Publié le 13 décembre 2025 à 15h32. Un regain d’intérêt pour la littérature classique et les auteurs engagés se manifeste, avec la parution de nouvelles œuvres qui résonnent avec les préoccupations contemporaines, notamment en matière d’écologie, de technologie et d’éthique.
- La réédition de classiques de Ray Bradbury, John Fowles et George Saunders témoigne d’une actualité persistante de leurs thèmes.
- Les mémoires de Margaret Atwood confirment la pertinence de ses réflexions sur l’autoritarisme et la société.
- Des auteurs contemporains comme Eliza Barry Callahan et Anna Starobinets explorent des thématiques similaires dans leurs nouvelles publications.
Un souffle nouveau anime le monde littéraire, où les œuvres intemporelles côtoient des créations contemporaines qui dialoguent avec les enjeux de notre époque. Des auteurs comme Ray Bradbury, John Fowles et George Saunders, dont les romans semblent réécrits hier, connaissent un regain de popularité. Ce mouvement est renforcé par la sortie des mémoires très attendues de Margaret Atwood, qui démontrent que les préoccupations que l’on considère souvent comme propres au XXIe siècle étaient déjà présentes chez ces auteurs visionnaires.
En particulier, ces auteurs pionniers ont exploré une protoécologie, critiqué les dérives de la technologie et posé les bases d’une nouvelle conscience éthique. Ces thèmes trouvent une résonance particulière dans « Le Mur » de Marlen Haushofer, un roman des années 1960 qui explore la construction d’une identité féminine en dehors de l’hégémonie masculine. Cette œuvre, récemment rééditée, offre une perspective fascinante sur les luttes pour l’autonomie et la liberté.
Cette tendance à la redécouverte et à la réinterprétation se retrouve également dans les publications actuelles. On peut la déceler dans « La preuve d’ambition » de la jeune New-Yorkaise Eliza Barry Callahan, ainsi que dans le roman fantastique (au sens large du terme) « Le gué des renards ». Le thème complexe de la mémoire est également au cœur de plusieurs œuvres récentes, telles que « La question 7 », « Le directeur », « Le jardinier et la mort » de Georgui Gospodínov et « Journal alphabétique » de Sheila Heti.
‘Le gué des renards’ / ‘El vado de los zorros’
Auteure : Anna Starobinets
Traduction : Viktoria Leftérova et Enri Maldonado / Miquel Cabal
Éditeurs : Impedimenta / Mai Més
776 / 696 pages. 34,95 / 28,95 euros
L’œuvre d’Anna Starobinets, que certains qualifient de « méthode Starobinets », captive le lecteur en le conduisant progressivement d’une réalité reconnaissable à un territoire inquiétant et terrifiant. L’auteure russe, installée à Barcelone, déploie tout son talent dans ce roman ambitieux sur un déserteur qui, après la Seconde Guerre mondiale, fuit vers un territoire fantasmagorique peuplé de « médecins fous », d’êtres mutants et de loups-garous. Une expérience de lecture immersive et troublante.
‘Contes’
Auteur : Ray Bradbury
Éditeur : Páginas de Espuma
Traduction : Ce Santiago
378 pages. 19,99 euros
Ray Bradbury rejetait la science-fiction au profit d’une exploration imaginative du futur, qu’il envisageait comme un avertissement, non pas face à une menace extraterrestre, mais face à l’obscurité qui sommeille en l’être humain. Ce volume indispensable rassemble ses meilleures collections de nouvelles, à commencer par ses fondamentales « Chroniques martiennes ».
‘Le magicien’
Auteur : John Fowles
Traduction : Enrique Murillo
Éditeur : Anagrama
26,90 euros
Réédition d’un roman culte énigmatique qui conserve intacte sa capacité à séduire. Un jeune homme narcissique arrive sur une île grecque et voit toutes ses convictions vaciller sous l’influence du personnage titre, un millionnaire manipulateur qui le confronte à une série de représentations théâtrales transformatrices.
‘La question 7’ / ‘La pregunta 7’
Auteur : Richard Flanagan
Traduction : Catalina Martínez Muñoz / Míriam Cano
Éditeurs : Libros del Asteroide / Edicions del Periscopi
296 pages. 20,95 euros
Si vous ne devez lire qu’un seul livre cet hiver, ne tardez pas et choisissez ce récit dans lequel l’auteur australien poursuit, à la première personne, la règle socratique : une vie sans examen ne vaut pas la peine d’être vécue. Pour ce faire, il trace un itinéraire qui le mènera au camp de concentration où était détenu son père, à la bombe d’Hiroshima, au génocide aborigène en Tasmanie et au chemin de fer de la mort japonais.
‘Le directeur’
Auteur : Daniel Kielhmann
Traduction : Isabel García Adanez
Éditeur : Random House
376 pages. 21,75 €
Peu d’auteurs allemands sont aussi divertissants (et drôles) que Daniel Kehlmann, auteur de romans historiques souvent comparé à Umberto Eco. Ici, il explore un thème fascinant : le parcours de l’Autrichien G. W. Pabst, l’un des grands maîtres du cinéma qui, contrairement à ses collègues réalisateurs, décida de retourner à l’Allemagne nazie après Hollywood, où il lutta infructueusement pour ne pas être soumis au régime.
