Le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Volker Türk, a tiré la sonnette d’alarme après une mission de cinq jours au Soudan, dénonçant une spirale de violence et d’atrocités qui menace de déstabiliser l’ensemble de la région. Il a lancé un appel urgent à la communauté internationale pour mettre fin au conflit qui ravage le pays.
M. Türk a souligné la gravité de la situation humanitaire et sécuritaire, marquée par des attaques incessantes contre les civils et les infrastructures essentielles. Il a notamment cité le barrage de Merowe et la centrale hydroélectrique qui fournissaient autrefois 70 % de l’électricité du pays, touchés à plusieurs reprises par des drones des Forces de soutien rapide (RSF). Ces actes, a-t-il précisé, constituent de graves violations du droit international et pourraient être qualifiés de crimes de guerre.
Le chef des droits de l’homme de l’ONU a rencontré des représentants de divers secteurs de la société soudanaise, notamment des jeunes impliqués dans l’aide humanitaire, souvent au péril de leur vie. « Le prix de la guerre est payé par la jeunesse. La jeunesse soudanaise est en première ligne de cette guerre, au service de ceux qui ont besoin d’aide humanitaire », lui a confié un bénévole.
Il a également recueilli des témoignages poignants de personnes déplacées, notamment en provenance d’El Fasher, au Nord Darfour, où les combats se sont intensifiés. Il a évoqué le cas d’un enfant de quatre ans ayant perdu l’audition à cause des bombardements et d’un autre de trois ans qui refusait de sourire. Une femme, dont le mari et le fils unique ont été tués, est alitée, terrassée par le chagrin et une blessure par balle à l’épaule.
M. Türk a dénoncé l’utilisation de la violence sexuelle comme arme de guerre, une pratique « répandue et systématique » au Soudan. Il a partagé le témoignage d’Aisha, 20 ans, qui a été victime d’agressions sexuelles après avoir été séparée de sa famille lors de leur fuite d’El Fasher. « Ils l’ont frappée, m’ont emmenée et m’ont dit de me taire sinon ils tueraient ma mère. Puis ce qui s’est passé… s’est produit. Depuis, mes règles ne sont pas arrivées », a-t-elle raconté.
Le Haut-Commissaire a exprimé sa profonde inquiétude face à la prolifération des armes, notamment des drones, et a critiqué les dépenses massives consacrées à l’armement au détriment des besoins humanitaires. Il a également souligné la militarisation croissante de la société, avec l’armement des civils et le recrutement d’enfants.
M. Türk a appelé toutes les parties au conflit à protéger les civils et les infrastructures civiles, à garantir un accès sûr pour les personnes souhaitant quitter les zones de combat et à faciliter l’acheminement de l’aide humanitaire. Il a insisté sur la nécessité de traiter humainement les détenus, de rechercher les personnes disparues et de libérer les civils détenus sous prétexte de « collaboration » avec l’ennemi.
« J’exhorte toutes les personnes impliquées à mettre de côté leurs positions tranchées, leurs jeux de pouvoir et leurs intérêts personnels, et à se concentrer sur les intérêts communs du peuple soudanais », a déclaré M. Türk. Il a réaffirmé que le respect des droits de l’homme est essentiel pour instaurer la confiance et mettre fin à la guerre, afin de pouvoir reconstruire une paix durable. Malgré la gravité de la situation, il a souligné la résilience et la force du peuple soudanais, estimant qu’une solution est « difficile, mais certainement pas impossible ».
