Publié le 17 janvier 2026 à 21h02. Des chercheurs ont identifié des bactéries intestinales comme principales responsables du syndrome de l’auto-brasserie, une affection rare où le corps produit de l’alcool en interne, même en l’absence de consommation d’alcool. Cette découverte ouvre de nouvelles pistes pour le diagnostic et le traitement de ce trouble méconnu.
- Des analyses d’échantillons de selles ont révélé une abondance accrue de deux espèces bactériennes chez les patients atteints du syndrome de l’auto-brasserie.
- Les symptômes des patients se sont améliorés après une greffe de microbiote fécal, suggérant un rôle clé de la flore intestinale dans cette condition.
- L’étude souligne l’importance du microbiome intestinal et de ses métabolites pour la santé humaine, et soulève des questions sur la production d’éthanol par les intestins dans la population générale.
Le syndrome de l’auto-brasserie (SAB), également connu sous le nom de syndrome d’ivresse spontanée, est une affection rare et souvent mal diagnostiquée. Les personnes atteintes peuvent ressentir des symptômes d’intoxication alcoolique – vertiges, confusion, perte de coordination – après avoir consommé des aliments riches en glucides. Jusqu’à présent, on pensait que des levures étaient à l’origine de ce phénomène, mais une nouvelle étude confirme le rôle prépondérant de certaines bactéries intestinales.
Une équipe de chercheurs a analysé les échantillons de selles de 22 patients diagnostiqués avec le SAB, ainsi que ceux de leurs proches non affectés. Les résultats, publiés dans la revue Nature Microbiology, ont mis en évidence une concentration plus élevée de deux espèces bactériennes, Klebsiella pneumoniae et Escherichia coli, dans l’intestin des patients. Plus précisément, E. coli était particulièrement abondante lors des périodes de crise. Ces découvertes confirment des recherches antérieures menées en 2019 qui avaient déjà pointé du doigt ces bactéries.
Le diagnostic du SAB est souvent difficile, car les patients sont fréquemment considérés à tort comme des personnes souffrant d’alcoolisme. “De nombreux patients consultent plusieurs centres médicaux avant d’être rejetés comme des buveurs clandestins et repartent sans diagnostic”, explique l’équipe de recherche, dirigée par Elizabeth Hohmann, experte en maladies infectieuses au Massachusetts General Hospital, et Bernd Schnabl, gastro-entérologue à l’Université de Californie à San Diego.
Les chercheurs ont également observé que les cultures bactériennes prélevées sur les patients en période de crise produisaient davantage d’éthanol que celles des personnes en rémission ou des membres de leur foyer. Cette production d’éthanol était corrélée aux taux d’alcoolémie mesurés chez les patients. Un cas particulièrement encourageant a été rapporté : un patient a vu ses symptômes s’améliorer considérablement après avoir reçu deux greffes de microbiote fécal provenant d’un donneur sain. Sa famille a constaté un retour à un comportement normal plus de 16 mois après la deuxième greffe.
Ces résultats suggèrent que des approches thérapeutiques visant à modifier la composition du microbiote intestinal – par exemple, par des changements alimentaires, des greffes de selles ou l’utilisation de probiotiques – pourraient être bénéfiques pour les patients atteints du SAB. Les chercheurs n’excluent pas non plus la possibilité que certains cas soient liés à des champignons ou des levures, mais soulignent que les bactéries semblent jouer un rôle prédominant. Ils envisagent également de cibler les gènes bactériens impliqués dans les voies métaboliques responsables de la production d’éthanol.
L’étude met en évidence la complexité du microbiome intestinal et son impact sur la santé humaine. Elle soulève également des questions sur la prévalence de la production d’éthanol par les bactéries intestinales dans la population générale et sur les conséquences potentielles pour d’autres affections, telles que la stéatose hépatique non alcoolique, la maladie du foie la plus courante dans le monde.
“Cela soulève une question plus large sur la prévalence de la production microbienne d’éthanol dans l’intestin dans la population générale et sur l’étendue des implications pathologiques”, concluent Schnabl et ses collègues.