‘Contes choisis’
Auteur : George Saunders
Traducteur : Javier Calvo Perales et Ben Clark
Éditeur : Seix Barral
632 pages. 26 €
Maître de la nouvelle contemporaine, la formule Saunders combine une critique sociale subversive, des dystopies spéculatives, un humour grotesque et des critiques du capitalisme avec un style caractéristique, empreint de tendresse et d’émotion, qui n’est pas étranger à sa pratique du bouddhisme qu’il a cultivé pendant des années. Cette sélection de 16 brillantes nouvelles représente donc le meilleur de sa production.
‘Livre de mes vies’
Auteure : Margaret Atwood
Traduction : Ana Mata Buil, Irene Oliva Luque, Francisco José Ramos Mena, Antonio Padilla Esteban et Raquel Lanseros Sánchez
Éditeur : Salamandra
688 pages. 27 €
Bien que son roman « La Servante écarlate » ait été publié il y a plus de 40 ans, ce n’est qu’avec son adaptation télévisée que Margaret Atwood a consolidé son statut international. À l’approche de ses 85 ans et sans abandonner son habituel bon humour, elle livre ici le récit d’une vie et l’étrangeté qu’elle ressent face à une société qui évolue vers l’autoritarisme, comme elle l’avait prédit dans son œuvre maîtresse.
‘La question 7’ / ‘La pregunta 7’
Auteur : Richard Flanagan
Traduction : Catalina Martínez Muñoz / Míriam Cano
Éditeurs : Libros del Asteroide / Edicions del Periscopi
296 pages. 20,95 euros
Retenez ce nom, car il est pressenti pour recevoir le prix Nobel dans les années à venir. L’ auteur bulgare, qui nous a fascinés avec « Les Tempêtes » (Prix Booker), abandonne ici sa tendance à l’expérimentation ludique pour nous offrir un livre émouvant dédié à son père décédé, un homme simple et plein de vitalité qui a consacré tous ses efforts à cultiver son jardin. Un témoignage poignant et inoubliable.
‘La preuve d’audition’ / ‘La prueba d’oïda’
Auteure : Eliza Barry Callahan
Traductrices : Rita da Costa / Míriam Cano
Éditeurs : Anagrama / Bromera
176 pages / 19,95 €
Quelques mois avant le début de la pandémie, l’auteure a subi une perte auditive soudaine qui s’est révélée être une maladie auto-immune rare. Cette expérience lui a servi de base pour écrire son premier roman, qui l’a propulsée sur le devant de la scène littéraire, en explorant le processus d’adaptation à son nouveau soi grâce à une structure qui rappelle les improvisations jazzistiques.
‘Le mur’ / ‘La paret’
Auteure : Marlen Haushofer
Traduction : Genoveva Dieterich / Carlota Gurt Daví
Éditeurs : Siruela / Angle
268 pages. 21,95 / 19,90 €
Lors d’un séjour dans un chalet alpin, une femme découvre qu’un mur invisible la sépare du reste du monde. Ayant accepté sa situation, elle devra apprendre à survivre. Cette dystopie écrite en 1963 par l’auteure autrichienne est désormais un classique dans son pays. Siruela la réédite aujourd’hui pour que nous puissions enfin découvrir ce joyau caché.
‘Journal alphabétique’ / ‘Diaris alfabètics’
Auteure : Sheila Heti
Traduction : Sara Barquinero / Maria Bosom
Éditeurs : Lumen / Angle
200 / 224 pages. 19,90 €
La Canadienne Sheila Heti, membre de ce que l’on appelle la Nouvelle Vague, a décidé de revenir sur les journaux qu’elle a tenus pendant 10 ans et, grâce à un tableur, de les réorganiser par ordre alphabétique. Le résultat, libéré de la logique du temps, lui a rendu un discours potentiellement chaotique mais révélateur, marqué par le jeu expérimental.
‘Ferrocarrils de Mèxic’
Auteur : Gian Marco Griffi
Traduction : Pau Vidal
Éditeur : La Segona Perifèria
664 pages. 24,90 €
Ce roman de Gian Marco Griffi n’est pas encore disponible en castillan, car son édition catalane a devancé même la version anglaise. Phénomène culturel en Italie, porté uniquement par le bouche-à-oreille, ce livre divertissant et profondément littéraire suit un employé des chemins de fer qui, en 1944, sous le contrôle des troupes allemandes, se voit confier la tâche de cartographier le réseau ferroviaire mexicain.
‘Une masque du couleur du ciel’
Auteur : Deirdre Madden
Traduction : Regina López Muñoz
Éditeur : Errata Naturae
288 pages. 22,50 €
Il n’y a pas d’auteure irlandaise qui ne soit pas talentueuse. Et la bonne nouvelle, c’est qu’il en reste encore beaucoup à découvrir. Deirdre Madden en est une. Ici, avec élégance, précision et profondeur, elle relate les souvenirs de trois sœurs peu avant le début du cessez-le-feu de l’IRA en 1994 et analyse finement la société nord-irlandaise de l’époque.
À lire aussi
