Publié le 18 décembre 2025 à 20h56. La signature de l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et le Mercosur, attendue ce week-end, a été reportée à janvier 2026 en raison des pressions exercées par la France et l’Italie, soucieuses de protéger leurs agriculteurs.
- L’accord, négocié depuis 25 ans, devait être officiellement signé le 20 décembre à Foz de Iguazú, au Brésil.
- La France et l’Italie craignent une concurrence déloyale de la part des produits sud-américains, notamment dans les secteurs de la viande et du soja.
- Des milliers d’agriculteurs ont manifesté ce jeudi à Bruxelles pour exprimer leur opposition à l’accord.
L’annonce du report a été faite par la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, lors du sommet des dirigeants de l’Union européenne à Bruxelles. Selon des sources européennes, la décision a été prise lors d’un dîner consacré aux questions de géoéconomie et de compétitivité. La Commission avait conditionné la signature à l’obtention d’un mandat d’une majorité qualifiée des pays de l’UE, ce qui n’a pas été possible en raison de la résistance française et des doutes italiens.
Le Premier ministre italien, Giorgia Meloni, a communiqué au président brésilien, Luiz Inácio Lula da Silva, que l’Italie considérait qu’il était « prématuré » de signer l’accord dans les conditions actuelles, tout en se déclarant prête à le faire une fois que les préoccupations des agriculteurs italiens seraient résolues. Après une conversation téléphonique entre les deux dirigeants, le report a été accepté comme solution provisoire, ouvrant la possibilité d’une signature début janvier 2026. La décision a été formellement notifiée aux pays du Mercosur.
Les principales objections concernent l’absence de garanties suffisantes pour protéger les marchés européens contre les importations jugées trop compétitives en raison de normes réglementaires moins strictes, en particulier dans le secteur agricole. Pour obtenir le soutien de Rome, des mécanismes de sauvegarde ont été négociés entre le Conseil et le Parlement européen, permettant de surveiller les marchés et de suspendre les importations en cas de « distorsions importantes », bien que ces mesures ne seront pas opérationnelles avant janvier.
Le président français, Emmanuel Macron, a également conditionné l’approbation française à la mise en œuvre de ces instruments et au renforcement des contrôles douaniers, des initiatives encore en cours d’élaboration à Bruxelles.
Ce retard est perçu comme un revers par la Commission européenne, ainsi que par des pays comme l’Allemagne, l’Espagne et les pays nordiques. La présidence brésilienne du Mercosur avait averti qu’il n’y aurait plus aucune possibilité de parvenir à un accord si la signature n’était pas finalisée ce week-end, mais le bloc latino-américain a finalement accepté le report à janvier.
Parallèlement, plus de 7 300 agriculteurs ont manifesté ce jeudi à Bruxelles, en marge du sommet européen, pour exprimer leur rejet de l’accord. Selon la police locale et l’organisation Copa-Cogeca, principal groupe agricole d’Europe, près d’un millier de tracteurs ont participé, bloquant plusieurs accès au quartier des institutions européennes. Les manifestations, qui ont inclus des incendies de pneus et des jets de produits agricoles, portaient également sur les taux d’engrais et la réforme de la Politique agricole commune (PAC).
« La concurrence est déloyale. Ces produits sont cultivés avec des substances interdites en Europe. »
Florence Pellissier, agricultrice française
« Von der Leyen tente d’imposer cet accord par la force. »
Maxime Mabille, éleveur belge
Après avoir rencontré une délégation de Copa-Cogeca, Ursula von der Leyen a déclaré sur le réseau X que « l’Europe sera toujours à vos côtés ».
De nombreux manifestants estiment que les pays du Mercosur ne respectent pas les normes environnementales et sociales en vigueur dans l’UE, ce qui leur permet de proposer des prix plus bas. Ces inquiétudes, conjuguées aux réformes de la PAC qui pourraient réduire les aides au secteur agricole, maintiennent l’approbation finale du plus grand accord de libre-échange négocié par l’Union européenne en suspens.
(Avec informations de l’AFP, Europa Press et EFE)
