Publié le 19 janvier 2026 à 01h59. Une correspondance officielle révèle les pressions exercées par le Premier ministre de l’Australie-Méridionale sur le conseil d’administration du Festival d’Adélaïde pour qu’il annule la participation de l’écrivaine palestino-australienne Randa Abdel-Fattah, quelques jours seulement avant l’annulation de l’événement littéraire.
- Le Premier ministre Peter Malinauskas a jugé que la présence de Randa Abdel-Fattah n’était « pas dans l’intérêt public » en raison de ses prises de position sur le sionisme.
- La lettre du Premier ministre, datée du 2 janvier, décrit les conséquences qu’il anticipe si la participation de l’auteure n’était pas annulée, allant jusqu’à évoquer un « ridicule public légitime ».
- L’avocate de Randa Abdel-Fattah dénonce une « coercition » et une tentative d’ingérence dans l’indépendance du festival.
La publication de cette lettre, révélée par The Sunday Mail et reprise par l’ABC, relance le débat sur la liberté d’expression et l’influence politique sur les événements culturels en Australie. Peter Malinauskas a insisté auprès du conseil d’administration du Festival d’Adélaïde pour que la participation de Randa Abdel-Fattah soit retirée du programme de la Semaine des écrivains de 2026, finalement abandonnée. Dans sa missive, il craignait que le festival ne soit exposé à des accusations d’hypocrisie et à une vive contestation publique.
Le conseil d’administration a finalement annoncé l’exclusion de l’auteure six jours plus tard, justifiant sa décision par le contexte sensible suivant les attentats de Bondi et l’absence de « sensibilité culturelle » à programmer Abdel-Fattah dans ces circonstances. Cette décision avait immédiatement suscité des interrogations sur le rôle joué par le Premier ministre, qui avait alors affirmé avoir simplement donné son avis à la demande du conseil.
L’avocate de Randa Abdel-Fattah, Michael Bradley, a qualifié la lettre de document « inquiétant » et « manifestement coercitif ».
« Malgré ses protestations publiques répétées… sa lettre est manifestement coercitive et aurait laissé au Conseil le sentiment qu’il n’avait d’autre choix que de se conformer. »
Michael Bradley, avocate de Randa Abdel-Fattah
Elle souligne que le gouvernement sud-australien nomme les membres du conseil d’administration et assure le financement principal du festival, remettant ainsi en question son indépendance.
M. Bradley a également reproché au Premier ministre d’avoir accepté sans vérification les accusations portées contre sa cliente, qualifiant ses déclarations de « racistes, antisémites et haineuses ». Il dénonce également un lien établi de manière fallacieuse entre Randa Abdel-Fattah et l’attaque terroriste de Bondi.
« Le Dr Abdel-Fattah est devenu un paratonnerre pour faire taire ceux qui veulent insister pour qu’aucune critique d’Israël ne soit entendue dans ce pays. L’assaut contre elle a été implacable. »
Michael Bradley, avocate de Randa Abdel-Fattah
La controverse s’inscrit dans un contexte plus large, marqué par l’annulation de la participation du journaliste américain Thomas Friedman à la Semaine des écrivains d’Adélaïde 2024 suite à des critiques concernant son article « Comprendre le Moyen-Orient à travers le règne animal ». M. Malinauskas avait alors exprimé son soutien à cette décision, tout en demandant au conseil d’appliquer le même principe à l’événement de 2026.
Interrogé sur le contenu de sa lettre lors d’une conférence de presse, le Premier ministre s’est contenté de déclarer :
« La lettre parle d’elle-même. Tout ce que j’ai dit publiquement est là, pour que tout le monde puisse le voir. »
Peter Malinauskas, Premier ministre d’Australie-Méridionale
Randa Abdel-Fattah avait précédemment menacé d’engager des poursuites en diffamation contre le Premier ministre, qualifiant certains de ses commentaires d’« agression personnelle brutale ».
