Publié le 2025-11-11 15:07:00. Une simple analyse sanguine, réalisée lors d’un bilan cardiaque de routine, pourrait permettre de prédire le risque de démence jusqu’à 25 ans avant l’apparition des premiers symptômes, selon une étude récente.
- Des niveaux élevés de troponine, une protéine libérée en cas de lésions cardiaques, sont associés à un risque accru de démence.
- L’étude, menée sur près de 6 000 adultes d’âge moyen, a suivi les participants pendant 25 ans en évaluant régulièrement leurs capacités cognitives.
- Les chercheurs soulignent l’importance de la santé cardiovasculaire pour la santé cérébrale et la prévention de la démence.
Une nouvelle étude publiée dans le Journal européen du cœur et financée par la British Heart Foundation révèle un lien significatif entre les taux de troponine et le développement de la démence à long terme. La troponine, une protéine libérée lorsque le muscle cardiaque est endommagé, pourrait ainsi devenir un indicateur précoce de ce risque.
L’étude, menée par une équipe du Collège universitaire de Londres (UCL), a suivi près de 6 000 adultes d’âge moyen participant à l’étude Whitehall II, qui observe les employés de la fonction publique britannique depuis 1985. Au début de l’étude, aucun des participants ne souffrait de démence ou de maladie cardiaque. Tous ont subi une analyse sanguine pour mesurer leurs niveaux de troponine.
Après un suivi moyen de 25 ans, incluant des évaluations régulières de la mémoire et des compétences cognitives, les chercheurs ont constaté que les participants présentant des niveaux de troponine plus élevés entre 45 et 69 ans ont montré un déclin cognitif plus rapide. Leurs capacités mentales, à 80 ans, étaient comparables à celles de personnes d’environ un an et demi plus âgées, et à 90 ans, à celles de personnes de deux ans plus âgées.
Au total, 695 personnes ont reçu un diagnostic de démence pendant la période d’observation. L’analyse des données a révélé que celles qui ont développé la maladie avaient des taux de troponine sanguine plus élevés que les autres, et ce, jusqu’à 25 ans avant l’apparition des symptômes. Les participants ayant les valeurs les plus élevées au début de l’étude avaient un risque accru de 38 % de développer une démence par rapport à ceux ayant les niveaux les plus bas.
Des analyses d’imagerie par résonance magnétique (IRM) réalisées sur 641 participants ont également montré que ceux qui avaient des niveaux de troponine plus élevés avaient tendance à avoir un hippocampe – une région du cerveau essentielle à la mémoire – plus petit, ainsi qu’un volume réduit de matière grise. Ces résultats suggèrent que les lésions cardiaques, même silencieuses, pourraient influencer le flux sanguin cérébral et accélérer le déclin cognitif.
« Notre étude représente le suivi le plus long à ce jour pour étudier les liens entre des niveaux élevés de troponine cardiaque, le déclin cognitif et la démence. »
Simon Chen, psychiatre à l’UCL
Selon le professeur Bryan Williams, directeur scientifique et médical de la British Heart Foundation, ces résultats renforcent l’idée que la santé de notre cœur et de notre cerveau sont indissociables. Il souligne que l’âge moyen représente une période particulièrement sensible, car les dommages subis à ce stade peuvent avoir des conséquences sur la santé cardiaque et cérébrale pendant des décennies.
Les chercheurs estiment que l’incorporation de la troponine comme biomarqueur dans les évaluations cliniques pourrait transformer la prévention et la gestion de la démence. Identifier les personnes à risque des décennies avant l’apparition des symptômes permettrait d’adapter les stratégies de prévention et de traitement.
Selon le dernier rapport de la Commission Lancet de 2024, jusqu’à 45 % des cas de démence dans le monde pourraient être évités en s’attaquant aux facteurs de risque et en modifiant son mode de vie.
Les 14 facteurs de risque modifiables identifiés sont : l’éducation (dès le début de la vie), la perte auditive, les traumatismes crâniens, un taux de cholestérol élevé, l’hypertension artérielle, l’abus d’alcool, l’obésité, le tabagisme, la dépression, l’isolement social, la perte de vision, un mode de vie sédentaire, le diabète et la pollution de l’air.
Les chercheurs recommandent des examens médicaux réguliers pour maîtriser ces facteurs de risque et contribuer à la prévention de la démence. Ils insistent sur l’importance de contrôler la tension artérielle, le cholestérol, de maintenir un poids santé, de ne pas fumer et d’adopter un mode de vie actif.
