Publié le 2 novembre 2025 à 04h30. Six mois après la disparition de Mario Vargas Llosa, prix Nobel de littérature, l’œuvre et la mémoire de l’écrivain péruvien restent bien vivantes, à travers une série d’hommages et d’événements qui se sont déroulés à l’automne, témoignant de son influence durable sur le monde littéraire.
La VIe Biennale Mario Vargas Llosa, organisée à Cáceres et Trujillo du 22 au 25 octobre, a été l’un des moments forts de cet hommage. L’événement s’est clôturé par la remise du prix du roman à Sergio Ramírez pour son œuvre Le cheval d’or. C’est dans ce contexte qu’Álvaro Vargas Llosa, fils aîné de l’écrivain, a partagé des souvenirs poignants sur les derniers mois de la vie de son père.
Álvaro Vargas Llosa évoque les promenades qu’il accompagnait son père à Lima, une démarche à la fois personnelle et une tentative de raviver les souvenirs de l’écrivain.
« Je devais remplir une fonction, j’avais la responsabilité de le conduire, et je voulais aussi qu’il se souvienne des choses. Dans la vraie vie, il adorait devenir un personnage, c’était un aventurier. Il a toujours dit qu’il ne voulait pas vivre entre des murs de liège, il voulait parler à tout le monde. Il a toujours voulu parler… »
Álvaro Vargas Llosa
Il expliquait que l’objectif était de replonger son père dans les lieux qui avaient inspiré son œuvre, comme ceux décrits dans L’histoire de Mayta. Le dernier chapitre de ce roman était particulièrement présent dans ses pensées.
Ces voyages étaient une manière de stimuler la mémoire de l’écrivain, de lui rappeler les personnages et les histoires qu’il avait créés. Álvaro Vargas Llosa se faisait alors un devoir de le guider, de lui rappeler des détails essentiels.
« Je lui rappelais. Je lui ai dit, par exemple, que dans n’importe quel chapitre il y avait un narrateur nommé Mario Vargas Llosa, qui va en prison pour chercher Mayta. Je lui ai dit : “Je veux que tu deviennes le narrateur qui va en prison”. »
Álvaro Vargas Llosa
Il cherchait à le reconnecter avec son propre récit, à lui faire revivre les émotions et les expériences qui avaient nourri son écriture.
L’émotion la plus forte pour Álvaro Vargas Llosa fut de voir son père, un homme autrefois si plein de vie, confiné par la maladie.
« La nouveauté était la plus dure : voir l’homme vital qui avait été mis dans une sorte de prison, complètement emprisonné par la maladie. »
Álvaro Vargas Llosa
C’est pourquoi ces promenades, associées à la fiction, étaient si importantes. La famille, dispersée aux quatre coins du monde, s’était alors rapprochée, devenant une véritable tribu autour de l’écrivain.
Un moment particulièrement touchant a été la réconciliation entre Mario Vargas Llosa et sa mère, un acte d’amour et de contrition rendu possible malgré les limitations imposées par la maladie.
« C’était un acte d’amour, qui ne pouvait plus s’exprimer de la même manière qu’avant, logiquement, car il s’agissait dans cette prison qui le limitait physiquement et mentalement. Mais pas au point que je ne puisse pas exprimer par des gestes d’amour à ma mère combien je lui devais et quelle gratitude j’avais pour elle. »
Álvaro Vargas Llosa
Au-delà de la relation personnelle avec son père, Álvaro Vargas Llosa a également évoqué l’importance de l’œuvre de Mario Vargas Llosa et la manière dont elle continuera à inspirer les générations futures. Il a rappelé que son père avait toujours refusé de s’enfermer dans une vie recluse, préférant le contact avec le monde et les échanges avec les autres.
« Quand deux heures de l’après-midi sont arrivées, nous avions fini de manger et j’avais déjà envie de sortir, c’était le point culminant de la journée. »
Álvaro Vargas Llosa
Enfin, Álvaro Vargas Llosa a souligné le lien fort qui unissait son père au journal El País, où il publiait régulièrement des tribunes pendant plus de trente ans.
« La relation avec El País était ombilicale, fraternelle. Il a été tenté à plusieurs reprises de partir, mais il n’a jamais hésité. Il a déclaré : “El País ne m’a jamais imposé de limite, j’ai l’obligation morale de continuer.” C’était son journal. »
Álvaro Vargas Llosa
L’hommage rendu à Mario Vargas Llosa à Cáceres, avec la lecture de passages de son œuvre, notamment ceux évoquant sa relation complexe avec son propre père, a été un moment particulièrement émouvant. Ces textes autobiographiques ont permis de mieux comprendre les racines de son œuvre et les tourments qui l’ont animé.
Pour Álvaro Vargas Llosa, l’héritage de son père se résume à son œuvre, à sa vie de mari et de père, et à l’image de l’écrivain qui restera gravée dans la mémoire collective : l’auteur de La Maison Verte, La Ville et les Chiens, La Guerre de la Fin du Monde, Le Festin de la Chèvre, Tante Julia…
