Publié le 27 novembre 2025 à 21h07. Un jeune Suédois, vivant au Luxembourg, a été condamné à huit ans de prison, dont six avec sursis, pour avoir planifié un attentat contre le concours Eurovision de la chanson à Rotterdam, révélant les dangers croissants des réseaux néo-nazis en ligne.
- Alexander H., un jeune homme au profil banal, a été impliqué dans un réseau paramilitaire néo-nazi, The Base, déterminé à déclencher une guerre raciale.
- The Base, désormais inscrite sur la liste des organisations terroristes de l’Union européenne, est soupçonnée d’avoir des liens avec la Russie.
- La radicalisation en ligne, facilitée par la diffusion de manifestes terroristes, reste un problème persistant, touchant désormais des individus d’horizons divers.
Avec son apparence juvénile et une coupe de cheveux jugée « ringarde », Alexander H. ne laissait rien présager de son engagement dans un mouvement extrémiste. Pourtant, via Internet, il a été entraîné dans les filets de The Base, un réseau néo-nazi international dont l’objectif est de provoquer une guerre raciale.
Le jeune Suédois, résidant au Luxembourg, avait initialement pour projet de commettre un attentat contre le concours Eurovision de la chanson à Rotterdam en 2020. Il envisageait d’empoisonner les spectateurs, de faire exploser des bombes et de répandre du chlore gazeux. Heureusement, l’attaque n’a jamais eu lieu, et H. a été interpellé avant qu’il ne puisse passer à l’acte. Le tribunal luxembourgeois l’a condamné à huit ans de prison, dont six avec sursis, comme l’a rapporté NOS.
The Base, fondée en 2018 par Rinaldo Nazzaro, un ancien agent du FBI américain, est un groupe qui attire l’attention des services de renseignement européens depuis un certain temps. Composé d’une dizaine à une centaine de membres à travers le monde, le réseau communique principalement en ligne et ambitionne de déclencher une révolution violente pour établir des États où une race spécifique serait dominante.
« Le néo-nazisme n’est plus exclusivement adopté par des garçons blancs en colère, mais par des personnes de tous horizons. »
Matthieu Feldman, chercheur
Selon Matthew Feldman, chercheur à l’Université Hope de Liverpool spécialisé dans les organisations d’extrême droite, le danger que représentent ces groupes ne doit pas être sous-estimé. Il les considère comme « l’une des menaces à la sécurité les plus importantes en Europe ». L’Union européenne a d’ailleurs inscrit The Base sur sa liste des organisations terroristes en 2023, comme le soulignait NOS. Plusieurs membres ont déjà été arrêtés et condamnés, y compris aux Pays-Bas.
La radicalisation en ligne reste un problème majeur. Feldman souligne qu’il est encore possible de trouver sur Internet les manifestes terroristes les plus dangereux, expliquant étape par étape comment fabriquer des bombes.
Les gouvernements doivent renforcer la surveillance en ligne, mais la situation est paradoxale. Selon Feldman, l’administration américaine, sous l’ère Trump, a relâché les efforts de modération sur Internet et de surveillance des forums extrémistes. Le NCTV néerlandais (Coordinateur national pour la lutte contre le terrorisme et la sécurité) partage ce constat.
Un chef de 13 ans
Les extrémistes de droite se radicalisent de plus en plus jeunes. L’exemple le plus frappant est celui de la Division Feuerkrieg, connue pour ses menaces de mort contre le Premier ministre belge Charles Michel. Il s’est avéré que ce réseau était dirigé par un enfant estonien de 13 ans, trop jeune pour être poursuivi en justice. Plus d’informations sont disponibles sur la BBC.
Des soupçons sérieux existent quant à des liens entre The Base et la Russie. Rinaldo Nazzaro, le fondateur du groupe, vit actuellement à Saint-Pétersbourg. Il aurait été invité à une réunion gouvernementale à Moscou et entretiendrait des relations avec les services de renseignement russes, ce qu’il nie. En 2020, il a déclaré à la télévision d’État russe que son groupe se concentrait sur « l’autodéfense », mais des vidéos diffusées en ligne suggèrent le contraire.

Feldman n’est pas surpris par ces liens avec la Russie. « De nombreux individus d’extrême droite, y compris des néo-nazis, perçoivent la Russie comme une société patriarcale et chrétienne traditionnelle. Ils considèrent que la Russie est le dernier endroit où un homme peut être un homme, où les Blancs dominent. »
Bien que The Base et Feuerkrieg Division promeuvent la violence, ils n’ont pas encore été impliqués dans des attentats majeurs. Cependant, des terroristes néo-nazis peuvent commettre des actes violents sans être affiliés à des groupes en ligne structurés.
Récemment, un néo-nazi a perpétré une attaque dans une mosquée de Jakarta, en Indonésie, faisant de nombreux blessés. En janvier, un adolescent de 17 ans a ouvert le feu dans une école de Nashville, aux États-Unis, tuant un autre étudiant et lui-même. Il s’est avéré que l’auteur était un Afro-Américain inspiré par des néo-nazis turcs en ligne.
Ces exemples démontrent que le profil des néo-nazis évolue. Feldman explique que le récit de la « guerre raciale » s’est propagé à d’autres pays et à d’autres groupes démographiques. Internet a créé un mélange explosif. L’idéologie sous-jacente n’est plus l’apanage des jeunes hommes blancs en colère, mais attire des individus de toutes origines, ethnies et même religions.
