Publié le 23 novembre 2025 à 12h28. Des négociations cruciales se tiennent à Genève pour tenter de trouver un terrain d’entente sur un plan de paix russo-américain pour l’Ukraine, suscitant de vives inquiétudes en Europe face à une initiative perçue comme unilatérale.
- Un plan de paix russo-américain, élaboré sans la participation de l’Ukraine ou de l’Union européenne, est au centre des discussions à Genève.
- Les dirigeants européens s’efforcent d’obtenir des garanties de sécurité solides pour l’Ukraine et de modifier les termes du plan, notamment en ce qui concerne les concessions territoriales et les limitations militaires.
- Des désaccords subsistent quant à l’utilisation des avoirs russes gelés pour la reconstruction de l’Ukraine, les États-Unis souhaitant contrôler une part importante des bénéfices.
Une réunion de crise s’est tenue ce dimanche à Genève, réunissant des représentants des États-Unis, de l’Ukraine et de l’Europe, pour examiner un plan de paix controversé visant à mettre fin à la guerre en Ukraine, déclenchée par la Russie en février 2022. Ce plan, critiqué par de nombreux observateurs comme étant favorable aux intérêts du Kremlin, prévoit des concessions territoriales de la part de l’Ukraine, une réduction de sa capacité militaire et l’abandon de ses aspirations à rejoindre l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN). Des sénateurs américains ont même affirmé que l’initiative émanait entièrement de Moscou.
L’Union européenne exprime son mécontentement face à cette situation, se sentant une fois de plus exclue des discussions concernant la sécurité du continent. Les dirigeants européens cherchent activement à amender le plan américano-russe afin d’obtenir des conditions plus favorables pour Kiev. Ils insistent notamment sur la nécessité d’un bouclier de sécurité robuste pour l’Ukraine, capable de dissuader toute nouvelle agression russe, et s’opposent à toute limitation de la taille ou de l’armement de l’armée ukrainienne.
Parallèlement, l’Europe plaide pour l’utilisation des 180 milliards d’euros d’actifs russes gelés sur son territoire, principalement en Belgique, en raison des sanctions internationales, afin de financer la reconstruction de l’Ukraine. Ce point de vue se heurte à la proposition du plan russo-américain, qui prévoit l’investissement de 100 milliards d’euros d’actifs russes dans la reconstruction ukrainienne, sous contrôle américain, avec une part de 50 % des bénéfices revenant aux États-Unis. L’Europe devrait également contribuer à hauteur de 100 milliards d’euros supplémentaires, selon ce même plan.
L’Allemagne, la France et le Royaume-Uni ont dépêché leurs conseillers à la sécurité nationale à Genève, où participent également le secrétaire d’État américain Marco Rubio, l’envoyé spécial de la Maison Blanche pour l’Ukraine, Steve Witkoff, et une délégation ukrainienne dirigée par Andrii Yermak, chef de cabinet du président Volodymyr Zelensky. L’Union européenne est également représentée à cette réunion, dans l’espoir de gagner du temps pour l’Ukraine et d’influencer les négociations.
Le président américain Donald Trump a fixé à Kiev un ultimatum pour accepter le plan, échéant le jour de Thanksgiving aux États-Unis. Cependant, il a récemment laissé entendre que cette proposition n’était pas définitive et qu’il pourrait être disposé à prolonger le délai en fonction de la réaction ukrainienne. Trump a suggéré qu’il pourrait accepter des modifications au plan.
« Tout plan de paix crédible et durable doit avant tout mettre fin aux massacres et mettre fin à la guerre, sans semer les graines d’un futur conflit. »
Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne
Ursula von der Leyen a réaffirmé la position occidentale selon laquelle « les frontières ne peuvent pas être modifiées par la force » et que l’Ukraine ne devrait pas réduire sa capacité militaire. Elle a souligné l’importance du rôle de l’Union européenne dans la garantie de la paix en Ukraine.
Le plan russo-américain continue de susciter des critiques. Samedi soir, un groupe de sénateurs républicains a déclaré que Marco Rubio leur avait confirmé que l’initiative provenait de Russie. Le secrétaire d’État américain a ensuite insisté sur le fait que le plan en 28 points avait été « rédigé par les États-Unis », mais qu’il tenait compte des « contributions » de la Russie et de l’Ukraine.
Lors du sommet du G20 en Afrique du Sud, les alliés de l’Ukraine ont publié une déclaration affirmant que le plan en 28 points nécessitait un « travail supplémentaire » et qu’il laissait l’Ukraine vulnérable aux attaques.
Avec les dirigeants de l’Europe, du Canada et du Japon, nous avons déclaré que nous étions prêts à travailler sur le plan en 28 points malgré certaines réserves. Cependant, avant de commencer nos travaux, il serait bon de savoir avec certitude qui est l’auteur du plan et où il a été créé.
–Donald Tusk (@donaldtusk) 23 novembre 2025
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