Publié le 20 novembre 2025 à 15h00. La qualification historique d’Haïti pour la Coupe du monde de football 2026 est assombrie par les restrictions de voyage imposées par les États-Unis, qui pourraient empêcher de nombreux supporters de se rendre aux États-Unis pour soutenir leur équipe.
- Haïti s’est qualifié pour la Coupe du monde masculine pour la première fois depuis 1974.
- Les restrictions de voyage américaines empêchent potentiellement les supporters haïtiens de se rendre aux États-Unis.
- Une exemption existe pour les athlètes et le personnel de l’équipe, mais pas pour les fans.
La joie de la qualification d’Haïti pour la Coupe du monde de 2026, un événement majeur pour le pays après une longue absence, est ternie par une décision politique américaine qui pourrait priver de nombreux supporters de la possibilité de vivre ce moment historique. En effet, les restrictions de voyage imposées par l’administration américaine à certains pays, dont Haïti, soulèvent des questions quant à l’accès au tournoi pour les citoyens haïtiens.
En juin dernier, l’ancien président américain Donald Trump a signé un décret interdisant l’entrée aux États-Unis aux ressortissants de 12 pays, une mesure présentée comme essentielle pour « protéger la sécurité nationale et les intérêts nationaux des États-Unis et de leur peuple ». Ce décret inclut une interdiction d’entrée pour les Haïtiens, qu’ils souhaitent immigrer ou simplement visiter le pays.
Le décret, intitulé « RESTRICTION DE L’ENTRÉE DES RESSORTISSANTS ÉTRANGERS POUR PROTÉGER LES ÉTATS-UNIS DES TERRORISTES ÉTRANGERS ET D’AUTRES MENACES À LA SÉCURITÉ NATIONALE ET À LA SÉCURITÉ PUBLIQUE », justifie cette mesure par un taux élevé de dépassement de séjour des Haïtiens entrant aux États-Unis avec des visas de tourisme ou d’affaires (31,38 % pour les visas B-1 et B-2) et un taux de 25,05 % pour les étudiants et visiteurs en échange. Le document accuse également un afflux d’immigrants haïtiens illégaux sous l’administration Biden, créant, selon les termes du décret, des risques pour la sécurité nationale et des réseaux criminels.
La situation politique et sécuritaire en Haïti est particulièrement préoccupante. Le pays est plongé dans une crise profonde depuis l’assassinat de son président Jovenel Moise en 2021. Les Nations Unies estiment que les gangs contrôlent désormais 90 % de la capitale, Port-au-Prince. Cette instabilité a contraint l’équipe nationale haïtienne à disputer ses matchs de qualification à l’étranger, comme le récent match remporté 2-0 contre le Nicaragua à Curaçao.
Malgré ces difficultés, la participation de l’équipe haïtienne à la Coupe du monde ne semble pas compromise. Le décret américain prévoit une exemption pour « tout athlète ou membre d’une équipe sportive, y compris les entraîneurs, les personnes jouant un rôle de soutien nécessaire et les parents immédiats », voyageant pour la Coupe du monde, les Jeux olympiques ou tout autre événement sportif majeur. Cependant, cette exemption ne s’étend pas aux supporters.
Contactés par The Athletic, l’ambassade d’Haïti à Washington DC, la FIFA et le Département d’État américain n’ont pas répondu aux sollicitations concernant d’éventuelles discussions pour faciliter le voyage des supporters haïtiens. Un porte-parole du Département d’État a confirmé jeudi que l’exemption accordée aux athlètes ne s’applique pas aux fans, tout en précisant que chaque détenteur de billet pour la Coupe du monde pourra demander un visa, à condition de « démontrer qu’il remplit les conditions requises et prévoit de respecter les lois américaines et de quitter les États-Unis à la fin du tournoi ».
Le porte-parole a insisté sur le fait que « la sûreté de l’Amérique et la sécurité de nos frontières seront TOUJOURS prioritaires ». Il a ajouté que les ressortissants des pays soumis à une interdiction de voyage peuvent soumettre des demandes de visa, mais qu’ils ne sont pas garantis d’être approuvés, sauf si leur voyage est jugé « faisant avancer un intérêt national américain », une exception qui, selon le Département d’État, sera « très rare ».
En 2017, avant que les États-Unis n’obtiennent l’organisation de la Coupe du monde 2026, le président de la FIFA, Gianni Infantino, avait déclaré :
« Il est évident qu’en ce qui concerne les compétitions de la FIFA, toute équipe, y compris les supporters et les officiels de cette équipe, qui se qualifie pour une Coupe du monde doit avoir accès au pays, sinon il n’y aura pas de Coupe du monde. »
Gianni Infantino, président de la FIFA
En 2018, Donald Trump avait également assuré à Gianni Infantino, dans une lettre, qu’il était convaincu que « tous les athlètes, officiels et fans éligibles de tous les pays du monde pourraient entrer aux États-Unis sans discrimination ». Plus récemment, Infantino a affirmé que « l’Amérique accueillera le monde » et que tous ceux qui souhaitent profiter de l’événement seront les bienvenus.
L’équipe haïtienne pourra compter sur le soutien de la diaspora haïtienne aux États-Unis, estimée à environ 852 000 personnes en 2024, selon le Bureau du recensement américain et le Center for Immigration Studies, dont plus de 50 % résident en Floride. Cette communauté a été au centre d’une polémique lors de la campagne présidentielle américaine de l’année dernière, lorsque Donald Trump a fait des allégations infondées concernant des immigrants haïtiens de Springfield, dans l’Ohio.
L’Iran est le seul autre pays qualifié pour la Coupe du monde dont les ressortissants restent soumis à des restrictions de voyage américaines. Le décret de Trump décrit l’Iran comme un État soutenant le terrorisme et l’accuse de ne pas coopérer avec les États-Unis en matière de sécurité.

