Publié le 25 novembre 2025 à 04h30. L’Ukraine se retrouve dans une position délicate face aux exigences de paix formulées par l’administration Trump, qui privilégient un accord rapide avec Moscou au prix de concessions territoriales et de limitations militaires. Une course contre la montre s’engage pour préserver la souveraineté ukrainienne, entre pressions américaines et tentatives européennes de trouver un compromis.
- L’administration Trump pousse pour un plan de paix négocié avec la Russie, impliquant des concessions territoriales de l’Ukraine concernant la Crimée et le Donbass.
- Un accord secret sur l’exploitation des ressources minières ukrainiennes est au cœur des négociations, en échange d’un soutien militaire américain continu.
- Les relations entre Zelensky et Trump sont marquées par une méfiance croissante et des tensions diplomatiques, exacerbées par l’influence de conseillers pro-russes.
La relation entre Volodymyr Zelensky et Donald Trump s’apparente à un jeu de pouvoir complexe et risqué. Après des mois de tractations, le président ukrainien se retrouve acculé, cherchant à préserver les intérêts de son pays face à une administration américaine qui semble privilégier une résolution rapide du conflit, même au prix de concessions importantes à la Russie.
Dimanche dernier, Donald Trump a publiquement accusé Zelensky d’ingratitude et de responsabilité dans la prolongation de la guerre, via ses réseaux sociaux. Une attaque verbale à laquelle les émissaires ukrainiens ont tenté de répondre lors d’une réunion cruciale à Genève, évitant de justesse un nouveau point de rupture.
La délégation ukrainienne a demandé à la Maison Blanche de revoir son « plan de paix », dévoilé la semaine dernière et qui a suscité l’inquiétude des chancelleries occidentales et de Kiev. Ce plan, élaboré en octobre par Kirill Dmitriev, homme d’affaires proche de Vladimir Poutine, et Steve Witkoff, envoyé spécial de Trump pour les relations avec le Kremlin, est perçu en Ukraine comme une humiliation, une liste de concessions inacceptables à l’envahisseur. Zelensky lui-même a dénoncé une « perte de dignité ».
La réunion de Genève a permis de retirer temporairement du plan certains points rouges pour Kiev, notamment ceux qui impliquent la reconnaissance de la souveraineté russe sur la Crimée et la région du Donbass, la réduction des forces armées ukrainiennes et l’abandon définitif de toute perspective d’adhésion à l’OTAN. Ces éléments, révélés par les médias ukrainiens RBC et le Financial Times, étaient considérés comme des lignes infranchissables.
Le communiqué final de la réunion de Genève indique que les questions litigieuses seront tranchées dans les prochains jours lors d’un nouveau face-à-face entre Trump et Zelensky. Un nouveau chapitre s’ouvre donc, où le président ukrainien devra une fois de plus défendre les intérêts de son pays.
Un atout minier inattendu
Dès son arrivée à la Maison Blanche en janvier, Donald Trump avait promis de mettre fin rapidement à la guerre et de cesser ce qu’il considérait comme un gaspillage d’argent lié à l’aide militaire à l’Ukraine. Anticipant cette menace, Zelensky avait, dès septembre 2024, lors de sa première rencontre avec Trump, proposé un accord : le maintien du soutien militaire américain en échange d’un accès privilégié aux richesses minières de l’Ukraine. Une proposition secrète qui a trouvé un écho favorable auprès du président américain.
En février 2025, Trump a officialisé cette demande : l’accès aux ressources minières ukrainiennes en échange d’une ouverture à la négociation d’un plan de soutien à l’Ukraine. Un pacte minier qui devait être signé lors d’une réunion tendue à la Maison Blanche le 28 février.
Cette réunion, marquée par des échanges difficiles devant les médias, a conduit Trump à bloquer temporairement toute assistance militaire à l’Ukraine, y compris le partage de renseignements essentiels. Zelensky a finalement réussi à sauver la situation, grâce aux conseils du Premier ministre britannique Keir Starmer et du président français Emmanuel Macron.
Depuis lors, Kiev a adopté une stratégie d’apaisement et d’adulation envers Trump, tout en minimisant ses sautes d’humeur. Cette approche n’a cependant pas empêché de nouvelles crises, comme la suspension en juillet du transfert d’armes approuvé sous l’administration Biden. Zelensky a pu rétablir la situation après un nouvel entretien téléphonique difficile avec Trump.
Le président ukrainien n’a pas toujours su désamorcer les attaques de Trump. Il n’a par exemple pas été informé à l’avance de la réunion en février dernier en Arabie saoudite entre le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov et l’Américain Marco Rubio. Zelensky devait se rendre à Riyad, mais a annulé son voyage après avoir découvert cette rencontre, la première qui a permis à Washington de rouvrir les portes de la reconnaissance internationale à Moscou.
Mais le principal problème rencontré par Kiev et ses alliés européens a été le sommet avec tous les honneurs d’État que Trump a organisé pour Poutine en août dernier en Alaska. L’autocrate russe a été accueilli comme un chef d’État et non comme un homme politique recherché par la Cour pénale internationale.
Un automne décisif
Trump a maintenu une stratégie de la carotte et du bâton avec Poutine et Zelensky, mais les bâtons ont été plus nombreux pour l’Ukraine. Les relations se sont à nouveau tendues en octobre, lors d’une nouvelle réunion à la Maison Blanche. Witkoff et Trump ont demandé à Zelensky d’accepter les conditions de Poutine pour éviter la destruction de l’Ukraine. Cette demande a été formulée deux jours après un entretien téléphonique entre Trump et Poutine, avec l’objectif d’organiser un nouveau sommet, cette fois en Hongrie.
La diplomatie européenne s’est une fois de plus mobilisée pour défendre les intérêts de l’Ukraine et convaincre Washington que toute négociation de paix doit être précédée d’un cessez-le-feu. Et Trump, pour la première fois, a fait preuve de fermeté envers Poutine : il a suspendu les projets du sommet de Budapest et approuvé les premières sanctions de son mandat contre l’économie russe.
Quelques jours plus tard, Dmitriev et Witkoff négociaient le plan de paix en 28 points qui a provoqué une tempête diplomatique en Europe. Zelensky devra une fois de plus tenter de préserver les intérêts de son pays lors d’un nouveau face-à-face avec Trump dans les prochains jours.
