Publié le 11 décembre 2025 14:35:00. Les autorités vénézuéliennes ont empêché le cardinal Baltazar Porras de quitter le pays, une nouvelle escalade des tensions entre le gouvernement de Nicolás Maduro et l’Église catholique, alors que l’opposition tente de se remobiliser.
Le cardinal vénézuélien Baltazar Porras a été retenu ce mercredi à l’aéroport international de Maiquetía, près de Caracas, alors qu’il s’apprêtait à prendre un vol pour Bogotá, en Colombie, avec pour destination finale Madrid. Son passeport a été confisqué et annulé par les services de l’immigration, a-t-il indiqué dans un communiqué.
Selon le cardinal, l’incident s’est produit alors qu’il se préparait à embarquer. Une demi-heure avant le décollage, un militaire l’a informé qu’il ne pouvait pas voyager. Il a ensuite été contraint de signer des documents justifiant son empêchement de sortie du territoire, sous prétexte d’un « non-respect des règles de voyage ». Il a précisé que sa demande de photographier ces documents lui a été refusée, sous la menace d’une arrestation.
« La chose la plus courante dans ce dernier quart de siècle est de souffrir presque toujours, à quelques exceptions près. En arrivant à l’Immigration, l’agent de service prend le passeport et sort pour consulter ‘parce que le système ne fonctionne pas’, ‘il n’apparaît pas sur la liste’… à deux reprises on m’a dit que j’avais l’air décédé. Bref, j’arrive toujours à l’aéroport dans la meilleure humeur pour voir ce que je trouve. »
Baltazar Porras, cardinal vénézuélien
Le cardinal Porras voyageait en compagnie de José Leonardo Carta Tirado, chancelier du Grand Prieuré de l’Ordre du Venezuela, afin de participer à la cérémonie d’investiture du cardinal comme Protecteur spirituel de cet ordre. Il était prévu qu’il retourne au Venezuela le 21 décembre.
Cet incident survient dans un contexte de fortes tensions politiques au Venezuela. Il coïncide avec les difficultés rencontrées par María Corina Machado, figure de l’opposition, pour quitter le pays afin d’assister à la cérémonie de remise du prix Nobel de la paix à Oslo. Selon le Wall Street Journal, elle aurait quitté le Venezuela en bateau, mais n’est pas arrivée à temps pour la cérémonie. En savoir plus sur la fuite de María Corina Machado.
La détention de voyageurs à l’aéroport et l’annulation de passeports sont des pratiques de plus en plus courantes du gouvernement vénézuélien à l’encontre de ses opposants. Oscar Murillo, coordinateur de l’ONG Provea, a dénoncé ces actions comme des violations des droits fondamentaux, s’inscrivant dans une logique répressive qui s’est renforcée depuis le 28 juin.
Les relations entre le gouvernement de Maduro et l’Église catholique se sont considérablement détériorées ces derniers mois. En octobre dernier, lors de la canonisation des deux premiers saints vénézuéliens à Rome, le cardinal Porras avait prononcé un discours virulent dénonçant la crise des droits de l’homme au Venezuela, qualifiant la situation de « moralement inacceptable » et pointant du doigt le sort des prisonniers politiques. Retour sur le discours du cardinal Porras à Rome. Cette prise de position avait suscité une vive réaction de Nicolás Maduro, qui l’avait accusé de conspiration.
Ce n’est pas la première fois que le cardinal Porras se voit entraver ses déplacements. Lors du pèlerinage de canonisation de José Gregorio Hernández, il avait également rencontré des obstacles pour se rendre dans la ville d’Isnotú, dans les Andes vénézuéliennes, recevant des appels de représentants gouvernementaux lui demandant de renoncer à sa participation pour des raisons de sécurité.
