Les femmes candidates aux élections locales au Ghana sont confrontées à une escalade de violences, allant des insultes sexistes aux menaces physiques, révélée par une nouvelle étude. Ces agressions, souvent orchestrées par des adversaires politiques, visent à les décourager de participer à la vie politique et à saper leur crédibilité.
L’étude « Making Politics Safer », menée auprès de 36 femmes membres d’assemblées de district (AD) ou de comités d’unité (CU) – candidates élues, nommées ou non élues – dans trois régions du Ghana, met en lumière l’ampleur du problème. Bien que les élections locales soient officiellement apolitiques, toutes les femmes interrogées se sont identifiées comme affiliées à un parti politique.
La violence verbale est la forme la plus répandue d’intimidation. Les candidates sont régulièrement la cible d’insultes portant sur leur apparence, leur sexualité et leur genre. Une députée a témoigné : « En tant que femme, ils en diront beaucoup sur vous – surtout si vous n’êtes pas mariée. S’ils vous voient avec d’autres hommes, ils diront qu’ils vous utilisent en raison de votre position. » D’autres accusations infondées circulent, comme celle de « détruire les mariages » ou d’être une « prostituée » qui « se comporte comme un homme » pour s’imposer en politique. Des rumeurs calomnieuses, comme des allégations de liaisons extraconjugales, sont également utilisées pour discréditer les candidates.
Au-delà des mots, les femmes sont confrontées à une honte corporelle, avec des commentaires dégradants sur leur physique. Des photos anciennes ou des remarques insultantes sont diffusées sur les réseaux sociaux, notamment WhatsApp et Facebook. L’étude révèle également une remise en question de leur légitimité locale, avec des accusations d’être des étrangères ou de ne pas résider suffisamment dans la circonscription. Une candidate a raconté qu’on lui avait inventé des histoires pour la dénigrer et la faire passer pour une personne absente de la région.
La violence psychologique prend diverses formes, allant de l’intimidation par des groupes d’hommes lors de visites de sites illégaux à des actes de vandalisme sur leurs véhicules, comme le bris de rétroviseurs. Certaines femmes ont même rapporté avoir été victimes d’attaques spirituelles, avec des rivaux masculins recourant à des fétiches pour les « attaquer spirituellement ». Dans ces communautés où les croyances traditionnelles sont fortes, ces pratiques sont perçues comme un moyen puissant d’intimider un adversaire.
Des menaces directes sont également proférées, comme celle faite à une candidate à qui on a promis un poste nommé si elle renonçait à se présenter, promesse qui n’a finalement pas été tenue. D’autres femmes ont raconté avoir été exclues des cercles politiques par des hommes qui maintiennent un système patriarcal.
L’étude révèle également des cas de violence sexuelle, incluant des attouchements inappropriés, des regards insistants et des propositions sexuelles non sollicitées. Une membre de CU a rapporté qu’on lui avait dit que « la politique, ce n’est pas pour les femmes mariées » après avoir repoussé les avances d’un homme. D’autres ont décrit des réunions qui se transformaient en avances sexuelles.
La violence économique se manifeste par la destruction de matériel de campagne, comme des affiches, ou par des boycotts de leur entreprise par des membres de la communauté en raison de leurs affiliations politiques. Dans certains cas, les femmes ont été licenciées de leur emploi ou ont subi d’autres conséquences financières en raison de leur engagement politique. Un exemple cité est celui d’une mère dont l’enfant a été renvoyé de l’école et qui a dû déménager après que le propriétaire de son logement ait découvert son affiliation politique.
L’étude souligne que les auteurs de ces violences ne sont pas uniquement des hommes. Lors des élections nationales, les femmes impliquées en politique locale sont souvent mobilisées par les partis et peuvent être victimes de violences physiques, perpétrées par des hommes et des femmes. Un témoin a décrit des scènes de chaos après le dépouillement des votes, avec des personnes lançant des bâtons et des pierres.
Ces violences et intimidations représentent un obstacle majeur à la participation des femmes à la vie politique au Ghana et nécessitent une réponse urgente.
À retenir
- Les femmes candidates aux élections locales au Ghana sont confrontées à une violence politique généralisée.
- La violence prend de nombreuses formes, allant des insultes sexistes aux menaces physiques et aux agressions sexuelles.
- Ces violences visent à décourager les femmes de participer à la vie politique et à saper leur crédibilité.
Contexte
Le Ghana a fait des progrès en matière de participation des femmes à la vie politique, mais elles restent sous-représentées aux niveaux local et national. Les élections locales, bien que théoriquement apolitiques, sont souvent fortement influencées par les partis politiques.
Ce qui change
L’étude met en évidence la nécessité d’une meilleure protection des femmes candidates et d’une sensibilisation accrue à la violence politique. Les résultats pourraient inciter à des mesures visant à renforcer la sécurité des femmes en politique et à promouvoir une participation plus équitable.
Prochaines étapes
Il est essentiel de mettre en œuvre des stratégies pour prévenir et combattre la violence politique à l’égard des femmes, notamment en renforçant les lois, en améliorant la formation des forces de l’ordre et en sensibilisant le public.
Chiffres clés
- 36 : Nombre de femmes interrogées pour l’étude.
