un processus de « escalades progressives et maîtrisées » visant à accroître la pression militaire sur le Venezuela. Il explique que « ce sont des moyens de dissuasion qui se développent progressivement, avec une capacité opérationnelle croissante des forces armées du Groupe de travail conjoint Amérique du Nord ».
Des sources proches de l’administration américaine, citées par le New York Times, évoquent plusieurs options d’action militaire contre le Venezuela, notamment des frappes aériennes ciblées sur les installations militaires liées au régime de Maduro, des opérations des forces spéciales visant à capturer ou neutraliser le président vénézuélien, et un déploiement plus large pour prendre le contrôle des infrastructures clés du pays.
Le Venezuela a réagi en activant un « déploiement massif » de ses forces armées dans tous les États du pays, en réponse aux « menaces impériales » des États-Unis. Le président Maduro a affirmé que son pays disposait de la « force et du pouvoir » pour répondre à toute agression, impliquant une mobilisation de l’ensemble de la population en cas d’intervention.
Cependant, Gómez de la Torre souligne que le Venezuela ne dispose pas des ressources militaires nécessaires pour résister à une offensive américaine à grande échelle. Il estime que le pays pourrait être contraint d’opter pour une guerre asymétrique et prolongée, avec des chances de succès limitées. « Les capacités de résistance sont relatives. Il suffit de voir ce qui s’est passé avec l’Iran face aux attaques israéliennes : malgré une puissance militaire supérieure à celle du Venezuela, il n’a pas pu neutraliser les bombardements sélectifs. Dans le cas de Caracas, les possibilités seraient – pour le moins – petites », conclut-il.
Un membre de la Milice nationale bolivarienne porte un lanceur de missiles sol-air portable (MANPAD) 9K338 « Igla-S » (SA-18) de fabrication russe lors d’une manifestation contre l’activité militaire américaine dans les Caraïbes. (Photo de Federico Parra / AFP).
/


