Près d’un million de jeunes adultes britanniques, âgés de 16 à 24 ans, se retrouvent dans une situation d’exclusion du marché du travail, un chiffre qui alerte sur les conséquences à long terme de la pandémie et les mutations du monde professionnel.
Selon les données de l’Office britannique des statistiques nationales (ONS) publiées fin 2025, 900 000 jeunes se classent dans la catégorie des NEET – acronyme pour “Not in Education, Employment or Training” (ni scolarisés, ni employés, ni en formation) – entre juillet et septembre 2025. Cette situation est perçue comme une crise par le gouvernement, qui a mandaté une étude indépendante en décembre dernier, dirigée par Alan Milburn, ancien secrétaire d’État à la Santé.
L’étude révèle un aspect particulièrement préoccupant : près de 600 000 de ces jeunes ne sont pas activement en recherche d’emploi. Ce désengagement s’explique, selon les experts, par un manque de préparation à affronter les exigences du marché du travail, exacerbé par les perturbations liées à la crise sanitaire.
La concurrence accrue et l’essor de l’intelligence artificielle, qui supprime des postes d’entrée de gamme, compliquent davantage l’accès à l’emploi. L’Institute for Student Employers du Royaume-Uni a ainsi constaté qu’un total de 1,2 million de candidatures ont été déposées pour seulement 17 000 postes destinés aux jeunes diplômés l’année dernière. Parallèlement, le nombre d’offres d’emploi a diminué de près de 10 % sur un an, passant de 729 000 entre septembre et novembre de l’année précédente à un niveau inférieur.
Les employeurs pointent du doigt un déficit de compétences de base chez les jeunes recrues. Alan Milburn a déclaré au Times : « Les employeurs constatent que les jeunes ne sont pas prêts à travailler lorsqu’ils arrivent sur un poste à temps plein après l’école. Ils n’ont pas forcément d’expérience professionnelle et ce qu’ils ont appris à l’école n’est pas forcément pertinent pour le monde du travail. »
L’association caritative Shaw Trust, qui aide les personnes à trouver un emploi, met en évidence l’impact des confinements de 2020 sur la socialisation de la génération Z, en particulier chez les jeunes de 20 à 24 ans. Julie Leonard, responsable de l’impact chez Shaw Trust, explique : « Beaucoup de jeunes ont raté des années d’éducation en présentiel, d’expérience professionnelle, de préparation au travail, de compétences générales, et se retrouvent maintenant adultes sur un marché du travail très difficile, dans un paysage de recrutement qui a complètement changé. »
Selon elle, les compétences relationnelles, telles que le travail d’équipe, la collaboration et le respect des consignes, sont essentielles, mais la génération Z a manqué des opportunités de les développer. Elle souligne également que de nombreux jeunes n’ont pas été confrontés à des situations qui les sortent de leur zone de confort, comme interagir avec des inconnus ou respecter des horaires stricts.
Les entreprises, comme KPMG et PWC, ont identifié des lacunes en matière d’étiquette professionnelle, notamment en communication et en collaboration. PWC a lancé en 2025 un programme de formation à la résilience pour ses nouvelles recrues, attribuant ce manque de « compétences humaines » à la pandémie. KPMG a mis en place, dès 2023, des ateliers de développement des compétences générales, axés sur le travail d’équipe et les techniques de présentation.
Face à cette situation, Julie Leonard recommande de renouer avec des méthodes plus traditionnelles de recherche d’emploi. « Il est devenu tellement dépersonnalisé, et ils envoient des e-mails, ils n’obtiennent souvent aucune réponse, ce qui est extrêmement démotivant », déplore-t-elle. Elle conseille aux jeunes de se rendre directement dans les commerces locaux, les bars ou les cafés, avec leur CV en main, pour engager une conversation avec les responsables et oser demander un emploi.
« Rendez-vous dans votre magasin local et demandez un emploi », conseille-t-elle. « Il s’agit de se tenir la main, de faire preuve de résilience, de gagner en confiance pour sortir. Il ne s’agit pas de s’asseoir derrière un ordinateur portable et d’envoyer simplement des CV. »
