Publié le 14 janvier 2026 à 06h33. La Chine a enregistré une croissance inattendue de ses exportations en décembre, atteignant un excédent commercial annuel record, malgré un ralentissement de ses échanges avec les États-Unis et des inquiétudes croissantes concernant sa demande intérieure.
- Les exportations chinoises ont bondi de 6,6 % en décembre, dépassant les prévisions des analystes.
- L’excédent commercial annuel de la Chine a atteint 1,19 billion de dollars (environ 1 090 milliards d’euros), en hausse de 20 % par rapport à 2024.
- Les exportations vers les États-Unis ont chuté de 30 % en décembre, pour le neuvième mois consécutif.
La performance exportatrice de la Chine, bien au-delà des attentes, contraste avec les difficultés rencontrées par sa demande intérieure et les tensions commerciales persistantes avec les États-Unis. Les données douanières chinoises, publiées ce mercredi, révèlent une dynamique commerciale complexe, marquée par une diversification des marchés et une dépendance continue aux exportations.
Les exportations chinoises ont progressé de 6,6 % en dollars américains en décembre, comparativement à l’année précédente, surprenant les analystes qui tablaient sur une croissance de 3 %. Cette accélération fait suite à une augmentation de 5,9 % en novembre. Parallèlement, les importations ont augmenté de 5,7 %, leur rythme de croissance le plus rapide depuis septembre dernier, dépassant également les prévisions (0,9 %).
Sur l’ensemble de l’année 2025, les exportations chinoises ont augmenté de 5,5 %, tandis que les importations sont restées stables. Ce bilan positif a permis à Pékin d’enregistrer un excédent commercial record de 1,19 billion de dollars, soit une augmentation de 20 % par rapport à 2024.
Cependant, cette performance globale masque des disparités significatives. Les expéditions vers les États-Unis ont connu une forte baisse de 30 % en décembre, marquant le neuvième mois consécutif de recul. Les importations en provenance des États-Unis ont également diminué de 29 %. Sur l’ensemble de l’année, les exportations chinoises vers les États-Unis ont chuté de 20 %, tandis que les importations ont diminué de 14,6 %, reflétant les tensions tarifaires et les incertitudes géopolitiques.
Lv Daliang, porte-parole des autorités douanières chinoises, a souligné mercredi la nécessité de relations commerciales « mutuellement bénéfiques » avec les États-Unis, appelant au « dialogue et à la négociation » pour résoudre les différends et renforcer la coopération.
« Nous espérons que les relations commerciales avec les États-Unis seront mutuellement bénéfiques. »
Lv Daliang, porte-parole des autorités douanières chinoises
Face à la faiblesse de la demande américaine, les exportateurs chinois se sont tournés vers d’autres marchés. Les exportations vers l’Union européenne et l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN) ont augmenté respectivement de 12 % et 11 % en décembre. Cependant, cet élargissement des marchés a suscité des inquiétudes chez les principaux partenaires commerciaux de la Chine, notamment l’Union européenne, face à un déséquilibre commercial croissant.
Kristalina Georgieva, directrice générale du Fonds monétaire international (FMI), a récemment exhorté Pékin à réduire sa dépendance aux exportations et à stimuler la consommation intérieure.
« La Chine doit accélérer sa transition vers une croissance tirée par la consommation intérieure. »
Kristalina Georgieva, directrice générale du FMI
L’excédent commercial chinois, bien que record, est perçu par certains comme un facteur de déséquilibre dans le système commercial mondial. Eswar Prasad, chercheur principal à la Brookings Institution, estime que cet excédent pourrait avoir « un impact aussi destructeur que les droits de douane imposés par Trump », incitant les pays à ériger des barrières commerciales pour protéger leurs économies. Le ministère du Commerce chinois s’est engagé en décembre à accroître ses importations et à œuvrer pour un équilibre commercial.
L’économie chinoise, d’une valeur de près de 19 000 milliards de dollars, est confrontée à des pressions déflationnistes, exacerbées par l’effondrement du secteur immobilier et la faiblesse du marché du travail. Les prix à la consommation sont restés stables en 2025, ne parvenant pas à atteindre l’objectif officiel d’une augmentation d’environ 2 %.
La Banque mondiale a relevé ses prévisions de croissance pour la Chine en 2026 à 4,4 %, soit une augmentation de 0,4 point de pourcentage par rapport à ses projections de juin, anticipant de nouvelles mesures de relance budgétaire, une résilience continue des exportations et une amélioration du sentiment d’investissement. Rapport de la Banque mondiale
Zhiwei Zhang, président et économiste en chef de Pinpoint Asset Management, prévoit que Pékin maintiendra probablement sa politique macroéconomique inchangée au moins au premier trimestre, la forte croissance des exportations compensant la faiblesse de la demande intérieure et l’apaisement des tensions commerciales avec les États-Unis.
La Chine et les États-Unis sont parvenus à un accord en octobre pour annuler certaines mesures de contrôle des exportations et les hausses de droits de douane dans le cadre d’une trêve commerciale d’un an, suite à une rencontre entre le président chinois Xi Jinping et son homologue américain Donald Trump. Pékin s’est également engagé à acheter au moins 12 millions de tonnes de soja américain au cours des deux prochains mois. Le pays a importé 111,8 millions de tonnes de soja l’année dernière, en hausse de 6,5 % par rapport à 2024, mais les importations de décembre n’ont augmenté que de 1,3 % à 8 millions de tonnes.
Les exportations chinoises de terres rares ont bondi de 32 % en décembre, atteignant 4 392 tonnes, et les expéditions de minéraux critiques ont augmenté de 12,9 % sur l’ensemble de l’année. La Chine publiera lundi prochain ses données annuelles et celles du quatrième trimestre sur son produit intérieur brut.
