Une opération militaire américaine au Venezuela, qui a abouti à l’arrestation du président Nicolás Maduro et de son épouse, suscite une vive inquiétude parmi les centaines de milliers de Vénézuéliens résidant aux États-Unis, notamment en Floride. Cette intervention intervient alors que l’administration Trump a récemment mis fin aux protections dont bénéficiaient des centaines de milliers de Vénézuéliens, les exposant à l’expulsion.
L’administration Trump a d’abord supprimé le statut légal de plus de 250 000 Vénézuéliens le 7 novembre, les privant d’un permis de travail valide et les plaçant sous la menace d’une expulsion. Ces derniers se sont joints à 350 000 autres Vénézuéliens qui avaient déjà perdu les protections du Statut de Protection Temporaire (SPT) en avril, dans le cadre d’une politique plus stricte en matière d’immigration.
La Floride, qui abrite plus de la moitié des 600 000 bénéficiaires du SPT vénézuélien, pourrait subir de lourdes conséquences économiques. Les autorités locales préviennent que la révocation de leur statut juridique et de leurs permis de travail pourrait être dévastatrice pour des secteurs clés tels que la construction, la santé et l’hôtellerie.
Le sénateur de Floride, Rick Scott, a réagi sur X (anciennement Twitter) en publiant : « Merci, ainsi qu’aux courageux membres de nos forces armées qui ont mené l’opération qui a réussi à CAPTURER le narcoterroriste Nicolás Maduro. Un nouveau jour se lève pour le Venezuela et l’Amérique latine. Les États-Unis et notre hémisphère sont plus sûrs grâce au leadership du président Trump. Que Dieu bénisse l’Amérique et que Dieu bénisse le peuple du Venezuela ! » Il a également mentionné le président, le secrétaire d’État Marco Rubio et le secrétaire à la Défense Pete Hegseth.
À retenir
- Une opération militaire américaine a conduit à l’arrestation de Nicolás Maduro et de son épouse au Venezuela.
- Des centaines de milliers de Vénézuéliens aux États-Unis, en particulier en Floride, sont concernés par la fin du Statut de Protection Temporaire (SPT).
- L’économie de la Floride pourrait être fortement impactée par la perte de main-d’œuvre vénézuélienne.
Contexte
Le Statut de Protection Temporaire (SPT) est une mesure humanitaire accordée aux personnes originaires de pays confrontés à des conflits armés, des catastrophes naturelles ou d’autres circonstances « extraordinaires et temporaires » qui rendent leur retour dangereux. Il permet aux bénéficiaires de vivre et de travailler aux États-Unis, sans pour autant leur conférer le statut de résident permanent ou la possibilité d’accéder à la citoyenneté. Le SPT protège également contre l’expulsion.
Pour bénéficier du SPT, les demandeurs doivent faire l’objet d’une vérification approfondie de leurs antécédents et ne doivent pas avoir de condamnations criminelles antérieures ou plus de deux délits. Leurs demandes sont renouvelées tous les 18 mois.
Le SPT permet aux bénéficiaires d’obtenir un permis de conduire et un numéro de sécurité sociale, indispensables pour travailler légalement et déclarer leurs impôts. Cependant, ils n’ont pas accès aux prestations publiques fédérales, y compris la Sécurité sociale.
Ce qui change
En février, la secrétaire au Département de la Sécurité intérieure, Kristi Noem, a annoncé la fin du SPT pour 350 000 réfugiés vénézuéliens qui en avaient bénéficié en 2023. En septembre, elle a pris la même décision pour les 250 000 Vénézuéliens restants qui avaient reçu le SPT en 2021. Noem a justifié ces décisions en affirmant que les conditions au Venezuela s’étaient améliorées et ne répondaient plus aux critères d’éligibilité au SPT. Cependant, le Département d’État américain a mis en garde les citoyens américains voyageant au Venezuela contre les risques de détentions arbitraires, de torture, de terrorisme, d’enlèvements et de criminalité.
Noem a également affirmé que les bénéficiaires du SPT constituaient un fardeau pour les contribuables et que le programme avait attiré des membres d’El Tren de Aragua, un gang vénézuélien que l’administration Trump qualifie de groupe terroriste étranger.
La décision de Noem marque la première fois en 35 ans que le SPT est révoqué pour un pays. Il s’agit de la plus importante expulsion massive d’immigrants de l’histoire des États-Unis.
Bien que des recours en justice aient été intentés, la Cour suprême des États-Unis a autorisé l’administration Trump à supprimer le SPT pour les Vénézuéliens. Les bénéficiaires du SPT sont désormais sans papiers et risquent d’être détenus et expulsés. Ils ont également perdu leur droit de travailler légalement aux États-Unis, leurs permis de travail ayant expiré avec la fin du SPT.
L’avocat spécialisé en immigration, Jeffrey Devore, explique que le statut juridique des Vénézuéliens est revenu à celui qu’ils avaient avant l’obtention du SPT, y compris les visas de voyage et d’étudiant expirés. Ceux qui n’ont pas d’autres voies d’immigration se retrouvent sans statut légal. Il précise que certains d’entre eux pourraient déposer une requête familiale, un visa de travail ou d’investisseur, ou demander l’asile, mais ces procédures sont longues et ne garantissent pas un statut légal immédiat.
Selon Devore, la plupart des 600 000 Vénézuéliens qui ont perdu le SPT n’ont pas de moyen légal de rester aux États-Unis.
Prochaines étapes
L’impact de la fin du SPT se fera particulièrement sentir en Floride, où réside la majorité des Vénézuéliens concernés. Les économistes préviennent que la perte de cette main-d’œuvre pourrait perturber les entreprises et entraîner une hausse des prix, en particulier dans les secteurs de la santé, de l’hôtellerie, de l’éducation et de la construction.
Lors d’une rencontre avec le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu le 29 décembre, le président Trump a fait allusion à une opération militaire au Venezuela, évoquant une « explosion majeure » dans une zone portuaire où des bateaux chargés de stupéfiants étaient interceptés. Il a ensuite confirmé qu’il s’agissait d’une frappe américaine.
Cette rencontre avec Netanyahu a suivi une journée de discussions avec le président ukrainien Volodymyr Zelenskyy sur un possible accord de paix.
