Publié le 17 décembre 2025 23:12. La Chambre des représentants américaine a bloqué mercredi deux tentatives visant à limiter le pouvoir du président Donald Trump d’engager une action militaire unilatérale contre le Venezuela, alors que Washington intensifie la pression sur Caracas et menace d’un blocus pétrolier.
- Des résolutions visant à empêcher une intervention militaire américaine au Venezuela ont été rejetées grâce au vote des Républicains et au soutien inattendu de certains Démocrates.
- L’administration Trump a ordonné un blocus des pétroliers vénézuéliens, intensifiant une campagne de sanctions et de pressions économiques sur le régime de Nicolás Maduro.
- Les États-Unis ont déployé une importante force navale dans les Caraïbes et au Pacifique, et ont mené des opérations militaires controversées contre des navires soupçonnés de trafic de drogue.
La Chambre des représentants américaine a refusé mercredi d’adopter deux résolutions qui auraient restreint la capacité du président Donald Trump à lancer une offensive militaire contre le Venezuela sans l’approbation du Congrès. Le vote, qui a vu les Républicains s’allier à certains Démocrates, intervient dans un contexte de tensions croissantes entre Washington et Caracas, et alors que l’administration américaine durcit sa politique à l’égard du régime de Nicolás Maduro.
Gregory Meeks (New York) et Jim McGovern (Massachusetts), figures de proue des commissions des affaires étrangères et du règlement de la Chambre, avaient porté ces initiatives législatives. Suite au rejet des résolutions, Jim McGovern a exprimé son indignation, déclarant :
« Je suis furieux que des législateurs lâches aient une fois de plus cédé la responsabilité constitutionnelle du Congrès en matière de guerre à un dictateur potentiel à la Maison Blanche. »
Jim McGovern, député de Massachusetts
Il a également critiqué l’attitude du président Trump, qui avait promis de mettre fin aux conflits étrangers inutiles, mais qui, selon lui, rompt maintenant cette promesse.
« Les Pères fondateurs ne voulaient pas qu’un président ait le pouvoir unilatéral de déclencher une guerre, encore moins un président comme Donald Trump, qui a fait campagne en promettant de mettre fin aux conflits étrangers inutiles. Aujourd’hui, il rompt cette promesse, et ses laquais faibles et pathétiques du Congrès lui permettent de nous entraîner dans une autre guerre sans fin dont personne ne veut, à l’exception de ses amis milliardaires de l’industrie pétrolière. »
Jim McGovern, député de Massachusetts
Ce durcissement de la politique américaine envers le Venezuela s’inscrit dans une campagne de pression croissante initiée en septembre, marquée par des opérations militaires controversées. À ce jour, ces opérations ont entraîné la mort de 99 membres d’équipage à bord d’au moins 26 bateaux soupçonnés de trafic de drogue, principalement dans les Caraïbes, mais aussi dans une moindre mesure dans le Pacifique. Mercredi soir (heure de Washington), une nouvelle opération militaire – considérée comme illégale au regard du droit international – a été annoncée dans le Pacifique, faisant quatre victimes.
Les États-Unis ont déployé une force militaire sans précédent dans les Caraïbes, dans le but, selon les observateurs, de forcer la démission de Nicolás Maduro. La semaine dernière, Washington a franchi une nouvelle étape en interceptant un pétrolier au large des côtes vénézuéliennes. Des sanctions ont également été imposées à une demi-douzaine de compagnies maritimes transportant du pétrole vénézuélien, ainsi qu’à six autres navires similaires, ouvrant la voie à de nouvelles confiscations. Trois neveux de Maduro ont également été visés par des sanctions.
Mardi, Donald Trump a annoncé sur son réseau social un « blocus total » des pétroliers sanctionnés entrant et sortant du Venezuela. Bien que les modalités de cette mesure restent floues, cette annonce a dissipé les derniers doutes quant à l’intérêt stratégique de Washington pour le pétrole vénézuélien dans le cadre de son offensive contre le régime chaviste. Plus d’informations sur le blocus pétrolier (El País)
Dans un message publié sur son réseau social, Trump a justifié ce blocus en affirmant que les États-Unis avaient subi un « vol phénoménal » de leurs ressources. Déploiement naval américain dans les Caraïbes (El País). Il a déclaré :
« Ils ont volé tout notre pétrole il n’y a pas si longtemps. Et nous voulons le récupérer. Ils l’ont pris illégalement. Ils ont pris nos terres, nos droits pétroliers, tout ce que nous avions, parce qu’il y avait un président qui n’y prêtait peut-être pas attention. Mais ils n’obtiendront pas ce qu’ils veulent. Ils ont expulsé nos entreprises. »
Donald Trump, président des États-Unis
Trump faisait référence à la nationalisation du secteur pétrolier vénézuélien initiée par le gouvernement de Carlos Andrés Pérez en 1976, sous la présidence de Gerald Ford. Caracas a alors placé le secteur sous le contrôle de la compagnie publique PDVSA. En 2007, Hugo Chávez a achevé le processus de nationalisation en expropriant les derniers projets pétroliers étrangers, notamment ceux des géants américains ConocoPhillips et Exxon Mobil.
Ces entreprises ont engagé des procédures judiciaires pour contester ces expropriations. En 2014, un tribunal arbitral de la Banque mondiale a ordonné au Venezuela de verser 1,6 milliard de dollars à Exxon Mobil. Ces procédures sont toujours en cours. Les États-Unis avaient déjà imposé des sanctions à PDVSA en 2019, sous la première présidence de Trump.
Par ailleurs, Nicolás Maduro a ordonné à la marine vénézuélienne d’escorter les pétroliers quittant les ports du pays, en réponse au blocus américain. Maduro ordonne l’escorte des pétroliers (El País)
