Home MondeBruxelles veut un « Schengen militaire » pour faciliter le transport de troupes et d’armes à travers l’UE | International

Bruxelles veut un « Schengen militaire » pour faciliter le transport de troupes et d’armes à travers l’UE | International

by Clara Dubois

Publié le 2025-11-19 06:00:00. Face à la menace russe et aux difficultés logistiques actuelles, la Commission européenne propose un plan ambitieux pour une « mobilité militaire » accrue, visant à faciliter le déploiement rapide de forces à travers l’Union européenne.

  • La Commission européenne présente un plan pour créer un « Schengen militaire » afin de fluidifier la circulation des troupes et du matériel de défense.
  • Ce projet s’accompagne d’un fonds de solidarité pour la mobilité militaire et d’investissements massifs dans l’amélioration des infrastructures européennes à double usage.
  • Des inquiétudes subsistent, notamment de la part des pays neutres, quant à l’impact de ces mesures sur leur souveraineté.

L’Union européenne cherche à accélérer sa capacité à réagir face à une situation sécuritaire de plus en plus instable. Un rapport récent de la Cour des comptes européenne a mis en évidence des lacunes majeures dans la capacité des États membres à déployer rapidement leurs armées, soulignant des obstacles bureaucratiques et des infrastructures inadaptées. La Commission européenne entend répondre à ces critiques avec un plan d’action concret.

Le cœur de ce dispositif repose sur l’harmonisation des règles et procédures pour les mouvements militaires transfrontaliers. Bruxelles propose notamment la désignation d’un coordinateur national des transports militaires dans chaque pays, agissant comme un guichet unique pour simplifier les demandes. En temps de paix, un délai maximal de trois jours serait imposé aux États pour autoriser le passage de troupes étrangères sur leur territoire. En cas d’urgence, ce délai serait réduit à quelques heures, avec une possibilité de décision contraignante par le Conseil européen.

« On ne peut pas défendre un continent si on ne peut pas s’y déplacer. Certains réseaux logistiques solides peuvent faire la différence entre gagner et perdre une guerre »

Apostolos Tzitzikostas, commissaire chargé des transports et du tourisme

Pour soutenir cette nouvelle capacité de déploiement, la Commission européenne envisage la création d’un fonds de solidarité pour la mobilité militaire, inspiré du Mécanisme de protection civile de l’UE. Ce fonds, alimenté par des contributions volontaires, pourrait mobiliser des réserves militaires – trains, ferries, avions stratégiques – au profit des États membres en cas de besoin.

Parallèlement, un effort significatif sera consenti pour améliorer les infrastructures européennes à double usage, c’est-à-dire celles qui peuvent servir à la fois les besoins civils et militaires. Plus de 500 projets ont déjà été identifiés, bien que leur nature précise reste confidentielle pour des raisons de sécurité. Ces travaux pourraient inclure le renforcement des réseaux routiers et ferroviaires, l’élargissement des tunnels ou l’agrandissement des ports.

Ce plan s’inscrit dans un contexte plus large de renforcement des dépenses militaires en Europe. L’OTAN, dont 23 des 27 États membres de l’UE font partie, s’est engagée lors de son dernier sommet à La Haye à porter les dépenses de défense à 5 % du PIB, dont 1,5 % dédiés à des projets de sécurité plus larges, incluant potentiellement les infrastructures proposées par la Commission.

L’initiative de la Commission européenne intervient après un rapport alarmant de la Cour des comptes européenne, qui soulignait les « goulots d’étranglement » bureaucratiques et infrastructurels entravant la capacité de l’UE à réagir efficacement en cas de crise.

Le budget alloué à la mobilité militaire devrait atteindre jusqu’à 17 milliards d’euros pour les prochains budgets pluriannuels (2028-2034), soit dix fois plus que le budget actuel. Bruxelles estime que le développement complet de la mobilité militaire nécessitera un investissement total pouvant atteindre 100 milliards d’euros, financé par les budgets nationaux, les fonds de cohésion, et le fonds SAFE (jusqu’à 150 000 millions d’euros) dédié aux achats communs de matériel de défense.

Cependant, le projet suscite des réserves, notamment de la part de l’Autriche, de l’Irlande, de Chypre et de Malte, pays dont la neutralité militaire pourrait être compromise par ces nouvelles dispositions. L’Autriche, en particulier, exprime des doutes en raison de sa position géostratégique sensible.

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