Publié le 14 janvier 2024 18h45. Des points rouges énigmatiques observés dans les profondeurs de l’univers par le télescope spatial James Webb ont enfin trouvé une explication : il s’agirait de jeunes trous noirs primordiaux en pleine croissance, remettant en question les théories actuelles sur leur formation.
- Le télescope spatial James Webb a permis d’identifier la nature de mystérieux points rouges observés dans l’espace lointain.
- Ces points correspondent à de jeunes trous noirs, bien moins massifs qu’on ne le pensait, entourés de gaz qu’ils absorbent pour croître.
- Cette découverte, publiée dans la revue Nature, apporte de nouvelles perspectives sur l’évolution des trous noirs dans l’univers primitif.
Des scientifiques de l’Université de Copenhague ont résolu une énigme qui intriguait la communauté astronomique depuis des années. Grâce aux images capturées par le télescope spatial James Webb, ces chercheurs ont identifié de petits points rouges situés à 1,5 million de kilomètres de la Terre. Ces structures, apparues lorsque l’univers comptait seulement quelques centaines de millions d’années, avaient disparu des observations ultérieures, laissant les experts perplexes.
Après deux ans d’analyse approfondie des données fournies par le télescope, l’équipe dirigée par le professeur Chêne Watson du Cosmic Dawn Center de l’Institut Niels Bohr a conclu que ces points rouges correspondaient à de jeunes trous noirs. Contrairement aux idées reçues, ces trous noirs seraient beaucoup moins massifs qu’estimé, entourés d’une enveloppe de gaz ionisé qu’ils consomment pour alimenter leur croissance rapide.

Le professeur Watson explique :
« Les petits points rouges sont de jeunes trous noirs, cent fois moins massifs qu’on ne le pensait, enveloppés dans une capsule de gaz qu’ils consomment pour se développer. Ce processus génère une énorme chaleur qui est réfléchie à travers la capsule. Ce rayonnement à travers la capsule est ce qui leur donne leur couleur rouge unique. »
Chêne Watson, professeur à l’Université de Copenhague
Cette découverte remet en question la compréhension conventionnelle de l’origine et de la croissance des trous noirs dans les premiers stades de l’univers. Les observations précédentes suggéraient que ces points pourraient correspondre à des galaxies massives apparues peu après le Big Bang, une hypothèse qui ne concordait pas avec les modèles d’évolution galactique. Les chercheurs ont donc cherché une explication alternative.

Le mécanisme à l’œuvre implique que le rayonnement émis par le gaz en cours d’absorption – mais aussi expulsé en grande partie – atteint des températures de plusieurs millions de degrés, produisant une forte luminosité. C’est cette luminosité, filtrée et amplifiée par l’enveloppe gazeuse entourant le trou noir, qui est responsable de la couleur rouge observée dans le spectre infrarouge du télescope James Webb.
À ce jour, des centaines de ces “petits points rouges” ont été identifiés, renforçant l’idée que les jeunes trous noirs étaient abondants à l’aube de l’univers observable. Bien qu’ils soient parmi les plus petits jamais détectés, leur masse peut atteindre jusqu’à 10 millions de fois celle du Soleil, pour un diamètre d’environ 10 millions de kilomètres.
Les chercheurs décrivent la croissance de ces trous noirs comme “désordonnée” : le gaz environnant s’engouffre dans le trou noir en formant un disque ou un entonnoir, générant des températures extrêmes lorsqu’il est accéléré et comprimé. Cependant, le trou noir n’absorbe qu’une fraction mineure du gaz disponible, la majeure partie étant violemment expulsée par ses pôles en raison du rayonnement intense.
Les connaissances actuelles reconnaissent l’existence de trous noirs supermassifs au centre des galaxies, comme notre Voie lactée, dont la masse dépasse quatre millions de fois celle du Soleil. Néanmoins, de nombreuses questions subsistent quant à la formation et à l’évolution de ces structures dans le contexte cosmologique primitif. Les données issues de cette étude offrent des indices précieux sur la rapidité avec laquelle certains trous noirs primordiaux ont pu atteindre des masses considérables – jusqu’à un milliard de fois celle de notre Soleil – seulement 700 millions d’années après le Big Bang.
