Publié le 30 septembre 2025 à 08h17. La réforme de l’administration publique brésilienne, relancée au Parlement, suscite des inquiétudes quant à son impact réel sur l’efficacité et l’équité du service public. Une experte souligne que les propositions actuelles, axées sur la suppression des « privilèges », négligent les inégalités profondes et les enjeux de stabilité au sein de la fonction publique.
- La réforme, initialement proposée en 2020, est de nouveau à l’étude au Parlement brésilien.
- Une étude récente met en évidence le manque d’attention accordé aux inégalités salariales et de carrière au sein de la fonction publique.
- La stabilité de l’emploi, souvent critiquée, est présentée comme un rempart contre la politisation excessive et la corruption.
La réforme de l’administration publique brésilienne, un projet qui remonte à 2020, est revenue sur le devant de la scène parlementaire. Si les débats actuels mettent l’accent sur la nécessité de réduire les « privilèges » dont bénéficieraient certains fonctionnaires, une analyse approfondie révèle que cette approche risque de masquer les problèmes structurels qui entravent l’efficacité du service public. Nayara Albrecht, spécialiste du sujet, met en garde contre une réforme qui pourrait saper l’intégrité de l’administration sans réellement adresser les inégalités qui la minent.
Selon une étude approfondie menée en 2021, et discutée par l’experte sur Nexojornal, la réforme initiale négligeait un problème central de la fonction publique brésilienne : les disparités considérables entre les employés. Des années plus tard, la nouvelle proposition, actuellement débattue, semble souffrir des mêmes lacunes, ignorant les défis majeurs auxquels l’administration publique brésilienne est confrontée.
L’objectif affiché de la réforme est de promouvoir une plus grande transparence en limitant les avantages considérés comme excessifs. Cependant, les propositions actuelles semblent éviter les éléments essentiels à la construction d’un service public performant : des statuts de carrière stables et consolidés, qui encouragent les fonctionnaires à se consacrer à des politiques publiques bénéficiant à la population dans son ensemble, plutôt qu’à des intérêts particuliers. La proposition de 2020, régulièrement évoquée dans les débats, visait notamment à remettre en question le principe de la stabilité de l’emploi, exposant ainsi les fonctionnaires à des pressions politiques potentielles.
« Toutes les réformes, toutes les propositions, ont évité ce qui compte vraiment pour construire un service public efficace : des structures de carrière stables et consolidées. »
Nayara Albrecht, spécialiste de l’administration publique
Le débat s’inscrit dans un contexte plus large de recherches en science politique et en administration publique, portant sur le recrutement du personnel de l’État et la politisation de la bureaucratie. Ces études tendent à associer la politisation et le favoritisme à la corruption. Toutefois, comme le souligne Pedro Cavalcante, les fonctionnaires jouent un rôle politique important dans l’élaboration des politiques publiques.
L’attaque contre la stabilité de l’emploi dans la fonction publique, souvent présentée comme un gage d’efficacité, est un sujet de controverse. Si la stabilité peut parfois conduire à une certaine complaisance, elle protège également la bureaucratie contre les ingérences et la capture par des intérêts privés. Raphael Machado et Alexandre Gomide ont démontré que la stabilité contribue à améliorer la qualité de la bureaucratie. Sans cette garantie, les fonctionnaires seraient davantage exposés aux pressions politiques de leurs supérieurs. La politique est inhérente à l’administration publique, mais la bureaucratie joue un rôle essentiel de contre-pouvoir face aux intérêts particuliers – et cette résistance est d’autant plus forte qu’elle est assurée par la stabilité de l’emploi.
Lorsque les partisans de la réforme évoquent les « privilèges », ils partent souvent du principe que tous les fonctionnaires bénéficient de salaires élevés. Or, la réalité de la fonction publique brésilienne est bien plus nuancée. Bien que les salaires du secteur public soient, en moyenne, supérieurs à ceux du secteur privé, les carrières d’État présentent des disparités considérables en termes de rémunération et d’avantages. Le salaire mensuel d’un fonctionnaire peut varier de 1 500 à 30 000 reais (environ 280 à 5 600 dollars américains). Les fonctionnaires les moins bien rémunérés peuvent avoir des difficultés à joindre les deux bouts, notamment dans la capitale fédérale, Brasília, où le coût de la vie est particulièrement élevé. Ces inégalités sont encore plus marquées entre les différentes branches du pouvoir, certains magistrats percevant des salaires supérieurs au plafond légal.
La question de la politisation de la bureaucratie est au cœur des débats sur la réforme. Plusieurs chercheurs, dont Jan-Hinrik Meyer-Sahling et Patrik Öhberg, associent la politisation à l’utilisation de critères politiques au détriment du mérite dans les politiques de ressources humaines. Dans les discussions sur la réforme, les postes discrétionnaires et les nominations politiques sont souvent stigmatisés et associés à la corruption et au clientélisme.
« Dans les débats savants sur la réforme, les postes discrétionnaires et les nominations politiques sont souvent associés à la corruption, au patronage et à la clientèle. »
Analyse de la littérature scientifique
Cependant, l’existence de ces postes n’est pas en soi problématique. La plupart d’entre eux – anciennement connus sous le nom de Direction et conseils supérieurs (DAS), aujourd’hui Positions commandées par l’exécutif (CCE) – sont occupés par des fonctionnaires de carrière, y compris les postes les plus élevés.

Selon les données de l’institut Quality Government, le Brésil possède une bureaucratie relativement professionnelle par rapport aux autres pays d’Amérique latine. La politisation et la professionnalisation ne sont donc pas nécessairement incompatibles.
En se concentrant sur la suppression de la stabilité de l’emploi, des nominations discrétionnaires et d’autres mesures similaires, la réforme risque de passer à côté des problèmes réels du système brésilien. Il est essentiel de s’attaquer aux inégalités au sein de l’État, et d’éviter l’hypocrisie de dénoncer les privilèges tout en défendant des salaires excessifs pour certains postes – y compris ceux des parlementaires qui promeuvent la réforme. Des salaires attractifs sont également importants pour réduire le roulement du personnel et améliorer les performances bureaucratiques, ainsi que des carrières bien définies et structurées. Enfin, l’existence de postes discrétionnaires n’est pas intrinsèquement problématique, à condition qu’elle soit encadrée par des critères clairs et une surveillance rigoureuse.
Le véritable problème de l’administration publique brésilienne réside dans l’absence de critères transparents et de contrôle dans les nominations, le manque de parcours de carrière bien définis et standardisés dans certains organismes publics, et l’absence d’un système formel et efficace d’évaluation des performances. Or, une fois de plus, les partisans de la réforme semblent plus préoccupés par la traque aux « mauvais suspects » que par la recherche de véritables solutions pour renforcer la fonction publique brésilienne.
