Face à l’urgence climatique et à la flambée des coûts de construction, les établissements de santé sont contraints de repenser leurs infrastructures. Investir dans la résilience et la durabilité n’est plus une option, mais une nécessité pour garantir la continuité des soins, maîtriser les dépenses et répondre aux attentes croissantes du public.
L’inflation actuelle pousse les responsables du secteur à reconsidérer la notion de valeur. Une approche judicieuse consiste à dimensionner correctement les systèmes, en évitant le surdimensionnement tout en adaptant l’infrastructure aux besoins réels. Pour les hôpitaux disposant de vastes campus, cela implique de concevoir des infrastructures modulables, avec des systèmes plus importants pour les bâtiments à forte demande et des solutions simplifiées pour les structures moins sollicitées.
Les travaux de terrassement représentent une part importante des coûts liés à l’installation d’infrastructures souterraines. Il est donc financièrement pertinent d’opter pour des canalisations durables et nécessitant peu d’entretien, même si leur coût initial est plus élevé. Par exemple, les canalisations traditionnelles en acier sont de plus en plus remplacées par des alternatives comme le polyéthylène haute densité (PEHD), qui offrent une meilleure durabilité à un coût global inférieur. Une analyse du cycle de vie révèle que de nombreux systèmes initialement perçus comme coûteux génèrent des économies à long terme grâce à une maintenance réduite, une efficacité accrue et une durée de vie prolongée.
Convaincre les décideurs nécessite de présenter des données probantes. La modélisation permet de démontrer le coût de l’inaction – perte d’efficacité, augmentation des coûts de maintenance, vulnérabilité aux pannes – et de justifier ainsi des investissements dans des infrastructures plus performantes. Lorsque les chiffres montrent que le statu quo est plus coûteux que les solutions alternatives, la résistance diminue généralement.
La décarbonisation peut également être présentée comme un atout en termes de réputation, notamment sur les marchés concurrentiels. Dans les contextes plus conservateurs, l’accent peut être mis sur la résilience et les économies à long terme. L’essentiel reste le même : des objectifs clairs, des données solides et une stratégie de mise en œuvre progressive.
La fragilité des infrastructures vieillissantes est une réalité préoccupante. Les établissements de santé constatent qu’ils ne sont plus qu’à une tempête ou une panne de courant d’une crise majeure. La défaillance des systèmes informatiques centralisés lors d’une coupure d’électricité ou des infrastructures d’eau lors d’une vague de chaleur illustrent l’urgence de renforcer la résilience des campus hospitaliers.
Ne rien faire n’est pas une option neutre, mais un recul. Le statu quo n’est pas viable, compte tenu de la hausse des coûts des services publics, du vieillissement des infrastructures et de l’augmentation des catastrophes liées au climat. Le coût de l’inaction ne fera qu’augmenter.
Pour guider les responsables du secteur de la santé, plusieurs principes clés se dégagent des projets d’infrastructure réussis :
- Définir des objectifs clairs : sans objectifs précis, les efforts de développement durable risquent de se disperser. Il est essentiel de définir les priorités – coût, réduction des émissions de carbone ou continuité des soins – et d’adapter les stratégies en conséquence.
- Exploiter l’analyse prédictive : utiliser des outils de modélisation pour anticiper les besoins énergétiques, comprendre les interactions entre les différents systèmes et identifier des opportunités d’amélioration de l’efficacité et de réduction des coûts.
- Privilégier la résilience : des systèmes redondants, des infrastructures diversifiées et des stratégies de réutilisation de l’eau sont indispensables pour faire face à l’incertitude climatique.
- Adopter une vision à long terme : les coûts initiaux ne représentent qu’une partie de l’équation. Il est crucial d’évaluer les décisions en fonction de leur valeur totale sur l’ensemble du cycle de vie, car les dépenses opérationnelles dépassent souvent les investissements initiaux.
- Intégrer le développement durable dans la stratégie globale : les infrastructures vertes peuvent renforcer l’image de marque, motiver le personnel et répondre aux attentes du public. À l’ère de la transparence, la durabilité est bien plus qu’une valeur : c’est un engagement visible.
La résilience est en train de devenir la nouvelle norme dans le secteur de la santé. Les établissements ne se demandent plus s’ils doivent se décarboner ou devenir plus résilients, mais comment. L’urgence est réelle, mais les opportunités le sont tout autant. En alignant leurs investissements sur des stratégies fondées sur des données probantes et une planification prospective, les hôpitaux peuvent protéger leurs patients, préserver leurs budgets et se positionner comme des leaders dans la lutte pour un avenir plus durable.
