Publié le 11 janvier 2026 à 01h13. Des familles campent depuis des jours devant les prisons vénézuéliennes, dans l’attente d’une libération massive de détenus politiques annoncée par le gouvernement, qui s’avère pour l’instant limitée et entachée d’irrégularités.
- Le gouvernement vénézuélien a annoncé la libération d’un « grand nombre » de prisonniers, mais le processus est lent et opaque.
- À ce samedi soir, seulement 16 à 23 libérations ont été confirmées par les ONG, dont cinq Espagnols et trois Italiens, sur un total d’environ 1 000 prisonniers politiques.
- Des proches de détenus dénoncent des conditions de libération suspectes, avec des prisonniers sortis cagoulés et menacés de silence.
Depuis plusieurs jours, les abords d’une dizaine de prisons à travers le Venezuela sont devenus des lieux de veille et d’espoir pour les familles de détenus. Certains, emprisonnés loin de leur domicile, ont vu leurs proches se déplacer de ville en ville pour suivre leurs dossiers ou simplement être présents. L’annonce, en milieu de semaine, par Jorge Rodríguez, président de l’Assemblée nationale, d’un geste de paix se traduisant par la libération d’un nombre important de prisonniers, a ravivé ces espoirs. Devant El Rodeo I, près de Caracas, et à proximité de l’infâme prison de l’Helicoïde, des veillées aux chandelles ont été organisées, témoignant de l’incertitude et de l’angoisse.
La réalité sur le terrain contraste fortement avec les déclarations officielles. Le processus de libération semble au point mort, et l’identité des personnes concernées reste floue. Les premières libérations sont arrivées au compte-gouttes. Le président américain Donald Trump a affirmé samedi que le Venezuela avait entamé la libération de ses prisonniers politiques « en grand », exprimant l’espoir qu’ils se souviendraient de « la chance qu’ils ont eue grâce à l’intervention des États-Unis ». Jorge Rodríguez, de son côté, n’a fourni aucune information détaillée sur le déroulement de cette opération.
Parmi les derniers libérés figure Yanny Esther González Terán, infirmière de 55 ans arrêtée le 22 juillet 2025. Présidente du Collège des infirmières de l’État de Barinas, elle avait dénoncé, un mois plus tôt, un harcèlement de la part des autorités sanitaires régionales visant à la forcer à soutenir le candidat chaviste à la gouvernorat. Vicente Laverde, coordinateur régional de la jeunesse du parti Vente Venezuela, arrêté après les élections de 2024 et accusé de terrorisme et d’incitation à la haine, a également recouvré la liberté. Didelis Corredor, détenue depuis 2023 et assistante du journaliste et militant Roland Carreño (lui-même à nouveau incarcéré), a été libérée après une perquisition à son domicile où des armes à feu avaient été pointées sur des mineurs qui l’accompagnaient. Antonio Buzzeta, un Vénézuélien de nationalité italienne, détenu depuis 2024, a également été relâché ce samedi.
Les organisations de défense des droits humains restent vigilantes et dénoncent des irrégularités dans les libérations, similaires à celles qui ont marqué les arrestations. Il s’agit, dans tous les cas, de libérations conditionnelles et non d’une amnistie générale, contrairement aux demandes des opposants et de leurs familles. Des témoignages recueillis devant la prison El Rodeo I font état de prisonniers sortis cagoulés et par l’arrière du bâtiment, sous la menace de ne pas témoigner sur les conditions de leur détention.
« Ces pratiques sont inacceptables et violent les principes fondamentaux de légalité, de dignité humaine et de transparence. »
Comité des proches des prisonniers politiques
Le Comité des proches des prisonniers politiques exhorte les autorités à rendre le processus de libération transparent, vérifiable et public. Enrique Márquez et Biaggio Pillieri ont été transférés de l’Helicoïde jeudi soir dans des fourgons aux vitres teintées et libérés dans un quartier résidentiel de l’est de Caracas. Rocío San Miguel, l’une des premières à être libérée et envoyée en Espagne avec quatre autres ressortissants espagnols, a également vu sa liberté restreinte : son frère, José Manuel San Miguel, a indiqué ce samedi que l’avocate et militante était soumise à une mesure de précaution lui interdisant de s’exprimer publiquement.
Plus d’informations sur le rôle des médiateurs internationaux dans les libérations.
