Publié le 1er novembre 2025 à 07h00. La Banque centrale européenne (BCE) accélère le développement de l’euro numérique, une monnaie digitale qui pourrait coexister avec les espèces d’ici 2029, tout en cherchant à contrer la domination des acteurs américains dans le secteur des paiements.
- La BCE vise un lancement possible de l’euro numérique en 2029, après une phase de test prévue dès 2027, sous réserve d’un accord politique et d’un cadre juridique approprié.
- Le projet représente un investissement d’environ 1,3 milliard d’euros d’ici 2029, avec des coûts de fonctionnement annuels estimés à 320 millions d’euros.
- L’euro numérique ne remplacera pas l’argent liquide, qui restera une monnaie légale et devra continuer à être accepté dans toute l’Union européenne.
La Banque centrale européenne (BCE) intensifie ses efforts pour moderniser les paiements en Europe. Lors de sa dernière réunion à Florence, le Conseil des gouverneurs a confirmé l’objectif d’introduire une version numérique de l’euro d’ici 2029, à condition que les conditions politiques et légales soient réunies. Un projet pilote à l’échelle européenne pourrait être lancé dès 2027, permettant de tester le fonctionnement de l’euro numérique dans des conditions réelles.
Selon la BCE, la première phase de tests pourrait débuter dès mi-2027, si le cadre juridique est en place. La banque centrale prévoit de collaborer étroitement avec les prestataires de services de paiement, les commerçants et les associations de consommateurs pour garantir la praticité et la sécurité de l’euro numérique.
Ce projet s’inscrit dans une démarche de longue date. L’Eurosystème travaille depuis plusieurs années au développement d’une monnaie numérique commune. Le 1er novembre 2023 a marqué le début d’une phase de préparation de deux ans, axée sur la faisabilité technique, la protection des données et l’ergonomie.
À terme, les citoyens pourront utiliser l’euro numérique via un portefeuille numérique, une application permettant d’effectuer des paiements par smartphone en quelques secondes, 24 heures sur 24.
L’envergure du projet est considérable. La BCE estime le coût de l’introduction de l’euro numérique à environ 1,3 milliard d’euros d’ici 2029, avec des dépenses de fonctionnement annuelles d’environ 320 millions d’euros. Malgré ces investissements importants, la banque centrale considère la monnaie numérique comme une nécessité stratégique, notamment pour affirmer la souveraineté européenne dans le domaine des paiements.
Actuellement, le marché européen des paiements numériques est dominé par des entreprises américaines telles que PayPal, Visa et Mastercard. L’euro numérique vise à constituer une alternative, soutenue par les institutions européennes et bénéficiant de la confiance des citoyens.
La BCE s’efforce de dissiper les inquiétudes concernant une éventuelle disparition de l’argent liquide. La Commission européenne a d’ailleurs précisé dans sa proposition législative de juin 2023 que, même si l’euro numérique devient une monnaie légale, les espèces continueront à jouer un rôle central. De plus, Bruxelles prévoit de garantir légalement le droit d’utiliser et d’accepter l’argent liquide dans toute l’Union européenne.
Certains acteurs du marché proposent des alternatives à l’euro numérique. C’est le cas de Wero, un service de paiement lancé en juillet 2024 en Allemagne, en France et en Belgique, porté par l’ Initiative européenne sur les paiements (EPI), une association de banques et de prestataires de services de paiement européens. Certains experts se demandent s’il ne serait pas plus judicieux de développer davantage Wero plutôt que de créer une infrastructure concurrente.
La BCE semble déterminée à mener à bien ce projet ambitieux, en suivant un calendrier précis et en définissant des étapes claires, dans l’espoir de préparer le système de paiement européen à l’ère numérique.
