Un assassinat qui ressemble à une scène de film. Alain Orsoni, figure du nationalisme corse, a été abattu de sang-froid ce lundi 12 janvier 2026 à Vero, en Corse-du-Sud, alors qu’il assistait aux funérailles de sa mère. L’enquête, confiée à la police et à la gendarmerie, piste un acte d’assassinat commis en bande organisée.
Selon les premiers éléments de l’enquête, un tireur l’a atteint d’une balle en plein cœur alors qu’il se trouvait seul sur les marches du cimetière. L’arme utilisée serait une carabine.
Âgé de 71 ans, Alain Orsoni était un acteur majeur du mouvement nationaliste corse depuis les années 1970. Il avait déjà échappé à une tentative d’assassinat en 2008, témoignant d’une longue histoire de tensions et de rivalités.
Né à Ajaccio le 27 septembre 1954, Orsoni a d’abord milité dans des mouvements d’extrême droite parisiens pendant ses études, tout en développant un fort sentiment nationaliste corse. Il a rejoint le Front de libération nationale corse (FLNC) peu après sa création en 1976.
Son parcours a été marqué par la tragédie personnelle avec l’assassinat de son frère, Guy Orsoni, en 1983. Il a d’ailleurs donné le prénom de son frère à son fils, qui deviendra une figure du milieu criminel corse.
En 1986, Alain Orsoni est élu à l’Assemblée territoriale de Corse sous l’étiquette du Mouvement corse pour l’autodétermination (MCA). Des divisions internes au sein du mouvement le conduisent à fonder le Mouvement pour l’autodétermination (MPA), rapidement surnommé par ses adversaires « Le mouvement pour les affaires » ou « Monnaie Pour Alain ».
En pleine période de conflits fratricides au sein du nationalisme corse, Orsoni s’est exilé pendant 13 ans, en Amérique centrale, en Floride et en Espagne. Il est revenu en Corse en 2008 et a brièvement occupé le poste de président de l’AC Ajaccio, avant de nouveau être la cible d’une tentative d’assassinat déjouée par la police deux mois après sa nomination. La bande du “Petit Bar” était alors suspectée.
Depuis lors, Orsoni, soupçonné de diriger un clan criminel, avait redoublé de prudence lors de ses déplacements sur l’île. Selon Fabrice Rizzoli, docteur en sciences politiques et spécialiste de la criminalité corse, « il s’était reconverti dans les affaires depuis déjà plus de 20 ans ». Il ajoute : « Ses activités suscitaient énormément de convoitises, notamment en ce qui concerne la Chambre d’Industrie et de Commerce de Corse du Sud, avec des appels d’offres et des marchés publics importants. » Rizzoli souligne que, depuis une trentaine d’années, Orsoni était impliqué dans une concurrence féroce avec d’autres réseaux, et que de nombreux règlements de comptes ont ensanglanté les différents clans.
« Depuis une trentaine d’années, Alain Orsoni était en concurrence féroce avec d’autres réseaux », a-t-il déclaré.
