Publié le 9 décembre 2025 à 11h03. L’Amérique latine et les Caraïbes devraient connaître une croissance économique modérée en 2025 et 2026, freinée par des défis structurels et un contexte mondial incertain, malgré quelques exceptions notables comme la Guyane.
- La croissance régionale devrait rester inférieure à 3 % en 2025 et 2026.
- La Guyane se distingue avec des prévisions de croissance exceptionnelles grâce à son boom pétrolier.
- Des contraintes fiscales, un manque de productivité et une consommation affaiblie pèsent sur les perspectives de la région.
Les économies d’Amérique latine et des Caraïbes sont confrontées à un horizon économique morose, selon les dernières projections de la Banque mondiale, de la CEPALC (Commission économique pour l’Amérique latine et les Caraïbes), du FMI (Fonds monétaire international) et de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques). Après une période de faible croissance, la région devrait voir son expansion économique rester en dessous de 3 % en 2025 et 2026, avec des disparités significatives entre les pays.
Plusieurs facteurs contribuent à ce ralentissement. Les pressions inflationnistes et fiscales, une consommation affaiblie, une faible productivité et l’incertitude politique sur certains marchés constituent des obstacles majeurs. L’orientation future de la politique monétaire reste également une source d’inquiétude. En toile de fond, les politiques commerciales imprévisibles de Donald Trump et les tensions commerciales internationales continuent de peser sur les économies de la région.
L’analyste de marché Paula Chaves, du cabinet HFM, souligne l’importance de trois freins structurels majeurs.
« L’Amérique latine et les Caraïbes sont confrontées à trois obstacles structurels. Le premier est fiscal : de nombreux gouvernements fonctionnent avec une dette plus coûteuse, disposent de peu de marge de manœuvre pour investir et sont confrontés à des pressions sociales qui limitent toute politique de relance. »
Paula Chaves, analyste de marché, HFM
Le deuxième frein est le retard en matière de productivité et de technologie, alors que l’économie mondiale s’accélère grâce à l’intelligence artificielle. La région manque d’infrastructures numériques, de réglementations modernes et de capital humain qualifié pour pleinement adopter ces nouvelles technologies. Enfin, la consommation interne est affaiblie par une inflation persistante, même si elle a diminué, en particulier pour les biens de première nécessité comme l’alimentation et le transport.
Malgré ce tableau général, certaines économies se démarquent. La Guyane, en particulier, affiche des prévisions de croissance exceptionnelles, tirées par son boom pétrolier. Les projections de croissance pour 2025 se situent entre 11,8 % (Banque mondiale) et 12,1 % (CEPALC), et entre 22,4 % et 24 % pour 2026. L’Argentine pourrait également connaître une reprise en 2025, avec une croissance estimée à 4,6 % après une année 2024 difficile.
« L’Argentine conserve un potentiel de surprise positive, strictement conditionné à sa crédibilité économique et à sa discipline budgétaire. »
Paula Chaves, analyste de marché, HFM
Le Paraguay (4,2 %), Saint-Vincent-et-les Grenadines (4 %), le Panama et le Guatemala (3,9 %) et le Costa Rica (3,6 %) devraient également afficher des taux de croissance supérieurs à la moyenne régionale en 2025. En 2026, la Banque mondiale prévoit les meilleures performances pour la République dominicaine (4,3 %), le Panama (4,1 %), l’Argentine (4 %), le Paraguay et le Guatemala (3,7 %), le Suriname (3,4 %), le Nicaragua (3 %) et la Colombie (2,7 %).
Le Venezuela fait figure d’exception, avec une projection de croissance de 6 % en 2025 et de 3 % en 2026, selon la CEPALC.
Projections de croissance en Amérique latine
Banque mondiale
Début octobre, la Banque mondiale a révisé à la hausse ses projections de croissance pour l’Amérique latine et les Caraïbes à 2,3 % en 2025 et 2,5 % en 2026, bien que cela reste le rythme le plus lent parmi les régions du monde. Ce ralentissement s’explique en partie par un environnement externe peu favorable, caractérisé par un refroidissement de l’économie mondiale, une baisse des prix des matières premières et une incertitude accrue.
FMI
Le Fonds monétaire international (FMI) estime la croissance en Amérique latine et dans les Caraïbes à 2,4 % en 2025 et 2,3 % en 2026. Ces chiffres représentent une légère amélioration par rapport aux prévisions de juillet, mais confirment l’incapacité de la région à retrouver son dynamisme d’avant la pandémie.
CEPALC
Fin octobre, la CEPALC a ajusté à la hausse ses projections de croissance pour 2025 à 2,4 %, par rapport aux 2,2 % prévus en août. Pour 2026, elle s’attend à une croissance de 2,3 %. Si ces estimations se réalisent, la région connaîtra quatre années consécutives de croissance autour de 2,3 %, ce qui porterait la croissance moyenne du PIB régional pour la période 2017–2026 à 1,6 %.
OCDE
En décembre, l’OCDE a abaissé ses prévisions de croissance pour l’Argentine et amélioré celles du Brésil pour 2025, tout en prévoyant une croissance minime pour le Mexique. Les prévisions pour l’Argentine prévoient une croissance de 4,2 % en 2025 (contre 4,5 % en septembre), suivie d’une baisse à 3 % en 2026 et d’un rebond à 3,9 % en 2027. Pour le Brésil, les prévisions sont passées de 2,3 % à 2,4 % pour 2025, grâce à la demande intérieure. Le Mexique devrait connaître une croissance de seulement 0,7 % en 2025, suivie de 1,2 % en 2026 et 1,7 % en 2027.
L’analyste Paula Chaves observe le début d’un nouveau macrocycle mondial, caractérisé par une appréciation simultanée des marchés émergents, des matières premières et, de manière inhabituelle, des bourses développées. L’essor du cuivre, de l’argent et du lithium, combiné à la robustesse du marché américain et à l’anticipation d’un assouplissement de la politique monétaire de la Réserve fédérale en 2026, offre des opportunités concrètes à l’Amérique latine. Le Mexique bénéficie de son intégration manufacturière avec les États-Unis, le Brésil de son agro-industrie et de son marché intérieur, et le Costa Rica, le Panama et la République dominicaine forment un triangle compétitif basé sur la logistique, l’innovation et les services. La transition énergétique renforce le rôle du Chili et du Pérou, tandis que l’Argentine pourrait profiter d’une stabilisation de son économie. Plus d’informations sur les perspectives de croissance de l’Amérique latine selon Moody’s.
L’adoption de l’intelligence artificielle dans des secteurs clés comme la banque, le commerce, la santé et la logistique pourrait stimuler la productivité régionale, à condition d’un cadre institutionnel adéquat. Le tourisme, en particulier dans les Caraïbes, continue de jouer un rôle important, favorisé par le travail à distance et les séjours prolongés. Analyse de l’évolution du dollar en Amérique latine et des risques locaux en 2026.
