Publié le 21 décembre 2025 11h04. L’Argentine voit une augmentation spectaculaire de ses importations de biens de consommation, y compris des vêtements de marques internationales comme H&M, mais cette tendance s’accompagne d’un recul des investissements étrangers directs.
- Les importations de biens de consommation en Argentine ont atteint un niveau record en 2025, dépassant les chiffres de 2004.
- La chaîne de supermarchés Coto propose désormais une collection capsule de vêtements H&M, une première pour la marque en Argentine.
- Parallèlement à l’augmentation des importations, l’Argentine enregistre une sortie nette de capitaux étrangers, un phénomène inédit depuis 2003.
L’Argentine connaît actuellement une transformation notable de son paysage commercial, marquée par une forte augmentation des importations de biens de consommation. Ce phénomène, amplifié par les mesures de libéralisation économique mises en place par le gouvernement de Javier Milei, se traduit par une présence accrue de marques étrangères sur le marché argentin, mais aussi par un désinvestissement des capitaux étrangers.
Récemment, la chaîne de supermarchés Coto a surprondu les consommateurs en lançant une collection capsule de vêtements de la marque suédoise H&M. Cette initiative, bien que limitée à quelques magasins (Abasto Shopping, Ciudadela, Nordelta, Tortugas, Moreno et Mar del Plata, dans la province de Buenos Aires) représente une première pour H&M en Argentine, une marque très prisée des Argentins lors de leurs voyages au Chili, aux États-Unis ou en Europe. L’annonce a rapidement suscité l’engouement sur les réseaux sociaux, notamment sur TikTok, avec des vidéos et des comparaisons de prix qui ont rapidement fait le tour du web. Les prix, bien que plus élevés qu’au Chili, restent accessibles pour les consommateurs argentins.
Cette arrivée de H&M s’inscrit dans un contexte plus large d’augmentation des importations, favorisée par la réduction des droits de douane. Selon un rapport du Centre d’économie politique argentine (CEPA), entre janvier et septembre 2025, les importations de biens de consommation ont atteint 8,376 milliards de dollars (USD), soit la valeur la plus élevée depuis 2004, et une augmentation de 25,3 % par rapport au record précédent de 2018. En septembre seul, les achats externes ont totalisé 1,157 milliard de dollars (USD). Les appareils électroménagers, les batteries, les lampes, les motos, les vélos, les vêtements, les produits alimentaires et la maroquinerie représentent près de la moitié de ces importations.
Plusieurs mesures gouvernementales ont contribué à cette augmentation, notamment la suppression du système d’importation de la République argentine (SIRA) en décembre 2023, la réduction des droits de douane sur certains produits et un nouveau régime pour les voyageurs permettant l’importation d’appareils électroménagers achetés à l’étranger. Ce qui a entraîné une ruée vers les magasins chiliens et une incitation accrue aux voyages transfrontaliers pour consommer.
Cependant, cette libéralisation des importations s’accompagne d’un revers : une diminution des investissements directs étrangers (IDE). Pour la première fois depuis 2003, l’Argentine enregistre un solde cumulé négatif d’IDE, avec une sortie nette de capitaux de 1,521 milliard de dollars (USD) entre janvier et novembre 2025. Ce phénomène contraste fortement avec les années précédentes, où les investissements étrangers se chiffraient en moyenne à 3,235 milliards de dollars (USD) par an entre 2016 et 2019, puis à 953 millions de dollars (USD) entre 2020 et 2023.
Le secteur des supermarchés est particulièrement touché, avec une baisse de plus de 23 % des ventes en gros entre novembre 2023 et juin 2025, selon l’Institut national de la statistique et des recensements (Indec). La rentabilité des grandes chaînes est en baisse, ce qui complique le retour sur investissement. Dans ce contexte, l’Argentine semble plus attractive pour les entreprises nationales ou régionales, capables de s’adapter plus facilement à la situation économique.
Ce constat se reflète dans les départs d’entreprises étrangères. Depuis décembre 2023, une quinzaine d’entreprises étrangères ont quitté ou sont en train de quitter l’Argentine. Movistar a été rachetée par Telecom, Burger King par Desembarco, P&G par Newsan, et Carrefour est en négociations pour une vente à Changomás, tous des groupes argentins. Un schéma se dessine : le capital argentin reprend le contrôle là où les investisseurs étrangers décident de se retirer.
