La situation en Iran reste incertaine alors que les protestations se poursuivent face à la répression du régime, et que l’administration américaine hésite sur une réponse plus ferme. Après avoir menacé des frappes militaires, le président Donald Trump a adopté une position plus ambiguë, laissant planer le doute sur une éventuelle intervention.
Initialement, le 2 janvier, Trump avait averti que les États-Unis étaient « verrouillés et chargés » pour frapper l’Iran si le gouvernement continuait à tuer des manifestants. Il a ensuite multiplié les messages similaires, appelant les « Patriotes iraniens » à « CONTINUER À PROTESTER – PRENDRE LE CONTRÔLE DE VOS INSTITUTIONS !!! » sur son réseau social Truth Social. Cependant, mercredi dernier, le ton a changé. Trump a affirmé que des « sources importantes » lui avaient indiqué que les massacres en Iran avaient cessé, précisant que les États-Unis « surveilleraient et verraient » si la situation évoluait.
Cette volte-face intervient après des pressions de plusieurs gouvernements, notamment Israël et des pays arabes, craignant des représailles régionales en cas d’attaque américaine. À ce stade, il est difficile de déterminer si l’accalmie observée est due à la crainte d’une intervention américaine ou à un affaiblissement du mouvement de protestation, sévèrement réprimé et entravé par une coupure d’Internet à l’échelle nationale.
Les groupes de défense des droits de l’homme estiment que le nombre de victimes pourrait se situer entre 12 000 et 20 000 personnes, bien qu’il soit difficile d’obtenir un chiffre précis en raison du manque d’accès à l’information. Le régime iranien semble avoir ignoré l’avertissement de Trump, la répression s’étant intensifiée.
L’administration Trump est confrontée à un dilemme classique de la politique étrangère : intervenir militairement pour mettre fin aux massacres, au risque de déstabiliser davantage la région, ou rester passive et risquer de perdre en crédibilité. Selon un responsable cité par CNN, le président se sentirait obligé de tenir ses promesses pour préserver sa propre crédibilité : « Cela s’explique en partie par le fait qu’il a désormais fixé une ligne rouge et qu’il estime qu’il doit faire quelque chose. »
Ce débat sur les « lignes rouges » rappelle la décision de Barack Obama en 2013 de ne pas intervenir militairement en Syrie après l’utilisation d’armes chimiques par le régime de Bachar al-Assad, une situation que Trump a souvent critiquée. En 2018, Trump avait finalement ordonné des frappes aériennes en Syrie en réponse à une nouvelle attaque chimique, contrairement à la retenue d’Obama.
L’expérience libyenne de 2011, où une intervention de l’OTAN a conduit au renversement de Mouammar Kadhafi mais aussi à la guerre civile et au chaos, est également prise en compte. Les conséquences de cette intervention, notamment l’attaque contre le consulat américain à Benghazi en 2012, hantent encore les mémoires.
Les partisans d’une intervention en Iran estiment que la forte opposition au régime et la présence d’une société civile active pourraient éviter un scénario similaire à celui de l’Irak ou de la Libye. Cependant, Trump s’est toujours montré sceptique quant aux opérations de construction de nations. Jusqu’à présent, ses actions militaires, en Syrie, avec l’assassinat du général Qassem Soleimani, ou encore au Yémen, en Iran et au Venezuela, ont été limitées et ont permis d’éviter une escalade majeure.
La question de l’efficacité d’une intervention militaire reste posée. Les frappes contre le régime syrien n’ont pas mis fin aux massacres, et les opérations récentes n’ont pas atteint leurs objectifs de manière décisive. Un sondage de l’Université Quinnipiac révèle que 70 % des électeurs américains s’opposent à une action militaire en Iran.
Trump pourrait se contenter de revendiquer une victoire si la violence s’atténue d’elle-même, sans avoir à recourir à une intervention directe. Cependant, cela ne résoudrait pas les problèmes du peuple iranien.
L’appel de Trump aux Iraniens pour qu’ils continuent à manifester pourrait avoir encouragé certains à prendre le risque de descendre dans la rue, mais les motivations profondes du soulèvement sont antérieures à son intervention. L’histoire montre que les encouragements américains ne garantissent pas un soutien à long terme en cas de répression.
