Publié le 22 décembre 2023. Une série britannique captivante, L’or, revisite le plus grand braquage de l’histoire du Royaume-Uni : le vol spectaculaire de trois tonnes d’or en 1983, et les conséquences qui en ont découlé, mêlant enquête policière, corruption et ambitions criminelles.
- En novembre 1983, six cambrioleurs s’introduisent dans un entrepôt de Brink’s-Mat près de l’aéroport d’Heathrow, espérant dérober un million de livres sterling, mais découvrent une cargaison d’or valant 26 millions de livres.
- La série explore les deux faces de l’opération : le réseau criminel tentant de blanchir le butin et les enquêteurs déterminés à démanteler le complot, confrontés à une corruption systémique au sein de la police.
- L’or dresse un portrait des années 1980 en Grande-Bretagne, reflétant les tensions sociales, les luttes de classes et l’essor de la criminalité financière.
L’histoire ressemble à une plongée au cœur de la chanson Police et voleurs de Lee “Scratch” Perry, reprise par The Clash, mais dans sa version la plus crue. Le 26 novembre 1983, six hommes pénètrent par effraction dans un entrepôt de Brink’s-Mat, près de Heathrow. Leur objectif initial : un million de livres sterling. Ils tombent sur bien plus : trois tonnes d’or d’une valeur de 26 millions de livres (environ 30 millions d’euros au taux de change actuel).
Ce braquage est entré dans la légende britannique, un pays riche en vols audacieux, du célèbre hold-up du train de Glasgow en 1963 aux bijoux dérobés aux jardins de Hatton en 2015. C’est cette histoire que revisite L’or (2023), une série scénarisée par Neil Forsyth et portée par un casting prestigieux : Hugh Bonneville (Downton Abbey), Jack Lowden (Slow Horses), Dominique Cooper (Spy City, Mamma Mia !), Charlotte Spencer (Sanditon) et Tom Cullen (Black Mirror), disponible sur Filmin.
La série, produite par Paramount et la BBC, adopte un style classique de polar, explorant les deux côtés de l’histoire en six épisodes d’une heure. D’un côté, le réseau criminel, composé de petits délinquants, d’avocats véreux, de policiers corrompus, d’experts en métaux précieux et de promoteurs immobiliers sans scrupules, tous pressés d’effacer les traces des lingots et de les convertir en argent liquide. De l’autre, une petite équipe d’enquêteurs et de policiers conscients de la corruption endémique, épaulés par des spécialistes du marché de l’or et de la fuite des capitaux, qui s’efforcent de démêler les fils de ce réseau avant qu’il ne soit trop tard.
Dans cette course contre la montre, aucun des deux camps n’a la tâche facile. Pour les voleurs, blanchir trois tonnes d’or est un défi colossal. Comme l’explique John Palmer (interprété par Cullen), un expert en fonderie : « C’est comme essayer de déguiser un éléphant avec une perruque. » La police, de son côté, peine à identifier les acteurs impliqués, dont beaucoup sont des agents publics corrompus, qui acceptent « de l’argent propre pour faire respecter la loi » et, en même temps, « de l’argent sale pour la contourner », selon les mots de l’inspectrice Nicki Jennings (Spencer). Le chef Boyce (Bonneville) résume la situation : ils sont confrontés à un défi qui exige une approche improvisée, à l’image du jazz, où, comme Miles Davis l’a démontré avec son album Bitches Brew, accompagné de John Coltrane, Cannonball Adderley et Bill Evans, il faut établir des paramètres de base et laisser ensuite libre cours à la créativité.

Mais L’or va au-delà du simple récit criminel. La série explore le contexte politique de l’époque, marqué par le mandat de Margaret Thatcher, les tensions sociales liées à la lutte contre l’IRA et les débuts de la spéculation immobilière dans le sud de Londres. « Avant, il s’agissait de gens, de familles. Maintenant, tout est une question d’argent », confie un habitant.
La série met également en lumière les clivages sociaux et les dynamiques de classe, que ce soit sur un terrain de football, au bureau, dans un couple marié ou lors d’obsèques. Elle dépeint la lutte pour la survie des classes populaires, désireuses d’échapper à un destin tracé par la misère, la bourgeoisie, protégée par ses réseaux et ses privilèges, et les fonctionnaires corrompus, qui acceptent des pots-de-vin pour fermer les yeux. La série montre comment ces barrières de classe s’effondrent face à l’attrait de l’argent facile.
La côte du crime
À maintes reprises, L’or révèle l’impact inéluctable de la nature humaine sur toute action criminelle, et les ravages causés par l’afflux d’argent, l’envie de profiter de la vie, de se venger d’un passé douloureux, de dépenser pour ses proches et d’acquérir des biens matériels. Cela reflète ce qui se passe lorsque l’appétit pour le plaisir et la richesse prend le dessus.
La dernière partie de la série nous emmène à Tenerife, où le personnage de Palmer, un homme peu instruit qui n’a jamais quitté son quartier, s’enfuit avec sa famille, espérant une vie loin de la justice et de l’atmosphère sombre de Londres. Cette intrigue, qui voit un gangster britannique chercher refuge sur les plages espagnoles (un thème développé dans la saison 2 de L’or, déjà diffusée au Royaume-Uni), s’inscrit dans un sous-genre connu sous le nom de « côte du crime », qui désigne l’implantation du crime international sur les côtes espagnoles.

Cette réalité se retrouve dans la fiction, à travers les aventures troubles et violentes de criminels internationaux qui possèdent des villas luxueuses sur les plages d’Andalousie, d’Alicante, des Baléares ou des Canaries, un thème exploré dans des séries comme Brigade de la Costa del Sol, The Curse II : La côte du crime, et des films tels que Sexy Beast, de Jonathan Glazer (avec Ben Kingsley, Ray Winstone, Ian McShane et Amanda Redman, tourné en 2000 à Agua Amarga (Almería), auquel L’or rend hommage en reprenant une image de Palmer bronzant sur un transat), ou Vengeance (le coup) de Stephen Frears, un road movie captivant qui traverse la péninsule du sud au nord, filmé en 1984 (avec Terence Stamp, John Hurt, Tim Roth, Laura del Sol et Fernando Rey, entre autres, et une bande originale de Paco de Lucía et Eric Clapton).
Au-delà de l’imagerie du soleil et de la plage, l’un des atouts de L’or est sa capacité à recréer l’atmosphère des années 1980 sans artifices. Tout au long des six épisodes, on aperçoit des cigarettes Rothman fumées dans les maisons, les bars, les bureaux et les voitures Renault 5, Ford Escort, Land Rover Santana et Volkswagen Golf, des téléviseurs allumés en permanence, des coiffures volumineuses et des pantalons plissés aux couleurs pastel. Et, en toute circonstance, l’ambiance est résolument britannique : bière dans les pubs, whisky dans des bouteilles en verre taillé, sandwichs à la confiture pour les enfants, déjeuners au Carlton Club pour les élites, et des chansons de Bronski Beat, The Smiths, Echo & The Bunnymen, The Cure et Joy Division pour tous.
