Un programme d’enrichissement en fer des repas scolaires, développé par un chercheur allemand, a permis d’améliorer significativement la santé de milliers d’enfants dans l’État indien du Bihar, l’une des régions les plus pauvres du pays.
L’initiative, menée par l’économiste du développement Sebastian Vollmer de l’Université de Göttingen, s’attaque à la carence en fer, un problème de santé publique majeur en Inde. Depuis plus de dix ans, Vollmer se consacre à l’étude des liens entre pauvreté, nutrition et santé, avec un intérêt particulier pour la malnutrition infantile. « La santé est importante à tout âge, bien sûr, mais l’impact des interventions est particulièrement fort lorsqu’elles ciblent les enfants », explique-t-il.
Le projet, lancé en 2014, consistait à enrichir les repas scolaires avec des sels de fer, un principe similaire à l’ajout d’iode à l’alimentation. Après plus d’un an de mise en œuvre, les chercheurs ont constaté une diminution d’environ 25 % des cas d’anémie chez les enfants participant au programme. L’amélioration s’est également traduite par de meilleurs résultats scolaires.
« Le plus gratifiant, c’est de constater les résultats concrets », confie Sebastian Vollmer. « Savoir que quelques milliers d’enfants ne souffrent plus d’anémie est une grande satisfaction. »
Le travail de Vollmer, reconnu à l’échelle internationale, lui vaut de conseiller des organisations telles que la Banque mondiale et l’UNICEF. « Les sujets sont très variés, allant des émissions dans le secteur des transports à la nutrition infantile, ce qui est thématiquement lié à mes recherches », précise-t-il.
Bien qu’il ait eu l’opportunité de travailler à l’Université Harvard aux États-Unis, Vollmer a choisi de revenir en Allemagne, en Basse-Saxe, pour des raisons personnelles et professionnelles. « Nous sommes ici dans une université financée par des fonds publics, au service de tous », souligne-t-il. « Mon rôle est d’utiliser les connaissances et les ressources pour le bien de la société. »
Son projet actuel en Inde vise à aller plus loin en développant des filtres à eau qui enrichissent l’eau potable en fer, non seulement dans les écoles, mais aussi au niveau des communautés villageoises. « Le fer est libéré à la concentration nécessaire et peut être absorbé par l’organisme », explique Vollmer. Il estime que cette approche pourrait avoir un impact plus large que les seuls repas scolaires.
« Il serait erroné pour un scientifique occidental de se rendre dans certaines régions avec l’intention de faire le bien », insiste Vollmer. « L’important est que ce que vous faites soit réfléchi et pertinent. »
L’équipe de Vollmer bénéficie d’une excellente collaboration avec les autorités locales en Inde. Mridhula Mohan, venue d’Inde pour travailler avec Vollmer en Allemagne, témoigne de la qualité de cette coopération : « Nous n’avons pas de hiérarchies. Nous avons la liberté de discuter des idées et d’échanger des points de vue. Je ne vois aucune différence entre lui et moi dans notre travail. » Vollmer s’efforce de « vraiment comprendre » les problèmes du pays et s’assure que ses projets impliquent des partenaires indiens à tous les niveaux.
L’approche des nouveaux filtres à eau est axée sur la simplicité, la praticité, le faible coût et la possibilité de les adapter à différents contextes. Avant de les déployer à grande échelle, Vollmer insiste sur la nécessité de mener des études rigoureuses et contrôlées. « La prochaine étape consiste à évaluer leur efficacité pratique, puis à la tester dans le cadre d’études à grande échelle, randomisées et contrôlées », explique-t-il. Les résultats de ces études seront ensuite transmis aux décideurs politiques indiens, qui détermineront les prochaines étapes.
