Une vive polémique a éclaté entre le président salvadorien Nayib Bukele et l’ancienne secrétaire d’État américaine Hillary Clinton, au sujet des conditions de détention au sein du Centre de Confinement du Terrorisme (CECOT), une prison de haute sécurité au Salvador. Les accusations de Mme Clinton, relayées sur les réseaux sociaux, mettent en lumière le sort de migrants expulsés des États-Unis et qualifiés de membres de gangs.
Tout a commencé lorsque Hillary Clinton a partagé sur la plateforme X un documentaire de 11 minutes produit par PBS Frontline, intitulé « Surviving CECOT ». Ce film retrace le témoignage de trois Vénézuéliens – Juan José Ramos Ramos, Andry Blanco Bonilla et Wilmer Vega Sandia – expulsés vers le Salvador sous l’administration Trump. Selon le documentaire, ces hommes ont été identifiés par les autorités américaines comme appartenant au gang Tren de Aragua, une allégation qu’ils réfutent catégoriquement.
« Curieux d’en savoir plus sur le CECOT ? » a écrit Mme Clinton sur X. « Écoutez Juan, Andry et Wilmer raconter comment l’administration Trump les a qualifiés de membres de gangs sans preuve et les a expulsés vers la brutale prison du Salvador. »
La situation soulève des questions sur la politique d’expulsion menée par l’ancien président Donald Trump et sur la manière dont le Salvador traite les personnes renvoyées. Elle alimente également le débat sur l’immigration et l’étiquetage de migrants comme membres de gangs sans preuves solides.
En réponse aux critiques, Nayib Bukele a déclaré que son pays était prêt à coopérer si des cas de torture étaient avérés au sein du CECOT, qui abrite un grand nombre de membres de gangs et de migrants expulsés des États-Unis. Il a même proposé une mesure radicale :
« Nous sommes prêts à libérer l’ensemble de notre population carcérale (y compris tous les chefs de gangs et tous ceux décrits comme des « prisonniers politiques ») vers n’importe quel pays disposé à les accueillir », a-t-il écrit. « La seule condition est simple : cela doit être le cas de tout le monde. »
Bukele a également ironisé sur l’intérêt que pourraient porter les journalistes et les organisations non gouvernementales à cette situation : « Cela aiderait également grandement les journalistes et vos ONG préférées, qui disposeraient alors de milliers d’anciens détenus pour des interviews, ce qui rendrait beaucoup plus facile la recherche de voix supplémentaires critiques à l’égard du gouvernement salvadorien (ou disposées à confirmer les conclusions déjà attendues). » Il a ajouté que si des abus systémiques étaient avérés, un plus grand nombre de témoignages ne ferait que renforcer ces allégations.
Le président salvadorien a affirmé que son pays continuerait de privilégier les droits humains de ses propres citoyens, « qui vivent aujourd’hui à l’abri du joug des gangs ». Bukele a par ailleurs renforcé ses liens avec Donald Trump en proposant d’accueillir certains migrants expulsés des États-Unis au CECOT. Les États-Unis ont en effet renvoyé au Salvador des migrants vénézuéliens soupçonnés d’appartenir à des gangs, après que leur pays d’origine a refusé de les reprendre.
Par ailleurs, un tribunal fédéral américain a ordonné lundi à l’administration Trump de garantir une procédure régulière à une catégorie de migrants vénézuéliens expulsés vers le Salvador en mars, et lui a donné deux semaines pour détailler la manière dont elle compte s’y conformer. Cette décision marque une nouvelle escalade dans les tensions entre la Maison Blanche et les tribunaux fédéraux.

