Publié le 17 janvier 2026 à 16h32. Pour relancer la croissance tout en respectant les objectifs environnementaux, les pays en développement d’Asie doivent adopter des politiques industrielles innovantes et ciblées, selon un nouveau rapport de l’Organisation des Nations Unies pour le développement industriel (ONUDI).
- L’ONUDI identifie trois principaux défis : combler le fossé en termes de part de la production manufacturière mondiale, accélérer l’adoption des technologies et améliorer l’efficacité environnementale.
- Le rapport propose deux scénarios de développement : une industrialisation axée sur la croissance et une approche combinant énergie propre et industrialisation durable.
- Des études de cas portant sur les semi-conducteurs, la mobilité en Chine et les batteries au nickel en Indonésie illustrent les enjeux et les opportunités pour l’Asie du Sud-Est.
Les économies asiatiques en développement sont confrontées à un impératif : stimuler leur productivité et créer des emplois tout en s’engageant résolument dans la voie de la décarbonation et de l’efficacité énergétique. Un défi de taille, selon le dernier rapport de l’ONUDI, qui plaide pour une refonte des politiques industrielles.
L’étude s’appuie sur une analyse prospective et l’identification de « mégatendances » pour esquisser des trajectoires de développement jusqu’en 2050, notamment pour l’Asie du Sud-Est. Elle s’inscrit dans un contexte de regain d’intérêt pour la politique industrielle, une approche longtemps délaissée mais qui revient au cœur des stratégies économiques de nombreux pays.
La « prospective », autrefois cantonnée aux cabinets de conseil, est désormais adoptée par des organisations internationales comme l’OCDE et l’ONU pour éclairer la planification stratégique. Le rapport revisite également des concepts popularisés par des penseurs comme Alvin Toffler et John Naisbitt, tels que les « mégatendances », pour rendre compte du sentiment d’incertitude qui prévaut actuellement. Toutefois, il nuance cet enthousiasme futuriste en l’ancrant dans une réalité plus pragmatique.
L’ONUDI met en évidence trois lacunes interdépendantes qui doivent être comblées pour réussir la transition industrielle. Il s’agit d’abord d’un « écart d’intensité », qui se traduit par la nécessité pour les pays en développement d’accroître leur part de la production manufacturière mondiale. Ensuite, un « écart de productivité » exige une adoption plus rapide des technologies et une modernisation industrielle. Enfin, un « écart d’efficacité environnementale » appelle à la création d’écosystèmes industriels plus verts, basés sur la décarbonation, l’efficacité des ressources et l’économie circulaire.
Ces objectifs doivent être poursuivis en tenant compte des grandes tendances qui redéfinissent le paysage industriel mondial : la transition énergétique, l’essor de l’intelligence artificielle, les évolutions démographiques et la reconfiguration des chaînes d’approvisionnement. Chaque tendance présente des risques et des opportunités spécifiques à chaque région, nécessitant des réponses politiques adaptées.
Le rapport met en garde contre le maintien du statu quo. Dans ce scénario, plus de 30 % de la population mondiale vivrait encore en dessous du seuil de pauvreté en 2050, et 300 millions de personnes souffriraient de la faim. Ces projections soulignent l’insuffisance des changements progressifs pour atteindre les objectifs de développement durable des Nations Unies et les objectifs climatiques.
Pour explorer des alternatives, l’ONUDI a modélisé plusieurs scénarios de développement. Le premier, axé sur l’industrialisation, prévoit des interventions ambitieuses et coordonnées dans sept domaines prioritaires : modernisation des infrastructures numériques et physiques, renforcement des institutions et des compétences de la main-d’œuvre pour les transitions verte et numérique.
Un second scénario, intitulé « énergie propre et industrialisation », s’appuie sur le premier en y intégrant des objectifs de durabilité et d’équité. Le développement des énergies renouvelables et l’abandon progressif du charbon pourraient permettre aux pays en développement de réduire leurs émissions de carbone plus rapidement que les pays industrialisés.


